Fête du Baptême du Seigneur - C

Baptême et crucifixion : deux facettes d’un même mystère

Le peuple était en attente,
nous précise saint Luc.
Le peuple attend un Messie, un Sauveur.
Ne serait-il pas Jean qui baptise au Jourdain ?
«Non, je ne le suis pas», répond l’intéressé
mais il annonce : «il vient celui
qui est plus puissant que moi

Le Messie attendu est un homme fort,
plus fort que le mal.
Alors que Jean propose un baptême d’eau
par une immersion dans le Jourdain
avec une confession des péchés qui lave les fautes,
le Messie, lui, baptisera
par une immersion dans l’Esprit-Saint.
L’eau ne fait que laver, apaiser
alors que le feu de l’Esprit
brûle, détruit les scories du péché
et recrée l’homme en une créature nouvelle.
Le peuple est en attente de ce salut
qui renouvellera l’humanité.
Et voici que lors du baptême de Jésus,
ce salut va se manifester.
Qui sait voir les signes qui sont donnés
reconnaîtra en Jésus le Messie tant espéré.


Le premier signe est celui du ciel entrouvert.
C’est un évènement inouï.
En effet, à l’époque de Jésus,
on disait que les cieux étaient fermés.
Les cieux fermés, cela signifie que
la relation est coupée entre Dieu et l’homme.
Les prophètes se sont tus.
La Parole de Dieu se fait silence.
Le peuple gémit dans son isolement
et crie avec le psalmiste :
«Seigneur, incline tes cieux et descends» (Ps 144,5).
Or aujourd’hui, alors que Jésus est baptisé,
les cieux s’ouvrent.
Comme le prophète Ézéchiel qui, devant le ciel ouvert,
est témoin de visions divines (cf. Éz 1,1),
le croyant est invité à voir la manifestation de Dieu.
Jésus devient le pontife qui relie le ciel et la terre.
Au Jourdain, dont le nom signifie «le descendeur»,
Jésus est descendu au point le plus bas de la terre.
Il est descendu au plus bas de l’humanité
pour la relever (cf. Ph 2,6-9).
Il accepte de porter sur lui nos péchés,
et alors le ciel s’ouvre à nouveau
pour ne plus jamais se refermer.
L’accès à Dieu est ouvert.
Avec lui, Jésus entraîne toute l’humanité
hors de l’eau jusqu’aux cieux.


Alors survient un deuxième signe :
l’Esprit-Saint descend sur Jésus
sous l’apparence d’une colombe.
Cet Esprit planait déjà sur les eaux au commencement
où la terre n’était que tohu-bohu (Gn 1,1-3).
C’est l’Esprit de la première création.
La colombe, elle, nous fait penser à Noé sur son arche
quand la terre disparut sous les eaux du déluge.
Quand la colombe revint avec un rameau d’olivier (Gn 8,11),
Noé comprit qu’une terre nouvelle
était en train d’émerger des eaux.
Eh bien, la colombe qui descend vers Jésus
est signe de la création nouvelle
qui est en train d’advenir par lui.
Jésus est cette terre nouvelle,
cet olivier verdoyant,
sur lequel l’Esprit-Saint peut se poser.
Non qu’il ne soit déjà rempli de l’Esprit,
mais c’est en notre humanité renouvelée
que l’Esprit vient demeurer.
Nous sommes héritiers de ce nouveau commencement,
de cette création nouvelle
jaillie des eaux du Jourdain.


Un troisième signe est donné :
«Du ciel une voix se fit entendre :
«C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui,
je t’ai engendré
»». (Lc 3,21)
Cette voix est celle du Père,
celle de celui qui cherchait Adam perdu
après la chute : «Où es-tu ?» (Gn 3,9)
Aujourd’hui, l’Adam nouveau est engendré.
En Jésus, c’est l’homme racheté
qui renaît en enfant de Dieu.
Cette parole du Père venue du ciel
fait écho au psaume 2
chanté lors de l’intronisation du roi d’Israël (Ps 2,7).
Jésus est bien le Roi-Messie dont Israël a besoin.
La prophétie d’Isaïe est alors réalisée :
«Voici mon Serviteur, que je soutiens,
mon élu, en qui mon amour est parfait.
J’ai posé sur lui mon esprit
» (Is 42,1).
Jésus est celui vers qui convergent toutes les Écritures.


Au premier signe, le ciel et la terre se sont rejoints.
Au deuxième signe, Dieu a déposé
son sceau divin sur l’humanité.
Au troisième signe, l’alliance est scellée à jamais
entre Dieu et l’homme.
Au Jourdain, Dieu est manifesté
dans son amour et sa bonté de Père.
L’homme est manifesté
dans sa dignité et sa beauté de fils.
Jésus est bien le Messie attendu
qui vient sauver l’homme
en le ramenant vers Dieu.


Pourtant, nous ne sommes qu’au tout début de l’Évangile.
Le salut ne fait que commencer.
Ce n’est qu’à la croix qu’il sera accompli.
Le baptême et la crucifixion de Jésus
sont deux facettes d’un même mystère,
l’une lumineuse,
l’autre douloureuse.


Au Jourdain, Jésus est plongé dans l’eau.
Au Golgotha, il est plongé dans la mort.


D’un côté, les cieux s’ouvrent.
De l’autre, c’est le rideau du temple qui se déchire,
signifiant bien que plus rien ne fait obstacle
entre Dieu et l’homme.


Au baptême, Jésus reçoit l’Esprit.
À la croix, il remet ce même Esprit
et le répand sur toute la terre.


La voix du Père qui se fait entendre au début
n’est plus que silence au terme
et le Fils se laisse broyer par notre péché :
«Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m’as-tu abandon
né ?»


Le Père avait déclaré : «Tu es mon Fils bien aimé».
Une fois crucifié, c’est un païen,
représentant l’humanité nouvelle, qui confessera :
«Vraiment cet homme était fils de Dieu» (Mc 15,39).


Pour comprendre le mystère de la croix du Christ,
il nous faudra faire mémoire
de la théophanie du baptême.
La lumière de l’un vient éclairer
la ténèbre de l’autre.
Mais c’est le même Jésus,
le même Messie qui est glorifié ;
c’est le même mystère qui est célébré ;
c’est le même salut qui est scellé
entre Dieu et l’homme.


Notre vie aussi est parsemée d’ombres et de lumières.
Mais Jésus reste notre unique Seigneur.
Il unifie ce qui semble inconciliable.
Il ouvre un chemin de vie en toute situation.
Il nous révèle que toute croix cache une lumière salvatrice.
Aujourd’hui, choisissons-le comme notre seul Sauveur.
 

Méditer la Parole

10 janvier 2016

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isae 40,1-5.9-11

Psaume 103

Tite 2,11-14; 3,4-7

Luc 3,15-16.21-22

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