2e semaine de l’Avent - A

Le crieur et la voix

L’évangéliste Matthieu nous dit qu’Isaïe
parlait de Jean-Baptiste
quand il prophétisait en disant :
«Voix de celui qui crie dans le désert.»
Jean-Baptiste est «la voix de celui qui crie»
et non «la voix qui crie dans le désert».
Il n’est pas celui qui crie,
il en est la voix.
Alors qui est-il celui qui crie ?
Qui est-il si ce n’est Jésus lui-même ?
Lui la Parole, lui le Verbe,
c’est lui «celui qui crie dans le désert».
Jean le Baptiste est la voix qui donne le son,
Jésus le Christ en est le Verbe qui donne le sens.
Jésus-Christ est le crieur.
Jean-Baptiste est la voix.
Tous deux, bien distincts, sont unis
dans la même mission.
Ne proclament-ils pas d’ailleurs tous deux
le même message : «Repentez-vous
car le Royaume des cieux est tout proche
».

Jean-Baptiste a été la voix ultime
avant la manifestation du Verbe-fait-Chair.
Mais bien avant Jean-Baptiste,
dès le commencement du monde,
une première voix a crié.
Caïn vient de tuer Abel son frère.
«Et le Seigneur dit à Caïn : ‘Où est ton frère Abel ?’
Il répondit : ‘Je ne sais pas.
Suis-je le gardien de mon frère ?’
Le Seigneur reprit : ‘Qu’as-tu fait ?
Écoute la voix du sang de ton frère
crier vers moi du sol !’
» (Gn 4,9-10)
La mort a fait son entrée
dans l’histoire de l’humanité
et elle a trouvé sa première victime.
Pour la première fois, une voix crie.
Elle crie depuis le désert de la mort.
La voix du sang d’Abel
pousse un cri adressé à un frère éloigné,
tellement éloigné qu’il laisse ce cri sans réponse.
Comme le sang d’Abel dans le désert de la mort,
Jean-Baptiste dans le désert
crie pour ceux qui sont loin
et qui viennent vers lui
«de Jérusalem, de toute la Judée,
de toute la région du Jourdain
».
Son cri est un appel à l’amour, à la fraternité.
Il annonce «l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde».

Après la voix du sang d’Abel,
une autre «voix s’est fait entendre dans Rama,
pleurs et longue plainte :
c’est Rachel pleurant ses enfants ;
et elle ne veut pas qu’on la console
car ils ne sont plus
» (Mt 2,18).
Cet oracle du prophète Jérémie
s’accomplira quand le roi Hérode
mettra à mort les Saints Innocents.
Voix de Rachel qui pleure de détresse.
Voix de Jean-Baptiste qui s’indigne.
«Engeance de vipères», clame Jean-Baptiste.
Il est indigné à cause de ceux qui viennent à lui
pour «échapper à la Colère prochaine»
mais qui ne produisent pas
de «fruit digne du repentir».
Comme Rachel dont la lamentation reste sans réponse,
Jean-Baptiste se lamente sur ceux
qui ne répondent pas à son appel à la conversion.

Une voix ne cesse donc de crier depuis Abel,
depuis Rachel, depuis Jean-Baptiste.
Et pourtant un jour, cette voix s’est tue
et il se fit alors un grand silence.
«Le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fit
sur la terre entière, jusqu’à la neuvième heure.
Le voile du sanctuaire se déchira par le milieu
et poussant un cri d’une voix forte,
Jésus dit : ‘Père,
en tes mains, je remets mon esprit’.
Ayant dit cela, il expira
» (Lc 23,44-46).
Dernier cri poussé dans la Bible,
dernier cri poussé par celui-là même qui est le crieur,
dernier cri poussé depuis le sommet
d’un Golgotha déserté par les disciples.
En cet instant, le Verbe de Dieu s’est tu.
Le Verbe de Dieu pousse un ultime cri
adressé à des disciples absents et sourds.
Tellement sourds qu’ils n’ont pas entendu
le murmure qui a précédé ce cri : «J’ai soif».
Oui, Jésus a soif,
soif d’aimer et d’être aimé.
Et comme ce murmure est resté sans réponse,
comme personne n’est venu désaltérer le Christ
en l’aimant à la mesure de sa soif d’amour,
Jésus pousse ce dernier cri
pour ouvrir les oreilles des sourds.
Ce cri résonne jusqu’à nous aujourd’hui.
Mais il est si facile de ne pas l’entendre.
Jean-Baptiste en fait l’expérience au désert.
Cette surdité volontaire est un refus
d’entendre l’appel à la conversion,
un refus de prêter l’oreille de son cœur
au murmure amoureux du Seigneur : «J’ai soif».
Aujourd’hui, si nous entendons
cette voix de celui qui crie dans le désert,
n’endurcissons pas notre cœur
mais écoutons la voix du Seigneur (cf. Ps 95,7-8).

La conversion à laquelle invite cette voix
est l’occasion d’un nouveau départ.
Si l’arbre mort de nos œuvres stériles
va être coupé à la racine,
c’est pour que pousse le rameau vert
de cette souche enracinée en Dieu.
Isaïe l’annonce :
«Un rejeton jaillira de ses racines» (Is 11,1).
Rien de plus fragile que cette petite pousse
comparée à la grandeur de l’arbre.
Mais c’est la vie de Dieu
qui veut grandir en nous.
Ce surgeon contient la puissance de la vie.
La plénitude de l’Esprit habite en lui :
«Esprit de sagesse et de discernement,
Esprit de conseil et de force,
Esprit de connaissance et de crainte du Seigneur
» (Is 11,2).
Au matin de Pâques, Jésus, le Germe nouveau
est sorti de terre victorieux de la mort.
C’est cette même vie,
remplie d’Esprit-Saint,
qui veut, telle une sève fortifiante,
nourrir notre vie en Christ.
Cet appel de Jean-Baptiste au désert
nous rappelle que le Christ vient
aujourd’hui dans notre vie.
Les germes de la vie nouvelle sont là en nous.
Convertissons-nous pour que ces germes
deviennent un grand arbre auprès duquel
beaucoup pourront venir s’abriter.
Dieu a pris le chemin le plus fragile
pour venir à nous, celui de l’incarnation.
Il vient par des voies
qui nous surprennent peut-être.
Mais prenons-nous au sérieux sa venue ?

Oui, il vient ! Sachons le voir.
Il vient par le sourire de l’enfant.
Il vient par la tendresse du regard échangé dans l’amour.
Il vient par la promesse tenue dans l’épreuve.
Il vient par l’aide apportée à celui qui cherche à dire
et ne trouve pas les mots.
Il vient par l’écoute qui entend au-delà des mots
celui ou celle qui parle.
Il vient par la beauté qui élève le cœur.
Il vient par celui qui ne renonce pas à dire vrai.
Il vient dans le dévouement de ceux
qui savent prendre de leur nécessaire
pour le service d’autrui.
Il vient dans le pain que l’on partage
et dans la coupe eucharistique qui est présentée
à ceux qui veulent vivre de Sa vie.
Il vient, oui !

Heureux sommes-nous d’être dans l’attente de sa venue.
Heureux celui qui cherche Dieu
et qui se laisse chercher par lui.
 

Méditer la Parole

5 décembre 2010

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaïe 11,1-10

Psaume 71

Romains 15,4-9

Matthieu 3,1-12

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