3e semaine de l’Avent - A

Un passage au creuset de l’attente

Dans la première lecture, le prophète Isaïe s'adresse au peuple,
et le compare au désert et au pays de la soif.

Pour Israël, l'épreuve du désert fait naturellement référence à la sortie d'Égypte :
à cause de son manque de foi et de ses péchés,
Israël a dû errer quarante ans dans le désert
avant de pouvoir entrer dans la Terre Promise.

«Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent !
Prenez courage, ne craignez pas : voici votre Dieu.
Il vient lui-même et va vous sauver !
»

Le prophète s'adresse ainsi au peuple alors qu'il est en exil à Babylone.
Il compare son épreuve avec celle de la captivité en Égypte,
et annonce ainsi une libération aussi éclatante :
la revanche de Dieu consistera encore une fois à sauver son peuple
pour le rendre libre,
lui faire retrouver une allégresse définitive.

Ce passage d'Isaïe est appelé le Livre de la Consolation.
Dans son amour miséricordieux, Dieu promet la libération et la guérison.
Les aveugles verront, les boiteux marcheront,
les sourds entendront...

Ces promesses, annoncées au futur, sont celles que Jésus va réaliser au présent.
Les messagers de Jean sont chargés de lui rapporter ce qu'ils entendent et voient :
la réalisation de la prophétie d'Isaïe,
les signes du salut à l'œuvre : «Il vient lui-même pour nous sauver !»

L'évangile le dévoile par ailleurs :
ces guérisons corporelles, pour importantes qu'elles soient,
prophétisent des maladies spirituelles autrement plus redoutables encore,
parce qu'elles tuent non seulement le corps, mais l'âme et la personne tout entière.

Jésus vient sauver tous les pécheurs :
les sourds dont le cœur est fermé à la Parole de Dieu,
les aveugles dont la cécité empêche de recevoir la lumière spirituelle,
les boiteux entravés par le manque d'amour
et incapables d'avancer sur les chemins de la Vie véritable...

Le péché a transformé le monde en un désert
où l'homme ne trouve plus les sources qui répondent à sa soif du vrai

Pour qu'enfin la grâce soit libérée et qu'un processus de guérison puisse s'amorcer,
il fallait qu'une voix crie dans le désert ;
que l'homme oppressé par la captivité du mal se tourne enfin vers Dieu
et amorce un pas de repentir et de conversion.

C'est bien la mission de Jean le Baptiste.
Le plus grand des prophètes,
«et bien plus qu'un prophète !»

Pourtant, dans l'évangile d'aujourd'hui, Jean semble ne plus savoir quoi penser...
«Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?»
Jean est dans la nuit.
Le désert s'est changé en prison,
il devient lui-même celui qui ne voit plus, qui n'entend plus,
il est captif, et une chape est tombée sur lui.

Es-tu bien celui qui doit venir ?
Devons-nous attendre encore ?

Aussi, en même temps qu'il fait répondre à Jean en citant la prophétie d'Isaïe,
Jésus ajoute une béatitude à l'attention du Baptiste :
«et heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi !»

Pourrait-on tomber à cause du Sauveur des hommes ?
Jésus pourrait-il provoquer la chute de quelqu'un ?

Syméon semble l'avoir prophétisé quand il avait dit à Marie dans le Temple :
«Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement
d'un grand nombre en Israël
» (Lc 2,34).

Tout homme, tôt ou tard, est en effet confronté à l'épreuve de la foi.
Pour Jean-Baptiste, au fond de sa nuit,
la tentation pouvait consister à cesser de croire en Jésus,
et donc à ne plus croire non plus en sa propre mission de précurseur.

L'homme en lui s'interroge...

À ce point charnière de sa mission, Jésus l'invite à un pas décisif.
Parmi les hommes, il n'en est pas de plus grand que Jean ;
mais un homme, fût-il le plus grand,
ne peut pas entrer par lui-même dans le Royaume de Dieu (cf. Mt 19,26).

Jean-Baptiste doit passer par la porte étroite de la foi
et devenir l'un de ces petits qui sont les frères de Jésus,
l'un de ces petits qui ne sont rien sinon en Jésus,
par la foi en ce Sauveur qui seul peut ouvrir la porte des cieux et mener jusqu'au Père.

Le messager, dont la mission était de préparer le chemin devant Jésus,
est maintenant invité à passer par Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie.

Frères et sœurs, et nous ?
Et nous qui suivons le Christ et désirons grandir encore dans la foi,
qu'en est-il de notre chemin, au cours de ce temps de l'Avent ?

La lettre de Jacques, dans la deuxième lecture,
nous montre comment suivre encore le précurseur :
«Frères, en attendant la venue du Seigneur, ayez de la patience, et soyez fermes !»

La patience, en tant que soumission à la volonté de Dieu,
est l'une des dimensions essentielles de la foi.

En tant qu'accueil de nos frères et sœurs
et acceptation de leurs limites et des nôtres,
la patience est l'un des visages de la charité.

«Frères, prenez pour modèle d'endurance et de patience les prophètes»,
et tout spécialement Jean-Baptiste.

Il nous faut être fermes dans la foi et dans la charité,
croire avec assurance que Dieu agit dans l'Église et dans le monde,
alors que nous ne voyons pas encore les signes de sa grâce.

Et quand la grâce est à l'œuvre,
il nous faut encore attendre que Dieu la déploie toute entière,
«jusqu'à ce qu'il ait fait la première et la dernière récoltes», comme le dit saint Jacques !
Demeurer dans la fournaise ou dans la nuit,
en restant fondé dans la foi en Dieu et ses promesses,
voilà l'épreuve à laquelle tôt ou tard nous sommes confrontés.

Le péché offre une jouissance immédiate
qui tend à nous enfermer dans un univers clos et satisfait de lui-même.
S'en remettre à la volonté de Dieu par la foi,
et laisser Dieu, par d'apparent délais, creuser notre désir et accroître notre capacité d'aimer,
voilà qui nous conduit au contraire en un monde nouveau
où l'Esprit de Dieu peut enfin se déployer.

Il y va de notre passage,
qui doit nous faire lâcher les appuis tout humains
pour accéder aux grands espaces du Royaumes des cieux
qu'on appelle la liberté des enfants de Dieu !

Frères et sœurs, alors que notre marche nous conduit vers la joie de Noël,
engageons-nous, à la suite du Baptiste, dans une confiance renouvelée en notre Sauveur,
et demandons à Dieu le Père qu'il purifie notre cœur
pour en faire un cœur nouveau,
tout prêt à accueillir Celui qui vient.
 

Méditer la Parole

12 décembre 2010

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaïe 35,1-6a.10

Psaume 145

Jacques 5,7-10

Matthieu 11,2-11

Imprimer l'homélie

Télécharger la version pdfTélécharger la version pdf