Solennité de la Sainte Trinité - B

Habités par la Trinité

«Allez donc !
De toutes les nations faites des disciples,
baptisez-les au nom du Père
et du Fils et du Saint-Esprit.
»
Par cette parole, Jésus envoie ses Apôtres en mission.
Que chaque homme puisse recevoir le baptême.
Qu’il soit plongé au cœur de la Trinité,
Père, Fils et Saint-Esprit.
Le baptisé ne vit plus par lui-même,
mais il reçoit sa vie de Dieu.
Tout son être est irrigué par la grâce divine.
«Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, il gardera ma parole,
et mon Père l’aimera,
et nous viendrons chez lui
et nous ferons chez lui notre demeure
» (Jn 14,23).
Le baptisé est habité par Dieu,
il est demeure de Dieu.
Des Pères, des mystiques, des maîtres spirituels
ont essayé de chercher en l’homme
cette demeure de Dieu.
Un jésuite du XVIe siècle, François de Borgia , attribue
à la mémoire, la demeure du Père,
à l’intelligence, la demeure du Fils,
et à la volonté, la demeure de l’Esprit.
L’image de Dieu ne s’imprime pas
à l’extérieur de nous mais à l’intérieur,
dans ces puissances de notre être
que sont la mémoire, l’intelligence et la volonté.


La mémoire est une faculté humaine extraordinaire,
mais elle est menée à sa perfection
quand elle découvre que le Père du ciel
en est son hôte.
Dans notre mémoire est imprimé
le mystère de notre origine.
La mémoire relie le présent
à tout ce qui précède.
Elle nous fait nous souvenir de notre Père
qui nous a créés par amour.
N’est-ce pas l’expérience
qu’a faite le fils prodigue (Lc 15,11-32) ?
Alors qu’il était dans le péché,
il est «rentré en lui-même», dit l’Évangile.
Et du fond de son être
est remontée l’image de son Père
qu’il avait oubliée.
Son Père habitait sa mémoire
et avec lui, sa bonté, sa miséricorde, sa compassion.
Quand nous tombons dans le mal,
n’entendons-nous pas cette voix
qui murmure en nous : ‘Viens vers le Père’ ?
Nous savons qu’en lui, nous pourrons
être lavés, relevés, rétablis dans notre dignité de fils.
Le Père ne nous oublie jamais.
«Qu’est-ce que l’homme
pour que tu penses à lui ?
»
chante le psalmiste (Ps 8,5).
«Que trouves-tu en moi, pour être en moi
comme le livre de ma mémoire,
et pour être comme celui
qui m’éveille en mon sommeil,
qui me donne l’attention dans mon inattention,
la mémoire dans mon oubli ?
Que ma langue s’attache à mon palais,
si je ne me souviens pas de toi ;
et pour que je me souvienne de toi,
souviens-toi de moi, Seigneur,
parce que de ma misère vient l’oubli,
et de ta miséricorde la mémoire
» (Fr. de Borgia).


Frères et sœurs, apprenons à recommander
notre mémoire au Père.
Qu’il la purifie et la libère de tout mal
pour qu’y demeurent la paix et l’amour.
Non, il ne dort ni ne sommeille le gardien de notre mémoire !


Que dire désormais de cette puissance
qu’est l’intelligence ? interroge François de Borgia.
En elle réside la vie, et donc le Fils.
En effet, dit Jésus, «la vie véritable,
c’est de te connaître, toi le seul vrai Dieu,
et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ
» (Jn 17,3).
Ce lieu de la connaissance de Dieu
qui donne la vie, c’est notre intelligence.
Le Fils y demeure
pour nous révéler le Père.
«Nul ne vient au Père que par moi» (Jn 14,6).
Avec vigueur, Jésus dénonce
ceux qui ont des yeux et ne voient pas,
ceux qui ont des oreilles et n’entendent pas.
C’est leur intelligence qui est aveuglée
car ils refusent que le Fils y demeure.
Comme la mémoire doit être purifiée
de bien des ténèbres,
l’intelligence aussi doit être libérée
des faux savoirs qui l’aveuglent.
«Je suis la lumière du monde» dit Jésus.
Il est lumière en nous
pour nous conduire à la vérité.
L’hôte de notre intelligence,
c’est le Soleil de justice
et la Splendeur de la gloire du Père.


Frères et sœurs, apprenons à recommander
notre intelligence au Fils.
Qu’il y dissipe les brouillards
et lui donne d’être menée et guidée
par la sagesse du Père,
qui est le Fils éternel,
notre guide et notre rédempteur.


Enfin, quelle demeure pour l’Esprit-Saint ?
C’est notre volonté qu’il veut habiter.
Sans notre volonté, comment pourrions-nous
trouver la paix dans la tribulation,
le relèvement dans l’abaissement,
la vie dans la mort ?
La volonté est puissance de résurrection
si elle est soumise à l’Esprit-Saint.
L’Esprit est un feu qui réchauffe ce qui est tiède.
Il est aussi la fraîcheur qui apaise
la chaleur des passions.
L’Esprit met en notre cœur l’amour divin.
Notre volonté ne se laisse plus alors guider
par les convoitises, les faux-semblants,
l’esprit du monde mais par l’amour
qui guérit, pacifie, réconcilie.


Frères et sœurs, apprenons à recommander
notre volonté à l’Esprit-Saint.
Celui-ci veut l’animer de la charité
qui brûle au cœur de la Trinité.
Il nous filialise.
L’Esprit-Saint se joint à notre esprit
pour attester que nous sommes enfants de Dieu.


Cette habitation trinitaire dans tout notre être
ne peut que nous appeler à l’action de grâce.
Qu’en notre mémoire monte
le souvenir de quelque bien qui réjouit le cœur,
c’est au Père éternel qu’il faut l’attribuer
et en rendre grâce.
Qu’en notre intelligence surgisse
une lumière intérieure qui éclaire,
c’est au Fils qu’il faut l’attribuer
et en rendre grâce.
Qu’en notre volonté brûle
une étincelle de l’amour divin,
faisons de même avec l’Esprit-Saint.


Ô mon âme, prie François de Borgia,
«si tu te reconnais faible, recours au Père éternel,
à qui est attribuée la puissance.
Si tu te reconnais ignorante, recours au Fils,
à qui est attribuée la sagesse.
Si tu te reconnais mauvaise,
recours à l’Esprit-Saint,
à qui est attribuée la bonté.
Quand tu te vois affamée, recours au Père éternel,
qui, s’étant appelé notre Père,
 ne donnera pas des pierres
à qui lui demande du pain.
Si tu te vois malade, recours au Fils de Dieu,
qui est notre santé et qui,
s’étant appelé notre Frère,
ne t’abandonnera pas.
Si tu te vois pauvre, recours à l’Esprit-Saint,
qui est appelé Don de Dieu
et se donne avec une immense charité,
lui qui est aussi l’Epoux et la joie de nos âmes
».
.

Ô Trinité Sainte,
Toi le Père Créateur,
Toi, le Fils du Rédempteur,
Toi l’Esprit Sanctificateur
faites votre demeure en nous
afin qu’à jamais, nous demeurions en vous.
 

Méditer la Parole

7 juin 2009

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Deutéronome 4,32-40

Psaume 22

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Matthieu 28,16-20

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