Solennité de la Toussaint

Célébrer la solennité de la Toussaint, c'est commencer par nous tourner vers le Ciel :
pour nous réjouir de la multitude de ceux que le Seigneur a appelés jusqu'à lui ;
une foule nombreuse de saints, que nul ne peut dénombrer,
des saints de toutes conditions,
dans toutes les formes de vie...

Pour s'émerveiller ainsi,
et il le faut si nous voulons entrer dans la grâce de cette fête magnifique,
il faut peut-être commencer par changer notre regard sur la sainteté !
Le saint n'est pas seulement ce héros inaccessible
dont la vertu irréelle nous fait rêver, mais ne nous concerne pas vraiment !
Des saints qui n'auraient en fait plus grand chose d'humain !

Ces saints que nous fêtons aujourd'hui,
et qui sont bien trop nombreux pour trouver leur place dans le calendrier,
sont, pour la plupart, passés inaperçus au cours de leur vie.
Leur sainteté n'est pas héroïque,
elle n'a rien d'irréelle,
elle est au contraire toute pétrie de la pâte humaine de chaque jour,
elle fleurit dans nos propres familles, dans nos quartiers, sur nos lieux de travail
elle naît chez des enfants, chez des jeunes,
s'épanouit chez des parents, s'affermit chez des personnes âgées...

Le Ciel est habité par une foule de ces saints «ordinaires»,
et c'est surtout ceux-là que nous fêtons aujourd'hui.
Ces hommes et ces femmes, ces jeunes et ces vieux,
qu'ont-ils donc qui puissent faire d'eux des saints ?

Si ce n'est pas l'héroïsme extraordinaire de leurs vertus,
c'est toujours parce qu'ils ont su mettre Dieu peu à peu à la première place,
Dieu est devenu de plus en plus important dans leur vie,
jusqu'à ce qu'ils demeurent sans cesse sous Son regard,
et Dieu a fait son œuvre de Vie en eux.

Aujourd'hui, nous pouvons demander l'intercession de tous ces saints qui sont si proches
tous ceux qui se plaisent à intercéder pour nous auprès du Père,
pour que notre vie s'engage elle aussi sur cette route de vérité.

Une chose est certaine : nous sommes tous appelés à devenir des saints.
Tous, sans aucune exception !

Pour que nous en soyons sûrs,
le premier saint canonisé l'a été par Jésus lui-même,
et c'était un bandit,
crucifié en même temps que lui :
Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis (Luc 23, 43) !

Il n'y a rien qui puisse nous empêcher de nous engager sur la route de la sainteté,
ni nos péchés passés,
ni notre âge,
ni notre condition actuelle de vie :
rien ni personne ne peut nous empêcher de nous lever
de saisir la main de Jésus,
et de le suivre, aujourd'hui.

Les lectures de cette fête de la Toussaint vont nous y aider,
en nous donnant quelques repères essentiels.

Dans la première lecture,
l'Apocalypse nous montre la vision de cette foule des rachetés,
à la fin des temps.
Ils se tiennent debout devant Jésus glorieux,
qui apparaît sous la forme de l'Agneau Immolé et Vivant.
Et ils proclament d'une voix forte :
Le salut nous est donné par notre Dieu et par l'Agneau !

Voilà la première leçon à retenir :
le salut et la sainteté ne sont pas d'abord à conquérir,
mais à recevoir !
C'est Dieu qui donne.
Si on oubliait ce point essentiel, on n'arriverait jamais au but !

Essayer de devenir saint par ses propres forces
deviendrait soit une illusion
soit radicalement décourageant...

C'est Dieu qui nous enfante à la sainteté,
c'est lui qui en a l'initiative,
lui encore qui balise la route,
lui qui nous donne sa grâce pour avancer à la suite de Jésus.

Bien sûr, il y faut notre part !
Elle consiste d'abord à accepter que Dieu prenne l'initiative dans notre vie.
Choisir de l'écouter,
de lui dire oui,
de croire que ce qu'il demande est possible, et qu'il va le réaliser avec nous,
Choisir d'avancer à sa suite.
La deuxième lecture nous apporte encore quelques repères :
Saint Jean s'émerveille en contemplant l'amour dont le Père nous a comblé.
Cet amour fait de nous des enfants de Dieu,
et dès maintenant, nous le sommes.

Mais, dit Jean, ce que nous serons ne paraît pas encore clairement.
Nous sommes encore en chemin,
comme en chantier,
c'est un processus de transformation que Dieu met à l'œuvre en nous.

Il n'y a pas à être découragé de se découvrir imparfait et pécheur ;
pas plus qu'il n'y a de raison d'être agacé
en découvrant l'imperfection et le péché des autres.
La seule chose qui compte,
c'est de se mettre sans cesse à la disposition de Dieu,
de le laisser opérer ce travail d'enfantement à la vie nouvelle,
d'y être docile.
L'exemple même de la docilité, c'est le fiat de la Vierge Marie :
qu'il me soit fait selon ta parole.

Quant à l'évangile des Béatitudes,
il nous propose en concentré notre programme de sanctification.
Quelques préalables sont toutefois nécessaires
pour se laisser saisir par ce texte si bien connu.

Jésus monte sur la montagne,
il s'assoit,
et ses disciples s'approchent.

Laissons-nous prendre dans la scène :
tout y est très simple,
et pourtant, la foule comprend bien qu'il se passe quelque chose d'essentiel.

Les disciples s'approchent :
seuls ceux qui sont profondément accueillant à Jésus s'approchent de lui pour recevoir ce qu'il va donner.
Approchons-nous aussi, si nous le voulons :
il nous appelle.

Il se met alors à nous instruire.
Pas seulement un enseignement, comme on donnerait un cours ; non !
Il dit : Heureux !

Une traduction est toujours un peu réductrice.
En français, on pourrait comprendre les Béatitudes de manière un peu statique...
Ce n'est pas l'esprit dans lequel Jésus s'adresse à nous.
André Chouraqui ne traduit pas par heureux, mais : En marche !
 

C'est ainsi qu'il faut accueillir ce que Jésus est en train de nous confier :
En marche, levez-vous et suivez-moi !

En marche, vous qui êtes enfermés sur ce que vous possédez ;
laissez tout et levez-vous,
suivez-moi et devenez des pauvres de cœur  !
Et dès maintenant, vous possédez alors le Royaume de Dieu.

En marche, vous qui êtes durs, vous qui ne savez pas aimer avec tendresse ;
commencez par ouvrir vos cœurs à la tendresse que je vous porte,
et je vais faire de vous des doux, comme moi je suis doux.

En marche, vous qui ne cherchez qu'à jouir,
vous qui êtes fatigués de vos fausses joies ;
reposez enfin sur moi et pleurez,
pleurez et voyez comme il est doux
de se laisser consoler par celui qui vous connaît mieux que vous-même.

En marche, vous qui êtes repus et qui n'osez même plus exprimer
combien votre cœur  ne peut laisser faire l'injustice sans rien dire ;
tournez-vous vers moi,
je raviverai en vous la soif de justice en vous protégeant de l'amertume.

En marche, vous qui êtes terrorisés à l'idée de pardonner,
alors même que vous savez combien votre cœur est prisonnier de la rancune ;
laissez-moi vous apprendre la miséricorde,
elle déborde de mon cœur et ne demande qu'à vous envelopper tout entier.

En marche, vous qui êtes souillés par le désordre de vos passions :
vous avez sali votre corps et votre âme et êtes paralysés par le désespoir ;
laissez mon regard se poser sur vous,
mon regard vous recrée, il vous rend pur,
et vous oserez enfin me regarder aussi, sans ombre ni trouble au visage.

En marche, vous qui, par lâcheté, laissez se propager la discorde et la haine ;
revenez à moi, vous trouverez la force intérieure
et vous deviendrez les artisans de paix que le monde attend.

En marche, vous qui vous protégez sans cesse tellement vous avez peur,
peur d'être blessé, compromis par votre péché,
demeurez près de moi ;
et vous n'aurez plus peur de risquer la persécution pour la justice,
vous serez dans la joie et l'allégresse de souffrir pour mon Nom,
car mon Nom sera votre seule joie.

En marche, venez à moi, car le Père vous a préparé une demeure,
c'est moi, le refuge et le repos de votre âme.
Le Père vous a choisis, il vous a appelés :
souvenez-vous de la façon dont il a marqué votre vie de cet appel si délicat.
Et vous resteriez seul dans votre coin ?

Venez, les bénis de mon Père,
prenez possession du Royaume qu'il a préparé pour vous.
Devenez saints, dit Dieu,
car moi je suis saint, et c'est ma vie que je vous donne en mon Fils Jésus.


Frères et sœurs,
les Béatitudes sont un appel du Père,
pour que nous nous laissions saisir par Jésus,
et qu'il façonne en nous la vie nouvelle par l'Esprit Saint.

Cet appel est à prendre au sérieux :
c'est la réponse de Dieu à notre désir de bonheur,
à notre désir d'une vie en plénitude, plutôt que d'une vie étriquée et souillée.
C'est l'humble chemin de sainteté de celui qui sait qu'il ne peut pas devenir saint par lui-même.

Nous pouvons entendre en écho sainte Thérèse de Lisieux :
elle a cherché la voie qui pourrait la conduire au Ciel, et elle l'a trouvé :
c'est une petite voie, un chemin pour ceux qui ne savent qu'ils sont petits :

«Je voudrais trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus, dit Thérèse ;
car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection.
Alors j'ai cherché dans les livres saints et j'ai trouvé ces mots :
si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi.
L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus !
Pour cela, je n'ai pas besoin de grandir,
au contraire, il faut que je reste petite, et que je le devienne de plus en plus
» (Manuscrit C).

En marche, levez-vous et laissez-vous saisir par mes bras, nous dit Jésus :
je veux vous conduire au Royaume de la sainteté éternelle.
 

Méditer la Parole

1er novembre 2009

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Apocalypse 7,2-4,9-14

1 Jean 4,1-3

Matthieu 5,1-12a

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