Solennité de la Toussaint

De la sainteté vécue sur terre à la sainteté contemplée au ciel

Ce n’est pas seulement  une grande foule de vivants
que le Livre de l’Apocalypse nous donne à voir aujourd’hui (7,2-4).
C’est une foule immense de bienheureux
que le Livre des révélations nous invite à contempler et à entendre.
C’est même une foule que nul ne peut dénombrer,
qui se manifeste ainsi aux yeux de notre cœur éclairé par la foi,
et à l’oreille de notre âme enseignée par l’Esprit Saint (1 Co 6,10 ; Ep 1,18).

Ainsi instruits par les visions et révélations
de l’auteur du denier livre de la Bible,
sommes-nous invités à tourner nos regards
vers la fin ultime de nos vies de la terre.
À scruter, au-delà du visible de cette Église d’ici-bas,
l’invisible de cette Église du ciel (Col 1,16),
qui porte le beau nom de «communion des saints».
Car nous sommes tous appelés universellement à devenir des saints (1 P 1,15-16) !


Dans l’île de Patmos, à la fin du premier siècle,
Jean, nous dit ce qu’il a vu et entendu (1,1.9 ; 7,2 : 21,3).
Sur cet îlot rocheux de la Mer Égée, tout baigné de soleil,
entre le bleu du ciel et le bleu de la mer,
l’ange du Seigneur lui a fait voir la foule des élus,
marqués du sceau du Dieu vivant (7,2).
Qu’est donc ce livre, si étrange et si éclairant,
apparemment si touffu et obscur, en fait si simple et lumineux,
qui porte en lui la clef de toute l’Écriture (Ap 1,18 ; 3,7) ?
Car il nous révèle la destinée ultime et glorieuse  de nos vies.

Ce livre porte d’abord le double témoignage
que le Christ et son Église lancent à l’encontre
du paganisme indifférent et oppresseur.
Il est vrai que ce monde est rude et parfois violent,
la vie souvent éprouvante et laborieuse la marche de l’Évangile.
Médiocrité au dedans (2-3). Opposition et persécutions au dehors (13-19).
Mais le Christ peut en témoigner :
Dans le monde vous aurez à souffrir,
mais gardez courage, j’ai vaincu le monde ! (Jn 16,33).
L’Apocalypse nous décrit ensuite le déroulement de tout un drame :
celui du combat qu’ont à mener en ce monde
ceux qui choisissent  de suivre l’Agneau partout où il va (14,4).
Il ne sera jamais facile de vivre les exigences de l’Évangile.
Mais, inlassablement, les exhortations et encouragements de Dieu
soutiennent les épreuves et la persévérance des croyants.
Au terme de ce combat pour la paix, la justice, la pureté, la foi,
certitude est donnée de la victoire finale et totale du Sauveur du monde (4-10).

Tout du long, le livre de l’Apocalypse
nous  invite donc à voir et à entendre une incessante liturgie.
Une liturgie couvrant et baignant de ses chants qui emplissent le ciel
le vacarme et les gémissements
de la création tout entière en douleurs d’enfantement (Rm 8,22).
Mais on est déjà sauvés en espérance (8,24)
si on chemine dans la persévérance et la fidélité de la foi !

Un ultime message peut dès lors être délivré
à l’adresse de tous les hommes de bonne volonté :
encore voilé dans une profusion d’images et de symboles,
le triomphe final apparaît de plus en plus assuré dans le ciel.
Et c’est à des saints devenus bienheureux qu’il est proposé.
Sachant qu’à ce partage de béatitude nous sommes tous appelés.


Il nous faut donc savoir le contempler, frères et sœurs,
ce bonheur du ciel qui nous attend !

Pour chacune et chacun de nous, c’est vrai, la vie a sa part d’épreuves.
Mais la gloire nous est promise à tous, au-delà de la croix.
Cette foule immense, innombrable, douze fois douze mille,
soit 144.000 (autant dire symboliquement un chiffre infini !)
est une foule d’hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions.
Tous, pécheurs convertis, pardonnés, repentis, relevés sans cesse
mais enfin arrivés dans ce Royaume des cieux qui est
la Maison du Père où il y a beaucoup de demeures (Jn 14,1-3).

Oui, c’est par grâce que nous sommes sauvés (Ep 2,5).
Mais la sainteté est dans le consentement actif à cette grâce !
Que l’exigence ferme que l’Écriture nous adresse donc en ce jour
soit portée par cette bienheureuse espérance (Tt 1,13)
que nous ouvre l’appel du Seigneur à devenir tous saints
comme notre Père du ciel est saint (Mt 5,48).


Dans un tout autre registre, en un langage des plus simples
mais qui nous rappelle une bien belle vérité, si nous savons y croire,
la lettre de Jean, entendue en deuxième lecture,
nous dit pourquoi cette élévation dans la gloire du ciel nous est promise
et à quel prix nous pourrons un jour voir Dieu tel qu’il est.

Voyez quel grand amour nous a donné le Père
pour que nous soyons appelés enfants de Dieu, car nous le sommes.
Et saint Jean continue :
Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu,
mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.
D’une manière aussi merveilleuse que mystérieuse, il conclut alors :
Nous savons que lors de cette manifestation finale, nous lui serons semblables
parce que nous le verrons tel qu’il est (1 Jn 3,1-2).

Ce que l’Écriture annonçait en nous disant qu’au commencement
Dieu nous avait créés à son image et comme sa ressemblance,
a trouvé son accomplissement avec la venue du Fils de Dieu.
Le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous
et nous avons vu sa gloire….
Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce pour grâce (Jn 1,14.16).
Certes cela reste encore voilé de l’opacité d’ici-bas.
Mais un jour nouveau, dans la lumière d’un autre monde, se lèvera !
Ce que nous serons alors n’a pas encore été manifesté.
Ici-bas, nous n’en sommes encore qu’au début de cette promesse.
Notre pleine filiation divine ne sera totalement révélée qu’au-delà.
Mais nous savons et croyons de toute notre foi que cela sera !
Nous aurons alors l’éternité pour le contempler et nous en émerveiller.

L’homme est effectivement fait pour être divinisé
puisque c’est pour cela que Dieu nous a créés.
Mais, si forte que soit, partout et depuis toujours, dans l’humanité,
la quête de la divinité et le désir de l’immortalité,
cela ne peut nous être donné que par Celui qui nous y appelle.
Toute sainteté ne consiste qu’à l’acquisition en nous de la sienne
puisqu’il est dit de Dieu qu’il est le seul saint.
Mais il est notre Père !


Pourquoi donc est-il écrit que nous lui serons semblables
parce que nous le verrons tel qu’il est ?
Pourquoi ce parce que ?
Pourquoi cette vision de Dieu fera-t-elle que nous lui serons alors semblables ?
Les exégètes reviennent sans cesse à creuser cette question.

Une clef de compréhension nous est assurée
quand on se souvient qu’on ne peut voir Dieu sans mourir (Ex 33,20).
Non pas mourir à la vie, à l’amour, à la lumière, à la joie.
Mais à ce monde qui passe (1 Co 7,31) et à ce vieil homme qui tombe en ruines.
À toutes ces œuvres mortes qui ne peuvent hériter du Royaume des cieux.
C’est cela aussi la sainteté à laquelle Dieu nous convie (Lc 9,23s).

Alors, devenus hommes nouveaux, sur la terre nouvelle
et dans les cieux nouveaux, comme dit Pierre (2 P 3,13),
plus rien ne fera obstacle à notre approche de Dieu.
Et c’est parce que devenus semblables à lui, par sa grâce bien sûr,
mais aussi par tout le labeur de notre vie de sainteté,
parce qu’alors nous le verrons tel qu’il est,
que le reflet de sa lumière divine rejaillira jusqu’à nous.
Dieu reconnaîtra en nous le reflet de sa propre image,
et nous reconnaîtrons en lui notre visage de fils de Dieu !
Ce sera la joie sans fin du face à face si bien chanté par saint Paul :
Aujourd’hui je connais d’une manière imparfaite,
mais alors je connaîtrai comme je suis connu (1 Co 213,12).

On comprend pourquoi saint Irénée peut dire que si
«la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant,
la gloire de l’homme, c’est la vision de Dieu» .
Et pourquoi la lettre de Jean peut déduire de tout cela :
Quiconque a cette espérance en lui
se rend pur comme celui-là est pur (1 Jn 3,3).


N’est-ce pas à cela en finale que veut nous conduire
la proclamation par le Christ des béatitudes (Mt 5,12) ?
Heureux, neuf fois heureux, lance Jésus
qui prononce ainsi,en saint Matthieu, son premier mot adressé aux hommes !

Oui, heureux les pauvres, dont la vie est toute abandonnée
à la conduite de l’Esprit, car ils s’amassent déjà un trésor dans le ciel (7,9).
Heureux les doux et humbles de cœur,
car ils héritent de la terre nouvelle où la justice habitera (2 P 3,13).
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
parce que ces justes devant les hommes seront éternellement justifiés par Dieu.
Heureux ceux qui, mus par la miséricorde et le pardon,
obtiendront la rémission de toutes leurs fautes par le Père des miséricordes (2 Co 1,3).
Heureux ceux qui, par la pureté et la droiture de leur vie,
ont obtenu ce clair regard qui leur donnera un jour de voir Dieu.
Heureux les messagers, les artisans et les défenseurs de la paix,
car ils seront éternellement appelés fils de Dieu par le Prince de la paix.
Heureux ceux qui sont persécutés parce qu’ils vivent et promeuvent la justice,
car d’ores et déjà leur sont ouvertes les portes du Royaume des cieux.
Heureux enfin ceux qui, par amour et pour la foi, se sont donnés jusqu’au martyre,
car en perdant leur vie à cause du Christ, elle est déjà sauvée en Dieu.

N’est-ce pas là ce qu’après l’avoir proclamé sur la montagne,
Jésus a vécu et pratiqué tout au long de sa vie ?
Ainsi que toutes ces saintes et ces saints fêtés aujourd’hui et qui ont marché à sa suite.

Seigneur, que le rude et joyeux chemin des béatitudes
nous conduise, nous aussi, un jour, à l’éternelle Béatitude !

 

Méditer la Parole

1er novembre 2009

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Apocalypse 7,2-4,9-14

1 Jean 4,1-3

Matthieu 5,1-12a

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