Fête de la Nativité de la Vierge Marie - C

Naître et re-naître

La fête de la nativité de la Vierge Marie
nous invite aujourd’hui à méditer
sur le mystère de la naissance.
Naître : cela évoque pour nous des souvenirs,
des visages, des lieux, des dates.
Toute vie commence par une naissance.
Mais cette naissance originelle
annonce d’autres naissances qui jalonnent la vie.
Marie est née en ce jour
et elle n’a cessé de renaître au long des jours.
Comme Marie, tout homme est appelé
à une triple naissance :
naître à la vie,
renaître à la grâce,
renaître d’en haut.


Naître à la vie, tout d’abord.
Tout commence par ce premier jour
où l’enfant paraît.
Nu, il sort du sein maternel (Jb 1,21),
sans attribut, ni décoration.
L’enfant qui naît,
c’est l’homme au premier jour de la création,
il est chair et sang.
À la fois, fragile,
car il a besoin d’autres pour vivre,
et puissant, car d’un homme et d’une femme,
il en fait un père et une mère.
L’enfant s’ouvre à la vie naissante
et les parents voient que l’avenir ne leur appartient plus.
L’enfant ne peut naître
qu’au prix de leur propre mort.
Naissance et mort sont liés.
«Il faut que lui grandisse
et que moi je diminue
».
Marie naît en ce jour dans cette réalité de l’humain
qui se laisse toucher à l’état brut.
Mais ce qui est  de l’ordre de la chair
n’est pas à séparer de ce qui est divin.
La naissance à la vie est une expérience spirituelle.
L’enfant reçoit la vie
qui se transmet d’âge en âge.
Ainsi chaque naissance donne d’approcher
Celui qui est à l’origine de toute vie,
Celui  qui est le Principe
sans qui rien ne peut advenir.
«Avant même que tu sois sorti
du sein maternel, je t’ai aimé
»
dit le Seigneur au prophète Jérémie (Jr 1,5).
Combien plus Marie qui naît en ce jour
a-t-elle été «élue en Dieu,
dès avant la fondation du monde» (Ep 1,4),
pour transmettre cette vie reçue
à Celui qui est la source de toute vie.
Née au premier jour,
Marie, comme tout homme, toute femme,
n’a cessé de naître chaque jour.
Il s’agit de naître à soi-même,
à sa vocation, aux talents qui nous sont propres,
à nos engagements.
Marie n’a pas fait l’économie
de cette naissance à soi
car elle est de notre race.


Une deuxième naissance est à vivre :
la naissance à la grâce.
La première naissance fait de nous des créatures,
la deuxième nous fait devenir enfants de Dieu.
La grâce agit dans les deux cas
mais bien plus grande et effective
est-elle dans la deuxième naissance
(cf. S. Augustin, Sermons, 26,5 – cc41, p.351s.).
À l’Annonciation, Marie vit 
une naissance dans l’Esprit-St.
Elle reçoit un nom nouveau :
«Comblée de grâce».
Renaître à la grâce, c’est laisser Dieu
déployer sa force dans notre faiblesse.
Voilà ce que vit Marie.
Elle n’a pas pu décider de naître,
mais par son «fiat», elle décide
de renaître à la vie en Dieu.
Quand elle conçoit dans sa virginité,
Marie naît à l’inattendu de Dieu.
Quand elle est menacée de lapidation,
Marie naît à la confiance en Celui qui peut tout.
Quand elle enfante le Verbe-fait-Chair,
Marie naît à sa maternité divine.
Quand elle pousse Jésus à faire un miracle à Cana,
Marie naît à sa vocation
d’être associée à la Rédemption qui vient par son Fils.
Quand elle voit son Fils mourir sur la croix,
Marie naît à sa nouvelle maternité
qui est d’être mère de tous les hommes.
«Femme, voici ton fils».
Marie renaît de jour en jour
en s’associant à la Pâque de son Fils.
À chaque renaissance, la vie
est redonnée en surabondance.
«Si quelqu’un est dans le Christ,
c’est une création nouvelle.
L’être ancien a disparu,
un être nouveau est là
» (1 Co 5,17).


L’ultime naissance, Marie
est la seule créature à l’avoir déjà vécue.
Plongée dans la mort,
Marie, par son Assomption,
a été élevée vers la vie.
Il est écrit : «Si nous mourrons avec lui,
avec lui nous vivrons
» (2 Th 2,11).
Marie, dont l’âme a été transpercée par un glaive,
renaît à cette vie nouvelle et éternelle.
Dans sa mort, ce qui était périssable
est devenu impérissable (1 Co 15,53).
Marie est ressuscitée dans la gloire.
Par la pâque de Jésus, la mort
est devenue une nouvelle naissance.
La mort voulait nous déshumaniser.
En Jésus, elle nous offre désormais
un surcroît d’humanité.
Elle achève ce que nous sommes.


Naître à la vie.
Naître à la grâce.
Naître d’en-haut.
Triple naissance, triple enfantement.
Marie, première créature rachetée et sauvée,
nous ouvre la voie de notre propre renaissance.
Puissions-nous prendre en ce jour
Marie chez nous afin qu’elle nous enseigne
le secret de cette renaissance
à la vie nouvelle qui ne passera pas.
 

Méditer la Parole

8 septembre 2010

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Romains 8,28-30

Psaume 12

Matthieu 1,1-23

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