Mercredi des Cendres

Justice et injustices

Si nous sommes ici ce soir,
c’est parce que nous avons répondu à l’appel
que le Seigneur nous adresse.
Un appel à la conversion :
«Revenez à moi de tout votre cœur» (Jl 2,12).


Ensemble nous allons revenir à Dieu,
nous allons renoncer à nos voies mauvaises
pour devenir des êtres remplis et brûlants de la vie de Dieu,
de la joie de Dieu.


Mais quelle route de conversion prendre en cette année 2010 ?
Le Pape nous répond – et à travers lui,
c’est le Seigneur qui nous parle –
en nous interpellant avec beaucoup de vigueur sur la justice.


Je voudrais vous partager quelque chose
du message de Benoît XVI pour ce Carême
que je vous demande de méditer surtout par vous-mêmes.


Partons du concret, du très concret de notre monde :
l’injustice – le drame, le scandale des injustices dans notre monde.
Dans le monde d’aujourd’hui,
ce sont de millions d’hommes, de femmes et d’enfants
qui n’ont pas ce qui leur revient, ce qui leur est dû.


Qu’est-ce qui leur est dû ?
D’abord ce que la loi, les lois exigent .
Mais cela ne suffit pas.
Nous humains avons besoin de plus :
nous avons besoin de l’amour,
nous avons besoin de faire l’expérience de la gratuité de l’amour.
Nous avons été créés par Dieu,
nous avons besoin de Dieu.
Le drame de l’injustice sur notre planète
est que des millions d’humains sont privés de pain, oui,
mais aussi sont privés de la connaissance de Dieu,
alors que d’autres sont dans la surabondance.


D’où vient l’injustice ?
Le marxisme répond :
la faute est à la bourgeoisie dominante.
Le capitalisme dit :
la faute est au manque d’investissements !


Ces réponses sont toujours extérieures à l’homme.
Non !
L’injustice vient du cœur de l’homme :
une curieuse force de gravité
qui nous pousse à nous affirmer
au-dessus des autres et contre les autres.


En Adam et Ève, nous avons substitué
à la logique de la confiance en l’Amour,
celle de la suspicion, de la compétition.
À la logique de l’accueil, de l’attente confiante,
celle anxieuse de nous approprier tout,
de faire tout par nous-mêmes.


Le résultat de tout cela
est un continuel sentiment d’inquiétude et d’incertitude.


Comment nous libérer
de cette tendance égoïste qui est en nous ?
Par des moyens extérieurs à l’homme ?
Par des projets, des lois, des normes ?
Rien ne sera vraiment fécond
si on ne s’attaque pas d’abord au cœur du problème :
le cœur de l’homme.


Mais comment, nous qui avons le cœur malade,
pouvons-nous trouver le moyen de guérir notre cœur ?
Pour répondre, Il nous faut un regard autre,
une sagesse vierge, innocente, pure.
Éclate ici notre besoin de la Révélation.

Que dit Dieu ?


Dans le Premier Testament
nous nous trouvons face à une surprise :
un même mot «sedaqah» pour qualifier
celui qui est obéissant à Dieu et
celui qui prend soin des pauvres.
Pas simplement pour une raison morale objective :
si tu prends soin des pauvres,
tu es juste, tu es ajusté à la volonté de Dieu,
à son commandement objectif...


C’est beaucoup plus profond.
Le pauvre c’est d’abord toi, homme d’Israël,
et Dieu a eu pitié de toi alors que tu étais esclave en Égypte.
Il t’a sauvé et, en réponse,
il te demande de prendre soin des pauvres toi aussi.


Tant que tu ne comprendras pas
que tu es un pauvre que Dieu a sauvé,
tu ne seras pas capable de combattre vraiment
les injustices de ce monde.


Si tu restes dans l’idée que tu te débrouilles bien sans Dieu,
que tu n’as pas besoin de Lui,
tu restes, que tu le veuilles ou non, complice des injustices.


Ce n’est pas un hasard si le don de la loi de Moïse
appelant à la justice est venu après la traversée de la mer Rouge.
La question est alors :
si nous, hommes et femmes du Nouveau Testament,
voulons vraiment sortir de l’injustice,
ce n’est pas d’Égypte qu’il faut sortir,
mais de la maladie de notre cœur,
de l’égoïsme de notre cœur.
Nous avons besoin d’une libération beaucoup plus forte !


Est-ce que cette libération est possible ?
Oui, et elle est même déjà accomplie.
Il ne manque plus que ta foi.


Cette libération a quelque chose de complètement fou !
La malédiction que nous vaut notre égoïsme,
Jésus l’a prise sur lui.
 

Et sa bénédiction de Fils tout aimé,
il nous l’a donnée.
C’est un amour extraordinaire.
Si nous y croyons, cet Amour nous envahit,
nous guérit, nous libère.
Et le signe de ce que cela se produit,
est que nous y répondons en prenant soin des autres
comme Dieu a follement pris soin de nous.


Mais là, il faut être bien clair et réaliste :
il faut que nous acceptions viscéralement
que nous avons besoin d’un autre.


Pour être pleinement moi-même,
j’ai besoin de Dieu.
Je ne suis pas un être autarcique
qui se débrouille tout seul.
C’est une illusion et c’est cette illusion
qui entretient l’injustice dans le monde.


Tous, nous sommes des débiteurs.
Nous serons toujours des débiteurs.
Dès que nous acceptons cela,
nous ne pouvons pas ne pas prendre soin des autres
et travailler pour qu’ils reçoivent ce qui leur est dû,
à savoir du pain, la connaissance de Dieu,
l’expérience de la gratuité de son Amour.


Que faire de ce Carême ?
Désirer comprendre avec tout notre être
notre besoin viscéral de Dieu
ne serait-ce qu’une fraction de seconde.
Le jeûne va nous y aider.
Ce peut être un jeûne de nourriture, d’internet,
de satisfaction sexuelle, d’activisme,
Il s’agit de préférer la faim, le silence.


Nous pouvons nous mettre au pied de la croix
et, là, réaliser que ma malédiction est sur Jésus
et sa bénédiction est sur moi.
Et durer dans la prière face à la croix.


Il nous faut aussi nommer les injustices
qui sont les plus proches de nous
et, en réponse à l’amour de Dieu,
retrousser nos manches.


Voici le temps favorable.
Une grâce puissante nous est donnée.

 

Méditer la Parole

17 février 2010

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Joël 2,12-18

Psaume 50

2 Corinthiens 5,20-6,2

Matthieu 6,1-18

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