Lundi de la 2e semaine de Pâques

Première messe à Saint-Martin de Cologne

Comme les grands penseurs de l’Antiquité
grecque, romaine,égyptienne, assyro-babylonienne,
les sages et les docteurs d’Israël s’interrogent.
La Révélation biblique affirme puissamment
l’existence d’un Dieu unique, créateur, universel ;
mais qu’y a-t-il au-delà de cette existence
où tout bute sur l’impasse d’une mort inéluctable ?


Vingt siècles après, l’interrogation de beaucoup d’hommes
consiste encore à se demander :
quel est le sens de cette vie qui naît pour mourir ?
Et quel est le sens de cette marche dont on ne sait trop dire
ni d’où elle vient ni où elle va ?


Nicodème, docteur en Israël (Jn 3,1-3)
scrutant lui aussi la lumière des textes
et analysant les leçons des événements en cours,
s’interroge comme beaucoup d’autres.
Or les textes de la Torah des Neviim et des Tehilim,
la Loi, les Prophètes et les Psaumes,
et les événements qui se déroulent alors
dans la Galilée, la Samarie et la Judée
l’interpellent au plus profond de son esprit.
Qui donc est ce rabbi de Nazareth
qui multiplie de tels signes de puissance
et proclame des enseignements
empreints d’une telle lumière et d’une telle bonté ?
Quelqu’un a-t-il jamais agi et parlé comme cet homme ? (Jn 7,46).


La même question se pose pour nous, frères et sœurs :
à qui d’autre irions-nous quand on connaît
et on suit quelqu’un qui a de telles paroles de vérité
et de vie éternelle (Jn 6,63) ?


Nicodème vient donc de nuit, car il est dans sa nuit, trouver Jésus :
Rabbi, nous le savons bien, c’est de la part de Dieu
que tu viens nous instruire, car aucun homme
ne peut accomplir les signes que tu accomplis
si Dieu n’est pas avec lui ! (Jn 3,2).
Ayons nous aussi (puisque c’est un peu en notre nom
que Nicodème parle en ce jour en disant : Maître, nous le savons),
ayons comme lui cet a priori d’écoute bienveillante,
un grain de sénevé au moins de foi, vivant au fond du cœur,
et le Seigneur, effectivement, nous instruira.
Et il le fait à cette heure ! À sa lumière nous voyons la lumière.


Il s’agit donc de renaître, nous dit-il.
Car tout participant que nous sommes de cette existence,
nous ne sommes pas encore de vrais vivants.
Mais seulement des mortels en sursis.


Tout ce qui est né de la chair est chair (Jn 3,6).
Cela n’a rien de condamnable ni même de méprisable.
Mais c’est fragile, périssable ! Et cela ne peut combler
ni notre cœur qui a soif de bonheur ;
ni notre âme qui aspire à l’immortalité ;
ni notre esprit qui tend vers la plénitude.
Ni la chair ni le sang, proclame sans ambages l’Apôtre,
ne peuvent hériter du Royaume de Dieu (1 Co 15,48).


Et comment ne pas vouloir hériter du Royaume de Dieu
si nous sommes vraiment enfants de Dieu (Rm 8,16-17) ?
Comment ne pas avoir le désir de tout notre être, corps et âme en tête,
de la résurrection de la chair, si nous sommes promis
à l’héritage d’un corps glorieux (Ph 3,21) ?


C’est ici que la révélation de Jésus à Nicodème
prend tout son sens et vient encore éclairer nos vies,
en cette église Saint-Martin de Cologne
où nous célébrons ensemble notre première eucharistie.
Il faut renaître d’eau et d’esprit.
Mais aussi d’en haut et de nouveau (Jn 3,3.7).
Une nouvelle fondation est toujours une grâce de re-naissance.
Un nouveau départ vers l’avant pour monter encore plus haut vers la Vie.


Qu’est-ce donc que cette renaissance par l’eau ?
et cette renaissance par l’Esprit ?
Jésus est clair. Et Nicodème le comprendra
au pied de sa croix et à la lumière de Pâques.
C’est renaître d’abord par le baptême
de cette eau jaillie du cœur transpercé
du Christ Sauveur, lavant les péchés du monde.
Lui qui a voulu plonger dans les eaux de notre mort
pour en remonter, en faisant jaillir de son côté ouvert
les sources de la vie.
D’une vie qui n’est vraie que si elle est éternelle !
Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif.
Elle jaillira en lui en vie éternelle ! (Jn 4,14).


C’est renaître aussi par la confirmation.
De ce feu de lumière et d’amour
qui est descendu sur l’Église au premier jour de la Pentecôte.
Ne cherchons pas à décrire ou à retenir l’Esprit.
Il est comme le vent : insaisissable, mais indiscutable.
On ne sait ni d’où il vient ni où il va (Jn 3,8).
Mais il est là !
Il est le souffle de mon souffle. L’âme de mon âme.
Il est le cœur de mon cœur le plus profond
où il scrute en moi jusqu’aux profondeurs divines.
Dieu est Esprit, en effet (Jn 4,24).
Il veut donc faire de nous des hommes spirituels (1 Co 3,1).
En nous faisant renaître.
C’est lui qui anime, conduit, réjouit, consolide, éclaire nos vies.
Il se joint à notre esprit
pour nous apprendre à prier en des murmures ineffables,
et pour attester que nous sommes enfants de Dieu (Rm 8,14-26).


Voilà donc, chers frères et sœurs
de la fondation de Groß Sankt Martin
ce que l’Évangile de ce jour vous rappelle en cette première messe en ce lieu.
Ce que vous aurez à vivre en vous y entraidant ;
et dont vous aurez à témoigner, à travers cette ville
où le Seigneur, par la voix de son Église, vous a placés.


Ne craignez pas de rester sans lumière et sans soutien.
La lecture du livre des Actes de ce même jour
nous parle de cette seconde pentecôte (Ac 4,21),
vécue comme dans l’intimité, des Douze réunis à Jérusalem,
et pour soutenir les débuts de ces premiers frères et sœurs de l’Église naissante,
réunis pour y chanter les merveilles de Dieu (4,22-30).
Non, sa grâce ne saurait vous manquer.
Elle vous est promise pour chaque jour et vous sera donnée au long des jours.
Nous restons en communion de prière et de cœur avec vous.
Vous avez l’Évangile. Le Livre de Vie. Des Constitutions. Une Convention.
Que vous manque-t-il ?
De les vivre ! Et vous allez le faire d’en haut et de nouveau.


Sœurs Edith, Rebekka, Anne-Claire,
Carole-Elisabeth, Marie-Gabrielle, Theresia et Marion ;
Frères Nicolas-Marie, Ireneusz Maria, Jean-Tristan, Fabien-Marie et Thibaut,
vivez simplement, mais vivez vraiment
dans la simplicité et la ferveur,
la fidélité, l’amour fraternel, la prière assidue et la joie
des premières communautés de Jérusalem.
Elles restent à jamais le modèle de toute vie monastique.
Les sept dons de l’Esprit vous seront donnés.
Demandez-les et vous les recevrez.
Amour, joie, paix, bonté, serviabilité, foi,
patience, humilité et maîtrise de soi (Ga 5,22).


Que vos Fraternités, à présent implantées à Groß Sankt Martin,
puissent devenir, avec la grâce de Dieu,
humblement mais joyeusement,
une théophanie de lumière et d’amour !
 

Méditer la Parole

20 avril 2009

Gro Sankt Martin, Cologne

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Actes 4,23-31

Jean 3,1-8

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