1e semaine de l’Avent - A

Les trois «Avent» du Sauveur

L’automne a dépouillé de leurs feuilles les branches des arbres.
Elles jonchent le sol des forêts, des vergers, des chemins
où elles vont, peu à peu, disparaître, figées par le gel,
balayées par le vent, tout au long de l’hiver.
Devant la montée de la nuit qui gagne un peu plus chaque jour,
la vie semble rester en suspens.
Qu’attendrait-elle encore ?


Dans ce monde où affluent certains soirs jusqu’à nous,
les nouvelles, lourdes et sombres des catastrophes naturelles, des attentas,
des rivalités armées, des injustices criantes, des affrontements sociaux,
et nos propres lassitudes peut-être,
qu’attendrions-nous à notre tour ?


C’est pourtant à ce moment de l’année
et au milieu du monde tel qu’il est
que l’Église, une fois de plus, annonce la prochaine venue du Sauveur !
En ces temps qui sont les derniers, comme dit l’Écriture
(car tout a déjà été donné et révélé),
la liturgie proclame avec force que l’espérance n’est pas éteinte.


Du fond des âges, voici que monte la voix du prophète Isaïe :
malgré son effondrement présent et l’exil de son peuple,
un avenir radieux attend la cité sainte :
Venez, montons à la montagne du Seigneur.
Il nous enseignera son chemin et nous suivrons ses sentiers…
Marchons à la lumière de Dieu (Is 2,1-5).


Au milieu de Jérusalem, la parole du Christ retentit :
Veillez donc !
Tenez-vous prêts, car c’est à l’heure où vous n’y penserez pas
que le Fils de l’homme viendra (Mt 24,37-44).


Du cœur de la Rome païenne, voici que part
la parole de l’apôtre Paul pour exhorter la chrétienté :
Frères, vous le savez, c’est le moment,
l’heure est venue de sortir de votre sommeil…
La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche…
Revêtons-nous pour le combat de la lumière (Rm 13,11-14).


En ce temps de grâce de l’Avent qui advient
nous écoutons encore leur voix éclairer d’espérance nos vies.
Oui, frères et soeurs, il y a vraiment quelqu’un à accueillir.
Au milieu de chaque jour, il est là.
Au sommet de ce temps de l’Avent, il s’annonce.
Au terme de notre vie, il nous attend.
En vérité, il y a Quelqu’un qui vient !


À chaque heure du jour, tout d’abord, nous voici invités
à vivre dans ce mystère de l’attente.
Le Christ qui entretenait ses disciples de son ultime retour,
en le nommant l’avènement du Fils de l’homme (Mt 24,37.39.44),
leur parlait comme s’il n’était déjà plus là.
Certes, pour nous encore aujourd’hui, le Seigneur est toujours présent.
Et c’est notre joie de pouvoir ressentir en nous cette proximité spirituelle.
Mais il est aussi absent et nous ne pouvons ni le voir,
ni lui parler, ni le toucher, ni l’entendre physiquement.
Nous voici donc invités à tenir notre foi en éveil ;
et à entretenir en nous la flamme de notre espérance
pour parvenir à reconnaître Sa présence dans l’absence.


Voilà ce que veut nous dire l’apôtre Paul quand il proclame :
Revêtons-nous pour le combat de la lumière (Rm 13,13).
Alors les yeux de notre cœur s’illuminent (Ep 1,18).
La lumière de la bienheureuse espérance éclaire nos âmes.
Et nos vies de croyants sont saisies d’une vive flamme d’amour.


Nous découvrons que nous sommes immergés dans un mystère.
Avant nous, en nous, au-delà de nous, près de nous,
il y a Quelqu’un. Dieu est. Il est là, il nous voit et il parle.
Il parle au plus profond de notre cœur et nous vivons sous son regard.
Il nous aime et nous vivons de son amour et de sa vie.
Ce Jésus, Fils de Dieu, qui s’est fait homme pour nous sauver,
mort et ressuscité pour nous, remonté aux cieux,
de manière voilée mais combien réelle, demeure avec nous.
Par sa parole, son Église, ses sacrements, comme il l’a promis,
il reste avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 26,20).


L’Avent nous rappelle cela, avec autant de force que de douceur.
Il nous réveille à la joie de cette présence :
Il est au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas (Jn 1,16).
Il nous stimule au renouvellement de notre cœur :
Voilà que je fais du nouveau qui déjà paraît ; ne l’apercevez-vous pas ? (Is 43,19).
Il nous convertit à l’enthousiasme de cette divine rencontre :
Voici que je me tiens à la porte et je frappe (Ap 3,21).


Si nous vivons dans l’attention à cette proximité divine,
pour nous, tout, toujours, partout sera nourri et réjoui
par le mystère de cette omniprésence si vivante et si aimante
au point que tout ce que nous dirons, ferons, penserons,
en sera éclairé et même transfiguré.
«Ô homme, dit saint Bernard, il ne s’agit pour toi
de traverser les mers, de percer les nuées, ni même de passer les monts.
Non ! te dis-je, la route qui t’est montrée n’est pas longue :
c’est en toi qu’il faut aller au devant de Dieu» .


Le deuxième rôle du temps de l’Avent
est de nous orienter vers la lumière de la Nativité.
Avec Isaïe dont les paroles d’espérance
vont éclairer notre route quatre semaines durant, nous redisons :
Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! (64,1).
Avec les psalmistes, comme si nous étions toujours dans l’Ancien Testament,
dans l’attente de la venue du Sauveur, nous reprenons :
Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant.
Quand pourrai-je aller voir la face de Dieu ? (Ps 41,2).
Avec Jean Baptiste dont les exhortations vont rythmer
notre marche, tout au long cde cet Avent, nous répétons :
Il faut que Lui grandisse et que moi, je diminue (Jn 3,30).


Et c’est aussi avec Marie que nous vivons ce temps privilégié.
Car ce mois est également celui de la Vierge comblée de grâce.
Avec celle qui porte en elle l’Emmanuel qui va naître,
nous devons nous aussi nous préparer à l’accueillir en nous.
Si nous disons, comme Marie, oui en tout à la volonté de Dieu,
nous pouvons devenir nous aussi en quelque sorte, mère du Christ :
En vérité, je vous le dis, celui qui fait la volonté de mon Père des cieux,
celui-là m’est un frère, une sœur, une mère (Mt 12,50).


En communiant à l’Eucharistie, nous portons en nous la présence réelle du Christ Sauveur,
le pain vivant descendu du ciel pour la vie du monde (Jn 65,51).
En vivant dans la charité et l’amitié, nous formons entre nous le Corps du Christ.
C’est donc à chacune et à chacun de nous
– mariés, non mariés, consacrés, peu importe –
que revient la grâce d’accueillir en elle, en lui,
la présence spirituelle, annoncée par l’ange Gabriel, du Fils de Dieu (Lc 1,35).
Et ce mystère est si beau que, devant sa grandeur et son humilité,
nous ne pouvons, comme la Mère de Dieu, que conserver avec soin
tous ces souvenirs et les méditer en notre cœur.
Dans le clair-obscur de l’Avent automnal.


Cette naissance à la plénitude de notre vie en Dieu
ne se révèlera cependant que le jour où nos yeux se fermeront
à cette semi lumière de la terre pour s’ouvrir à la pleine lumière du ciel.
Tel est le troisième sens de l’Avent, tout orienté déjà
vers le jour sans fin de la vie éternelle.


C’est seulement ce jour-là que chacun fêtera pleinement Noël.
Tous nos jours se passent donc, dans l’espérance de cette aube nouvelle
où nous verrons enfin le Jour du Seigneur.
Veillez donc, nous dit le Christ, car vous ne connaissez pas
le jour où votre Seigneur viendra (Mt 24,42).
Et cette exhortation est si importante dans la pensée du Christ
qu’un peu plus loin il reprend : Tenez-vous prêts, vous aussi,
car c’est à l’heure où vous n’y pensez pas, que le Fils de l’homme viendra (24,44).


Nous ne savons donc pas le moment de cette venue.
Mais ce dont nous sommes assurés, c’est qu’Il viendra.
Et qu’au terme de notre route, le Christ en personne nous accueillera.
Dès lors, cette espérance nous suffit car elle devient
force et lumière pour toute la route de notre existence sur terrer.
Cela n’est pas en effet pour fuir le monde ou pour bouder la vie,
mais pour nous réjouir ensemble de cette glorieuse attente !
Voilà littéralement ce que veut dire saint Paul
quand il nous invite, non seulement à revêtir les armes de la lumière,
mais encore –  quelle expression sublime –
à nous revêtir du Seigneur Jésus en personne (Rm 13,12-14).
Le Seigneur Jésus ne sera-t-il pas, en effet, le jour de notre ultime Noël,
un manteau de lumière pour nos âmes
et une source d’amour en nos cœurs, jaillissant en vie éternelle (Jn 5,14 ; 8,12) ?


Ces temps sont donc bien les derniers (He 1,2)
puisqu’ils annoncent déjà le premier jour de notre Éternité !
 

Méditer la Parole

28 novembre 2010

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 2,1-5

Psaume 121

Romains 13,11-14a

Matthieu 24,37-44

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