Fête de Toussaint - C

Tous Saints au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit

Dans le manuscrit autobiographique destiné à sa prieure, Thérèse de Lisieux écrit :
«Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré d’être une sainte,
mais, hélas, j’ai toujours constaté,
lorsque je me suis comparée aux saints,
qu’il y a entre eux et moi la même différence qui existe
entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux
et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants

Mais Thérèse continue :
«Au lieu de me décourager, je me suis dit :
le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables ;
je puis donc, malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté

Alors, comme on monte dans un ascenseur,
elle s’est jetée dans les bras de Jésus qui l’a élevée vers le ciel !


Si donc celle qui reste considérée comme une sainte
des plus marquantes des temps modernes,
s’est jugée incapable de se sanctifier par elle-même,
mais y est tout de même parvenue avec la grâce de Dieu,
nous ne pouvons, nous non plus, nous décourager.
Nous n’avons pas à nous dire que la sainteté n’est pas pour nous,
sous prétexte que nous sommes convaincus de ne pouvoir y accéder.
Car c’est bel et bien à chacun de nous
que le Seigneur propose d’avancer, avec sa grâce,
sur ce que l’autre Thérèse, Thérèse d’Avila, n’hésite pas à appeler :
«le chemin de la perfection».


Dieu seul, nous le savons, est vraiment saint.
Il est même le seul saint.
Nous l’avons chanté une fois encore dans le Gloria.
À la fois unique et trois fois saint.
Or, nous avons tous été baptisés au nom du Père, du Fis et du Saint-Esprit.


N’est-ce pas sous le regard du Père tout d’abord,
à l’exemple du Fils également
et dans l’unité de l’Esprit, enfin,
que nous sommes tous appelés à participer
à l’unique sainteté de Dieu (2 P1,4) ?


Nous sommes tout d’abord les fils du Père (Mt 5,9 ; Rm 8,19).
Les enfants d’un Dieu qui est notre propre Père ;
et les enfants d’un Père qui est notre vrai Dieu !
Cela est si réel que Jésus ira jusqu’à dire :
Ne donnez à personne sur la terre le nom de Père,
car vous n’en avez qu’un : le Père du ciel (Mt 23,9).
C’est de lui en effet que
toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom (Ep 3,14).
C’est donc de lui aussi que toute sainteté tire son origine.


Nous comprenons ainsi que la sainteté chrétienne
n’est pas d’abord une affaires d’observances, de code moral
ou même de pieuses pratiques,
mais de filiation.
Croire en son amour, voilà ce qui nous sauve (1 Jn 4,16) !
Le saints ne sont pas premièrement des héros ; ce sont d’abord des fils.
Et si nous ne devenons pas comme des petits enfants,
c’est-à-dire à l’image de Jésus, le Fils bien-aimé du Père,
nous n’entrerons pas dans le Royaume de Dieu (Lc 18,17).
Mais nous irons si nous le sommes (1 Jn 3,1-3) !


La sainteté n’est pas quelque chose que l’on conquiert,
mais une réalité vivante que l’on accueille.
Une vie pleinement donnée, pour que nous en soyons pleinement remplis.
Et quelle vie !


C’est l’accueil filial d’un amour paternel.
Dieu, comme un Père plein d’amour, nous a créés à son image ;
et, comme un Père débordant de miséricorde, il nous a recréés
en nous conférant l’adoption filiale (Ga 4,5).
Ainsi, doublement, sommes-nous tous enfants de Dieu (3,26).
Par la grâce de la création et la grâce de la Rédemption.
Aussi bien, dit Paul, n’avons-nous pas reçu un esprit d’esclaves
pour retomber dans la crainte ;
nous avons reçu un esprit de fils adoptifs
qui nous fait nous écrier : Abba, Père ! (Rm 8,15).


C’est dire avec quel désir brûlant, quelle attente ardente,
le Père veut que nous soyons tous saints
comme lui-même est saint (Lv 19,2).
Voyez quel grand amour nous a donné le Père
pour que nous soyons appelés enfants de Dieu, car nous le sommes (1 Jn 3,1).
Il nous fait donc devenir ce que nous sommes.


Frères et sœurs, nous pouvons tous nous dire :
Je suis le fils, la fille d’un Saint.
Et quel Saint !
Le seul Saint. Le Dieu très saint.
Comment ne pas y penser à chaque fois que nous disons :
Notre Père… (Mt 6,9).
La sainteté, nous l’avons d’abord reçue en héritage (Rm 8,17 ; Lc 22,29).
À nous donc de vivre, comme il l’est écrit, en héritiers de Dieu.


Cet héritage, nous l’avons aussi reçu en partage,
ce qui nous rend également cohéritiers du Christ (Rm 8,17).
Le Fils lui-même est venu parmi nous, en se faisant en tout semblable à ses frères (He 2,17).
Il s’est fait notre aîné (Rm 8,29).
Nous sommes donc tous, pourrait-on dire les cadets de sa sainteté.
Et comme nous étions tous pécheurs, en face de lui (1 Jn 4,10),
il nous a tous rachetés, lavés et sanctifiés en lui (1 Co 6,11).
Plus encore : il nous a pris avec lui (Jn 14,3) ;
ensevelis avec lui par le baptême dans la mort (Rm 6,4).
Il nous a même déjà ressuscités avec lui (Col 2,12)
en nous faisant asseoir avec lui dans les cieux (Ep 2,5),
cependant qu’il reste avec nous pour toujours,
jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20).
Qui donc nous séparera de l’amour de Dieu
manifesté, donné, communiqué, littéralement déversé en nos cœurs (Rm 5,5)
par notre Seigneur Jésus-Christ (Rm 8,35-39) ?


Cette sainteté du Fils fait réellement de nous
comme à notre corps défendant, le Corps du Christ (Rm 12,5).
Car vous êtes le Corps du Christ et membres chacun pour sa part (1 Co 12,27).
C’est en lui que nous sommes sanctifiés quand coule sur nos fronts
l’eau baptismale issue de son côté (Jn 7,37-38 ; 19,34).
C’est de lui que nous sommes revêtus quand l’Église nous remet
le vêtement blanc en vue des noces éternelles.
C’est par lui que nous sommes illuminés quand nous recevons
le cierge baptismal qui prolonge en nos vies quotidiennes
la lumière éternelle du matin de Pâques.


Frères et sœurs, devenons donc ce que nous sommes :
des pécheurs qui se laissent sanctifier
parce qu’ils sont déjà lavés par le sang de l’Agneau (Ap 7,14).
N’oublions pas non plus cela :
Je suis le frère d’un Saint.
Et de quel Saint !
Le Christ, le Saint de Dieu (Mc 1,24 ; Mt 16,16).
Si nous savons l’accueillir, nous ne pourrons que l’imiter.
Et, en l’imitant, avec sa grâce, nous serons tous sanctifiés.


L’Esprit, lui, s’est établi jusqu’au plus intime de notre vie.
Comme au premier jour de création où il planait sur les eaux (Gn 1,2).
Comme au jour du baptême au Jourdan où il descendit sur le Christ (Lc 3,22).
Comme au Calvaire où Jésus en expirant le répandit sur la terre (Jn 19,30).
Comme au matin de Pentecôte où il façonna l’Église.
La sainteté de Dieu a été répandue en nos cœurs
par le Saint-Esprit qui nous dit donné (Rm 5,5).


Avec lui, la sainteté est donc
plus encore qu’une filiation ou un partage :
elle devient une inhabitation divine.
Aussi bien, dit l’Écriture, est-ce en un seul Esprit
que nous avons tous été baptisés.
Car tous, nous avons été abreuvés d’un seul Esprit (1 Co 12,13).


Ne cherchons donc pas la sainteté
en haut des cieux ou au-delà des mers (Dt 30,12-13) ;
elle est là, dans notre bouche et dans notre cœur.
Elle est en nous.
non pas en image, en figure, en devenir,
mais en personne (Rm 8,16).
Il y a en nous Quelqu’un et c’est un Saint.
Plus intime à nous-mêmes que nous.
Et quel Saint !
L’Esprit Saint. L’ami de nos âmes.


Nous en sommes oints comme d’une huile pénétrante.
Nous en sommes marqués comme d’un sceau indélébile (Ep 1,13).
Nous en sommes pénétrés comme d’une présence vivante.
Nous voici littéralement habités par cette sainteté divine
et devenus par là le Temple de sa Présence :
Car ce Temple est sacré et ce Temple, c’est nous (1 Co 3,16-17).
Qu’au jour le jour et au-dedans de nous,
dans notre être tout entier, corps, âme, cœur et esprit,
le Saint-Esprit nous sanctifie !


Frères et sœurs, il y a tant de saints,
issus de notre terre et aujourd’hui vivant au plus haut des cieux,
que nous pouvons dire qu’au milieu d’eux,
il y a une place pour quelqu’un comme nous !
Regardons à tous les âges, dans toutes les situations,
dans toutes les profession, à toutes les époques,
avec les cultures, les tempéraments, les caractères, les cheminements les plus variés.
Dieu, finalement, les a tous sanctifiés.


Oui, dans le plus ordinaire de la vie de chaque jour, brille, invisiblement,
l’âme de toute une foule de saintes et de saints dont Dieu seul connaît la lumière.
C’est vers ces dévouements obscurs, ces vies droites dont les noms ne seront jamais cités
et qui sont parfois de plus grands saints que ceux que l’in honore,
que l’Église oriente aujourd’hui nos regards.


Ils composent cette foule immense d’anonymes
qu’au jour le jour et par myriades,
la ville, la campagne, la famille, le cloître, la rue, le bureau,
le magasin, l’université, l’école, l’atelier, les marmites et les ordinateurs,
la science, la foi, l’humilité et, par dessus tout, l’amour,
de jour et de nuit, partout ont sanctifiés !


Où que nous puissions nous situer, nous ne pouvons pas nous en dire dispensés.
Il y a une place pour nous dans ce champ où la main de Dieu nous a semés (1 Co 3,9).
Oui, pour moi qui suis baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
une route est tracée où je puis si je veux, réellement cheminer.
Et c’est une route conduisant à la sainteté.


Qu’il me soit fait Seigneur, selon ta sainte volonté !
 

Méditer la Parole

1er novembre 2010

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Apocalypse 7,214

1 Jean 3,1-3

Matthieu 5,1-12

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