Fête de la Présentation au Temple

Profession monastique en la fête de la Vie consacrée

Le pape Jean-Paul II a été vraiment inspiré
quand il a proposé à l’Église, voici quelques années,
de faire de la Présentation du Seigneur, chaque 2 février,
une fête qui célèbre également la Vie consacrée,
Non seulement cela appelle la chrétienté
à chanter le Seigneur avec ceux et celles qui, de par le monde,
ont choisi librement de vivre pour Dieu cet état de vie,
mais encore cela nous invite tous à nous rappeler que,
par notre propre baptême et notre confirmation,
nous sommes, en quelque sorte, nous aussi consacrés au Seigneur.


N’est-ce pas en ce sens que Jésus prie son Père saint en disant :
Consacre-les dans la vérité. Ta parole est vérité (Jn 17,16).
Une parole qui est lumière et vie et nous est donnée à tous en partage.
Et Jésus continue : Comme tu m’as envoyé dans le monde,
moi aussi je les ai envoyés dans le monde
et pour eux je me consacre moi-même
afin qu’ils soient eux aussi, consacrés dans la vérité (17,18).
Une vérité révélée qui nous est aussi donnée à tous en partage.


Ainsi être consacré au Seigneur ne nous appelle pas d’abord
à être coupé du monde mais à être, le plus possible,
tout à Dieu qui veut sauver le monde
car il l’a tant aimé qu’il lui a donné son Fils (Jn 3,16 ; 1 Tm 2,4).
Nous avons donc tous à vivre, au nom même de notre foi chrétienne,
et cette rupture et cette communion.
C’est fondamentalement cela, la vie consacrée.
Et il est beau que la fête de ce jour nous le rappelle à tous.
Et, pour nous particulièrement, ici même et ce soir
où nous avons la joie de recevoir, en Église,
la profession perpétuelle de sœur Marie-Aimée à la vie monastique.

 
Pour mieux comprendre ce que le Seigneur veut te dire, chère sœur,
et veut nous dire à tous, en ce jour de fête que nous célébrons ensemble,
laissons-nous d’abord éclairer par ce que vivent, en cet aujourd’hui,
Jésus, Marie, Joseph, Anne et Syméon, dans le Temple de Jérusalem.


Nous sommes là en face d’un événement bien réel,
facile à visualiser et où on a tout à entendre.
Un événement fort bien situé dans l’espace et le temps :
quarante jours après la Nativité du Seigneur
et sur l’esplanade du Temple de Jérusalem.
Peintres et iconographes se sont surpassés pour représenter cette scène.
Théologiens et mystiques se sont plu
à en faire ressortir la signification spirituelle.


Que nous est-il donc ainsi montré et enseigné ?
Nous voyons tout d’abord la Vierge Marie,
accompagnée de Joseph son chaste époux,
monter vers le Temple pour se soumettre
au rite de la purification, quarante jours après une naissance.
Un rite auquel rien ne la contraignait pourtant du fait de sa maternité virginale.
Et nous voyons Jésus, premier-né de sexe masculin,
se prêter à un sacrifice de rachat et de consécration ;
un sacrifice auquel rien ne l’oblige non plus
puisqu’il est de toute éternité donné à son Père qui, lui, l’envoie
en cette plénitude des temps en Rédempteur des hommes (Ga 4,4-6).


Mais dans l’obéissance, l’humilité, Jésus, Marie et Joseph
se soumettent à la Loi donnée par le Seigneur
et conformément à ce que mystérieusement le prophète annonçait :
Voici que j’envoie mon messager
pour qu’il prépare le chemin devant moi ;
et soudain il entrera dans son Temple,
le Seigneur que vous cherchez (Mal 3,1).


Voilà déjà un bel exemple qui nous est donné,
sans mise en avant ni paroles.
Un bel exemple de conformité à la Sainte Écriture, de joyeuse liberté
et en esprit de ferme obéissance et de paisible humilité.


Aujourd’hui, c’est donc la présentation de Jésus
au Dieu du ciel, depuis le Temple de Jérusalem.
Mais c’est plus encore la présentation par le Père
de son Fils à la terre des hommes,
venu pour les rassembler tous en un Temple nouveau.


Ainsi, à chaque fois que nous nous présentons devant Dieu
pour lui faire l’offrande de ce que nous avons et de ce que nous sommes,
comme au jour d’une profession monastique,
nous pouvons nous rappeler que nous en le faisons qu’en réponse
à ce que le Père lui-même nous a déjà accordé.
On n’offre à Dieu que ce qu’il nous a déjà donné.
Mais, comme elle a du prix aux yeux du Père
l’offrande de nous-mêmes que nous lui faisons avec un cœur plein d’amour filial.

Poussés par la loi à laquelle ils veulent rester soumis,
Marie et Joseph montent donc au Temple
pour offrir, en sacrifice de rachat, ce qui est prescrit par le Lévitique,
et donc, dans le cas des plus démunis, comme le sont les parents de Jésus,
deux petites colombes (5,7 ; 12,8).
Cela pourrait nous paraître dérisoire.
mais Dieu, lui, juge le fond des cœurs.
Et nous savons que le plus petit acte de pur amour
a plus de prix à ses yeux que toutes les œuvres réunies.
Allez apprendre ce que veut dire cette parole :
C’est l’amour que je veux, et non les sacrifices.


Poussé par l’Esprit, Syméon ne s’arrête donc pas à la lettre de la loi.
Mais il voit, avec les yeux de son cœur, en ce petit enfant
le salut tant attendu, préparé à la face de tous les peuples.
Et, dans ce nouveau né qu’il tient à présent entre ses bras,
il reconnaît la lumière venue pour éclairer les nations (Lc 2,30.-32).


Te voici, toi ainsi, sœur Marie-Aimée, et nous aussi avec toi,
si nous gardons fidèlement ces paroles de Dieu pour les mettre en pratique,
prêts à devenir un frère, une sœur, une mère pour lui.
C’est Jésus lui-même qui nous l’a dit (Mt 12,50 ; Lc 8,21).
Car nous portons alors en nous,
plus réellement encore que Syméon tenant Jésus dans ses mains,
la présence vivante et vivifiante de Celui qui a voulu
devenir homme pour nous rendre participants de sa divinité (2 P 1,4).
Et comme Syméon encore, ce même Esprit
nous pousse alors à proclamer les louanges
de ce Dieu éternel devenu petit enfant,
car c’est vraiment lui, le Sauveur du monde (Jn 4,42).
Puisses-tu plus que jamais, à partir de ce jour
de ta profession perpétuelle, poursuivre ta route
en proclamant l’Évangile par le joyeux témoignage de toute ta vie !


L’aujourd’hui de la première venue de Jésus dans le Temple
nous annonce enfin sa dernière montée vers Jérusalem.
Car si, aujourd’hui, le début de sa vie sur terre est présenté dans la joie,
un jour viendra où le Christ de lui-même
fera le don total de cette même vie sur la croix.
Sa mère l’apprend déjà à travers la prophétie
de ce glaive de douleur qui transpercera son âme (Lc 2,35).


Mais ce jour de sa présentation au Temple annonce aussi,
au-delà des ténèbres du Golgotha, le triomphe de la lumière.
D’une lumière dont l’aube se lève déjà
et qui brillera un jour à la face des peuples.
Un jour où le Verbe de Dieu, aujourd’hui encore silencieux,
proclamera debout et à pleine voix, en ce même Temple :
Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres
mais il aura la lumière de la vie (Jn 8,14).
Comment ne pas désirer contempler un jour un tel visage ?


Pour ta maîtrise de philo en Sorbonne,
tu as eu, sœur Marie-Aimée, la bonne idée
de plonger dans l’étude d’Emmanuel Levinas,
si attaché à creuser ce qu’on pourrait appeler «le mystère du visage».


Nous contemplons aujourd’hui ce visage du vieillard Syméon
plongeant son regard dans celui de l’enfant Jésus.
Maintenant, ô Maître, tu peux selon ta parole
laisser ton serviteur s’en aller en paix
car mes yeux ont vu ton salut (Lc 2,28-30).


Si attirantes que soient les lumières de la philosophie,
tu as préféré porter ton regard du côté de la vie contemplative !
Cette fête de la vie consacrée nous rappelle combien,
avec sainte Thérèse d’Avila, nous osons dire : «Je veux voir Dieu !»
Or un jour viendra où nous lui serons semblables
parce que nous le verrons tel qu’il est (1 Jn 3,2).


Aujourd’hui certes, nous voyons dans un miroir,
d’une manière confuse,
mais alors ce sera face à face.
Aujourd’hui je connais d’une manière imparfaite,
mais alors je connaîtrai comme je suis connu (1 Co 13,12).
Ce jour-là nous comprendrons enfin pourquoi
Dieu a voulu prendre figure d’homme (Ph 2,7)
pour faire de tous les hommes de vrais enfants de Dieu.
Ce jour-là, nous serons ensemble le reflet constellé
de l’unique Visage du Christ. Nous qui, comme dit Paul,
le visage découvert (les sœurs n’ont le voile qu’au-dessus de la tête !),
réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur,
nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse,
comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit (2 Co 3,18).


C’est peut-être essentiellement à cela que sert la vie monastique
au cœur du monde !
 

Méditer la Parole

2 février 2010

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Malachie 3,1-4

Hébreux 2,14-18

Luc 2,22-40

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