7e semaine de Pâques - C

Les yeux vers le ciel

 

Si l’on cherche une ligne directrice
entre les trois textes liturgiques de ce jour,
il apparaît vite qu’elle est, tout du long, orientée vers le ciel.
Et donc dans ce regard que tout nous invite
à tourner, nous aussi, vers en haut.

Le diacre Étienne, à l’heure de son martyre, contemple les cieux ouverts (Ac 7,56).
Le voyant de l’Apocalypse nous montre la Jérusalem céleste (Ap 22).
Et Jésus prie son Père pour nous, les yeux levés au ciel (Jn 17,1).
Nous voici donc invités à faire de même,
comme il convient bien en ce dernier dimanche après Pâques,
situé entre l’Ascension, déjà chantée, et la Pentecôte que nous allons célébrer.



Le face à face entre Étienne et le Sanhédrin, rapporté par le livre des Actes,
qui va déboucher sur sa mise à mort par lapidation,
a quelque chose de saisissant.
On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec la Passion du Christ.
Comme Jésus, Étienne opère de grands prodiges et signes parmi le peuple (Ac 6,8).
Comme lui, il fait tout, dans un long discours, pour convaincre
ceux qui refusent de croire, d’avoir des yeux pour voir
et des oreilles pour entendre, plutôt que de se fermer à la vérité.
Il parle, insiste, montre la conformité entre ce qu’annoncent les Écritures
et la vie de Jésus qui les éclaire et les accomplit.
Mais ses paroles ne rencontrent que froideur et hostilité,
malgré la lumière de son visage rendu semblable à celui d’un ange (6,15).

Alors, n’y tenant plus et ne pouvant taire la vérité,
sachant bien ce que ses propos risquent de provoquer.
Étienne met crûment leurs âmes à nu :
Nuques raides, oreilles et cœurs endurcis,
toujours vous résistez à l’Esprit Saint !
Tels furent vos pères, tels vous êtes…
Ils ont tué ceux qui prédisaient la venue de Jésus le Juste,
celui-là même que, maintenant, vous venez de mettre à mort…,
vous qui avez reçu la Loi et ne l’avez pas observée (7,51-53).
Leurs cœurs frémissent de rage, nous est-il dit, et ils grincent des dents (7,54).

C’est alors qu’Étienne, rempli de l’Esprit Saint, s’exclame,
pris par l’enthousiasme de ce qui lui est alors donné de contempler :
Ah ! je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme
debout à la droite de Dieu ! (7,56).
Frères et sœurs, nous savons bien, nous,
que nous n’aurions aucune raison de nous en offusquer ;
mais au contraire, de bons motifs de nous en émerveiller.
Déjà le prophète Daniel avait parlé ainsi :
Contemplant les visions de la nuit, j’ai vu venir
sur les nuées du ciel comme un Fils d’homme (7,13).
Jésus lui-même avait proclamé devant Nathanaël :
En vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert
et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme (Jn 1,51).
Et il était mort en croix, pour avoir proclamé la même vérité
devant Caïphe, les grands prêtres et le Sanhédrin tout entier (Mt 26,59.64).

Quelle lumineuse et divine perspective pour nos vies !
Ne disons pas que ce serait trop beau pour qu’on puisse y croire.
On peut accorder toute sa foi à de paroles et à des témoignages
sorties de la bouche de vies aussi droites, pures et saintes
que celles de Daniel le prophète, du diacre Étienne
et de Jésus, le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16,16).
On peut croire à des paroles proférées
jusqu’au témoignage du martyre et couronnées par une prière
aussi sublime que celle d’Étienne disant, genoux fléchis,
dans un grand cri : Seigneur, ne leur impute pas ce péché (Ac 7,50).

Oui, chacun de nous peut redire avec sainte Thérèse d’Avila :
«Je veux voir Dieu !» Tel est bien le but ultime de nos vies.
Car «si la gloire de Dieu, c est l’homme vivant,
la gloire de l’homme, c’est la vision de Dieu
» .

Certes, nos yeux terrestres et corporels ne peuvent voir Dieu sans mourir.
Mais justement ils doivent s’éteindre !
Alors, le Seigneur qui est lumière, transfigurera notre corps de misère
pour le conformer à son corps de gloire (Ph 3,12).
Aujourd’hui nous voyons comme dans un miroir et de manière confuse,
mais alors ce sera face à face, continue l’Apôtre (1 Co 13,12).
Même si dès maintenant nous sommes enfants de Dieu,
ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.
Mais, proclame saint Jean, lors de cette manifestation,
nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est (1 Jn 3,2).

Si Dieu nous fait la grâce de la foi (et il nous la propose à tous en partage),
comment ne pas nous émerveiller, avec saint Paul,
lui qui, à plusieurs reprises, a vu le Christ ici-bas,
de pouvoir, nous aussi, attendre la bienheureuse espérance
de l’Apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ (Tt 1,13).


Le livre de l’Apocalypse (deuxième lecture) est par définition, celui des Révélations.
Nous n’avons pas de raison d’avancer, ici non plus, avec scepticisme.
Tout le Premier Testament est jalonné de visions diverses
dont ont pu bénéficier les plus grandes figures bibliques,
telles qu’Abraham à Mambré, Jacob à Béthel, Moïse au Sinaï,
Isaïe dans le Temple, Ézéchiel dans son exil, Daniel dans la fournaise.
Sans parler de celles des justes, des sages, des psalmistes, des anawim.
Et si cela nous paraissait encore un peu loin ou par trop symbolique
pour nous convaincre (on est en droit de donner des assurances à notre foi !),
pensons à tous ceux et celles, mystiques, contemplatifs,
pécheurs convertis, agnostiques amenés à croire comme malgré eux,
saints et saintes de toutes époques et de toutes conditions,
à qui il a été donné la grâce de voir quelque chose de Dieu.
Vingt siècles de spiritualité chrétienne peuvent témoigner.

Nous pouvons donc écouter avec respect et attention
ce que Jean, le voyant de l’Apocalypse, nous révèle aujourd’hui.
En ce dernier dimanche après Pâques, à la lumière de l’Ascension,
il nous est bon de réentendre ces dernières paroles de toute la Bible.
Si le Seigneur nous fait la grâce, ici aussi, de les écouter avec foi,
quelle lumière pour nos esprits et quelle paix pour nos cœurs !

De quoi s’agit-il en effet ?
Rien moins que de la promesse solennelle du retour du Christ,
le jour où, comme promis, il nous accueillera dans sa gloire !
Une divine promesse à laquelle répond
le cri de foi, d’espérance et d’amour de l’Église-Épouse,
en présence du Christ qui s’est dit le premier son Époux .
Double cri donc, de Dieu à l’adresse des hommes qu’il aime
et des hommes à l’adresse du Dieu de tout amour.
Double cri qui récapitule en somme toutes les Écritures
où, de partout, les venues de Dieu
sont annoncées, manifestées, rappelées en mémorial.
Il est venu, il vient, il reviendra, répète la Bible à l’envi.
Celui qui était, qui demeure et qui sera éternellement (Ap 1,8).
Je suis l’Alpha et l’Omega, le premier et le dernier,
le commencement et la fin, clame la voix venue du trône (21,3.22,13).

Par trois belles images, déjà présentes dans l’Évangile,
nous entendons alors le Verbe, vraie lumière qui éclaire tout homme (Jn 1,9),
nous inviter à partager les fruits de l’arbre de vie ;
à entrer dans le Royaume de Dieu par les portes de la cité ;
et à recevoir en partage l’étoile radieuse du matin.
À chacun de nous de retraduire cela dans l’intimité de sa prière.
Comment ne pas se réjouir en effet
à la pensée de ce bonheur de plénitude qui nous attend ?
L’Esprit et l’Épouse disent : Viens !
Celui qui entend, qu’il dise aussi : Viens ! (Ap 22,17).
En réponse au Seigneur qui reprend : Oui, je viens sans tarder,
comment ne pas faire à nos âmes le joie de lui redire,
le regard tourné vers le ciel, encore et toujours :
Oh oui, viens Seigneur Jésus! (22,20).


Si le livre de l’Apocalypse a pu nous rapporter un tel dialogue,
aussi rempli d’amour que d’allégresse,
c’est parce que Jésus, le premier, nous a parlé de la sorte.
Nous l’avons ainsi entendu dans l’Évangile de ce dimanche
qui nous rapporte les toutes dernières paroles de son grand adieu (Jn 17,20-26).

Ce qui nous est transmis est si simple et si grand,
si élevé et si profond, si limpide et si empreint de mystère,
qu’il ne pouvait nous le dire qu’à travers une prière.
Une prière à son Père juste et saint (17,11.25).

Tout commence par un souhait divin d’une grandeur inouïe
qui nous saisit d’emblée,
si nous savons nous arrêter, un tant soit peu, pour en mesurer l’étendue :
Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi,
qu’ils soient un en nous, eux aussi,
pour que le monde sache que tu m’as envoyé (17,21).
Si nous avons bien entendu, il s’agit de rien moins
que de participer, au plus profond, à la plénitude de l’intimité divine.
D’une intimité d’amour dans la communion
qui fait que le Père et le Fils ne sont pas seulement unis,
mais qu’ils sont  littéralement, un.
Oui, le Père et moi, nous sommes un (10,30).
Il n’y a qu’un seul Dieu en effet, mais dans le triple partage du même amour.
Et pour qu’on soit bien introduits, au moins au seuil de ce mystère,
Jésus ajoute, non sans quelque vivacité, la vivacité de la vérité :
Sachez une bonne fois que le Père est en moi, et moi dans le Père (10,38).

Voilà le souhait, le but ultime, la volonté suprême
du Dieu ami des hommes. Des hommes qu’il a déjà créés à son image,
rachetés à sa ressemblance, et sanctifiés en répandant son amour en nos cœurs !
Ne cherchons pas à comprendre : il n’y a plus qu’à contempler !
Le Seigneur veut bel et bien nous intégrer un jour
de toute notre plénitude dans la plénitude de sa divinité (Ep 2,19).

Mais Jésus ne s’arrête pas là.
Pour qu’on soit bien sûr de ce qu’il nous a dit,
et pour nous pousser à vraiment le faire nôtre, il ajoute :
Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée
pour qu’ils soient un, comme nous sommes un :
moi en eux et toi en moi. Pour qu’ils soient  parfaitement un.
Et il reprend encore : afin que le monde sache que tu m’as envoyé (17,22-23).

Cette fois, c’est de notre propre unité qu’il s’agit.
Comment ne pas reconnaître, si nous sommes des humains dignes de ce nom,
que nous aspirons à un monde où, enfin,
nous pourrions tous être en paix, en harmonie, en affection,
les uns avec les autres, et comblés de joie,
dans le bonheur de la même communion d’amour ?
Car le bonheur ne peut être personnellement vécu
que s’il est universellement partagé (Ep 4,13).

Eh bien, voilà ce qu’ultimement le Christ Jésus demande à son Père !
Et cela est si grand, si démesuré à nos regards de la terre,
que l’on ne peut à notre tour que les tourner, nous aussi, vers le ciel.
Sas rien dire… Mais en entendant encore et toujours
Jésus prier ainsi, en parlant de nous (17,1) :
Père, ceux que tu m’as donnés, je veux (il a bien dit : je veux)
que là où je suis, eux aussi soient avec moi,
et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée,
toi qui m’as aimé, avant même la création du monde (17,24).
Et pour finir, ce souhait où tout culmine :
pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé
et que, moi aussi, je sois en eux (17,26).

Seigneur, je veux ce que tu veux !
Oh oui, viens Seigneur Jésus !
 

Méditer la Parole

16 mai 2010

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Actes 7,55-60

Apocalypse 22, 12...20

Jean 17,20-26

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