1e semaine de l’Avent - A

L’un est pris l’autre laissé

«C’est l’heure désormais de vous arracher de votre sommeil ;
le salut est maintenant plus près de nous
qu’au temps où nous avons cru
» (Rm 13,11).


De quand date notre conversion, notre réveil spirituel,
notre découverte de la foi ?
De quelques mois, de quelques années ?
Mais avec le temps une certaine indifférence spirituelle,
une certaine tiédeur souvent nous gagne, même inconsciemment.
L’échéance du salut...
elle s’éloigne de notre horizon de pensée et de prières.


Eh bien non !
«Le salut, l’heure de la Rencontre, le moment du Jugement,
est maintenant plus près de nous
qu’au jour où nous avons cru !
»


C’est l’heure de nous arracher de notre sommeil.
C’est l’heure, nous dit Paul,
«de revêtir les armes de la Lumière,
la nuit est avancée, le jour est proche», très proche
(cf. Rm 13,12).


Voilà qui rejoint directement l’appel de Jésus dans l’Évangile :
Jésus nous renvoie au temps de Noé
où le mal proliférait sur la Terre
dans une inconscience totale de la part des humains.
«Ils mangeaient,
ils buvaient,
ils faisaient la noce
»
et ils n’ont rien vu.
Ils n’ont rien vu de ce qui allait arriver, du déluge,
qui était pourtant la conséquence directe de leur péché.
«Ils mangeaient,
ils buvaient,
ils faisaient la noce


«Réveille-toi ô toi qui dors,
lève-toi d’entre les morts,
et sur toi luira le Christ
» (Ép 5,14).
proclame Paul aux chrétiens d'Éphèse.
«Revêtez-vous du Seigneur Jésus
et ne vous laissez pas perdre par les désirs de la chair
»,
avons-nous entendu aujourd’hui (Rm 13,14).


Au temps de Noé, ils n’ont rien vu de ce qui venait.
Il en sera de même au jour où Jésus viendra dans la gloire.


Combien seront ceux qui seront éveillés ?
Combien seront ceux qui discerneront les signes de sa venue ?
«Le Fils de l’Homme, quand il viendra,
trouvera-t-il la foi sur la terre?
» (Lc 18,8).


L’appel de Jésus est clair :
«Veillez !» et «Soyez prêts» (Mt 24, 42.44)
«Vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient
Or il s’agit d’être là pour l’accueillir.

Nous veillons parce qu’il viendra.
Car une chose est sûre, une chose est certaine :
Le Seigneur viendra.
La foi chrétienne n’est pas un pari métaphysique
sur l’existence de Dieu :
elle est un chemin très concret à la rencontre de Celui qui vient.


L’humanité chemine dans le temps
vers la Rencontre avec Jésus dans sa gloire.
L’histoire est bousculée, brassée et lourde de drames,
mais elle ne peut pas conduire ailleurs que vers Dieu,
et à travers le jugement de sa miséricorde, en Dieu.
La «parousie», la «visite» du Christ dans sa gloire (cf. Mt 24,37)
est l’horizon certain de notre monde.
Et c’est pour cela que nous veillons.


Nous veillons parce qu’il viendra ;
nous veillons aussi parce qu’il vient.
Il vient au quotidien,
il vient dans l’épaisseur, l’imperfection et même dans la noirceur... des jours.
La visite de Jésus est continuelle :
Il vient bousculer le non amour
qui se cache en nous et dans le monde ;
Il vient déranger nos habitudes
et nous réveiller de nos engourdissements.


Au dernier jour «l’un sera pris, l’autre laissé» (Mt 24,40).
L’un entrera dans la gloire du Christ,
l’autre sera laissé.
Il en va de même aujourd’hui :
l’un se laisse saisir par l’amour,
abandonne ses trésors de vanité et embarque dans la sainteté.
L’autre est laissé parce qu’il refuse de se laisser pardonner


Frères et sœurs, l’enjeu est bien là : veiller et se laisser saisir.
Veiller c’est à dire écouter,
garder en éveil notre radar intérieur.
Le temps de l’Avent est un temps béni
pour développer notre écoute intérieure.
Il nous faut faire des exercices d’écoute,
il nous faut museler notre oreille intérieure !


Écouter...
Écouter la vie d’abord,
puisque le pape nous a appelé hier à veiller sur la vie, sur toute vie,
qu’il serait beau et fécond en ce temps de l’Avent
de reprendre conscience de la merveille de la vie.
La vie c’est ton cœur qui bat, ton sang qui circule.
Quelle merveille ! Quel cadeau de Dieu !
La vie c’est ton voisin sur ce tapis ou sur les bancs
qui est vivant, par grâce de Dieu.
La vie en nous et dans toute la création
n’est pas la conséquence du hasard ou de la nécessité :
elle est un débordement de Dieu.


À nous d’apprendre à voir la vie «dans sa profondeur
en en saisissant les dimensions de gratuité, de beauté,
d’appel à la liberté et à la responsabilité».
Et Jean Paul II poursuivait en ces termes :
«C’est le regard de celui qui ne prétend pas
se faire le maître de la réalité
mais qui l’accueille comme un don,
découvrant en toute chose le reflet du Créateur
et en toute personne son image vivante
» .
Écoute la vie !


Une autre écoute qu’il nous faut développer en ce temps de l’Avent,
c’est l’écoute de cette voix intérieure, à la fois discrète et forte,
qui parle en nous avec humilité et intériorité
et que nous appelons la conscience.
Écoute ta conscience ;
«Ce Dieu, fait dire Newman à Callista,
je le serre dans mon cœur.
Je me sens en sa présence.
Il me dit : ‘Fais ceci, ne fait point cela’.
(...) Rien ne pourra me persuader
que cette voix ne provient pas ultimement
d’une personne extérieure à moi.
(...) Ma nature ressent devant elle
les mêmes sentiments que devant une personne.
En lui obéissant, je suis toute joyeuse,
si je suis rebelle, je me sens triste.»
Et de conclure :
«Un écho (intérieur) suppose une voix ;
une voix suppose un être qui parle.
Cet être je l’aime et je le crains
» .


Si nous écoutons notre conscience et lui obéissons,
quel progrès ferons-nous !
Et si nous respectons et honorons
la conscience de nos frères et sœurs,
combien nous grandirions dans l’amour.


Écoute le battement de la vie;
Écoute l’écho de ta conscience;
et il nous faut ajouter : écoute la Parole de Dieu
comme Il s’est révélé et se révèle


Toute la liturgie de l’Avent va nous aider
à nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu
qui s’adresse à nous à travers la Tradition de l’Église,
à travers l’Écriture,
à travers nos pasteurs,
à travers nos frères et sœurs,
à travers les événements.
Non pas pour accumuler des tas de paroles pieuses,
mais pour reconnaître la Parole claire, limpide, précise
que le Seigneur veut te dire en ce moment de ta vie.
Dieu n’est pas bavard.
Si nous sommes à l’écoute,
nous discernerons la Parole qui est la semence
que le Seigneur veut déposer en nous
et qui va nous faire vivre.
Car il suffit d’un mot de Dieu
pour faire s’épanouir toute une existence.


Frères et sœurs, veillons !
Ne nous laissons pas séduire
par le chant des sirènes de la société de consommation.
Restons libres devant le grand commerce des fêtes.
Au bruit du commerce
préférons l’écoute intérieure de Dieu à travers la vie,
à travers notre conscience,
et à travers la Révélation.


La vision extraordinaire d’Isaïe nous prévient :
Si nous montons dans la Jérusalem de notre cœur
pour écouter le Seigneur,
alors nous déposerons nos armes,
nous briserons nos épées
pour en faire des socs de charrue (cf. Is 2,4).
Nous serons libérés de notre violence
et nous deviendrons des hommes et des femmes de paix.


L’écoute nous désarme ;
l’écoute nous décentre de nous-mêmes ;
l’écoute nous conduit dans la communion ;
«Écoute, Israël,
le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur
» (Dt 6,4) !
 

Méditer la Parole

28 novembre 2010

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaïe 2,1-5

Psaume 121

Romains 13,11-14a

Matthieu 24,37-44

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