2e semaine de Pâques - A

Voir et croire

«Heureux ceux qui croient sans avoir vu».
Si Jésus nous laisse cette béatitude, c’est que ce qu’elle dit
doit être vrai. Mais il n’en reste pas moins que nous ne
sommes pas spontanément convaincus !
Heureux plutôt, pensons-nous, ceux qui, comme Thomas, ont
vu de leurs yeux et touché de leurs mains, heureux ceux
qui ont reçu des preuves tangibles...
Ah, si Jésus se manifestait directement à moi, alors tout serait
tellement plus simple !
Promis, je m’engagerais sans tarder sur le chemin de la
sainteté ! Ainsi raisonnons-nous parfois, mais nous nous
égarons.
Faut-il pour autant opposer les deux attitudes voir et croire ?
Non, l’une et l’autre se répondent mutuellement.

VOIR

Notre vocation finale est bel et bien de voir. «Nous verrons
Dieu tel qu’Il est» dit St Jean. Nous sommes promis à ce
regard mystérieux, dont on ne peut dire grand chose
sinon qu’il nous livrera tout entier au face-à-face éternel,
comblant, avec Dieu.
Mais ce regard-là ne sera pas, ne pourra pas être du même
type que notre regard de maintenant. Notre civilisation
de l’image interpelle sans cesse notre regard. Mais voir
Dieu est tout autre chose.
«Nul ne peut voir Dieu sans mourir».
Ce regard passe à travers l’abandon de notre vie entre les
mains du Père. Ce regard est une pâque, une mort pour
rentrer dans la vision de Dieu.
Aussi, dans notre vie d’ici-bas, il est inutile de chercher à
voir à tout prix, car de toute manière,
notre regard terrestre est limité.
Mais si nous ne pouvons voir Dieu avec nos yeux de chair,
nous pouvons cependant le rejoindre par la foi.

CROIRE

Croire est une attitude pascale.
Le Christ est passé à une vie toute autre et pour l’atteindre,
il nous faut passer à une lumière toute autre.
Cette lumière, c’est la foi.
La foi nous fait accéder aux réalités invisibles à nos yeux.
La foi est la pâque, la mort-résurrection, de notre regard.
Croire, c’est mourir à une certaine manière de voir – trop
courte, parfois faussée –, pour ressusciter à une autre
manière de voir, à la lumière du Christ et de son
Évangile.

Dans notre récit de ce jour, nous voyons Thomas faire ce
passage. Il voulait voir et finalement il lui sera fait un
don plus grand qui est celui de croire.
Vous me ferez remarquer : lui a vu le Ressuscité, alors
comment pouvait-il croire puisqu’il voyait ?
Ce que l’on voit, peut-on encore le croire ?
Certes, non.
Mais une chose est ce que Thomas a vu, et autre chose ce que
Thomas a cru.
Ce qu’il a vu, c’est un fait étonnant, inouï : ce même Jésus
qui était mort est maintenant vivant, en chair et en os,
devant ses yeux.
Ce qu’il a cru, c’est un mystère, celui auquel renvoyait ce
qu’il voyait : ce Jésus est le Seigneur, celui par qui et en
qui se réalise le dessein d’amour du Père pour nous.
Bien plus, ce Jésus est Dieu parmi nous.
D’où cette belle confession de foi :
«Mon Seigneur et mon Dieu», qui va bien au-delà de ce que
Thomas pouvait voir. Car, ce mystère, Thomas ne le
voyait pas ; on ne peut d’ailleurs le voir avec un regard
purement humain.
Ce ne sont ni la chair, ni le sang qui le lui ont révélé, mais
c’est le Père qui est dans les cieux.

Ce passage d’un regard avec les yeux de la chair à un regard
avec les yeux de la foi est vraiment une béatitude.
Certes, elle est bien humble, bien pauvre, cette petite
flamme de la foi, menacée par tant de vents contraires.
Mais elle est notre joie ! Oui, notre joie, parce qu’elle suffit à
éclairer notre route, parce que sans elle, notre vie
n’aurait plus de sens, parce que grâce à elle, nous avons
accès à la réalité du Dieu vivant.
Par la foi, nous sommes, dans notre fragilité même, ancrés
sur le roc de la vérité ultime ; par la foi, nous sommes
équipés de cette certitude qui porte sur le suprême
pourquoi de la vie des hommes.

«Heureux ceux qui croient sans avoir vu».
Les béatitudes ne vont de soi. Elles ont toutes une saveur
pascale, un goût de mort et de résurrection. Heureux,
oui, mais ceux qui sont pauvres, ceux qui pleurent, ceux
qui sont persécutés,…
Ici, heureux, oui, mais ceux qui croient sans avoir vu. Cette
attitude de foi n’est évidemment pas très confortable, car
notre intelligence n’est pas faite pour l’obscurité : elle
est faite pour la lumière. Et c’est pourquoi il s’agit d’une
situation provisoire : la foi est toute tendue vers son
dépassement dans la pleine vision du mystère, dans l’au-delà.

Notre Pape Jean-Paul vient de vivre cette pâque,
ce dépassement.
Aujourd’hui, le Père du ciel accueille son serviteur avec cette
béatitude : «Heureux ceux qui croient sans avoir vu».
Combien nous pouvons rendre grâce, frères et sœurs, pour
cette vie de foi, pour cette vie donnée dans la foi.
Pendant plus d’un quart de siècle, notre Saint-Père a
marché en tête du troupeau éclairé seulement par la foi,
l’espérance et la charité.
Comment ne pas le remercier pour sa fidélité ?
Avec quelle audace il nous a fait entrer dans ce troisième
millénaire.
«Entrez dans l’espérance» nous dit-il encore aujourd’hui,
alors qu’il voit désormais le Christ qui lui montre ses plaies et son côté.
«Soyez les sentinelles de l’aurore» nous dit-il encore
aujourd’hui, alors qu’il entre désormais dans la lumière
et dans la splendeur de la vérité.
«Repartez du Christ» nous dit-il encore aujourd’hui.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu, heureux ceux qui,
au-delà de ces regards immédiats qui ne peuvent
atteindre l’Essentiel, consentent à rejoindre le Christ
ressuscité au prix d’une foi toute simple qui déjà les
ressuscite et bien d’autres avec eux.
Heureux es-tu, bon Pape Jean-Paul.
«Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Maître».

 

Méditer la Parole

3 avril 2005

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes des Apôtres 2,2-47

Psaume 117

1 Pierre 1,3-9

Jean 20,19-31

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