Fête de la Sainte Famille - A

Un authentique chemin d'obéissance

La fête de la Sainte Famille est pour les chrétiens l'occasion d'une réflexion
concernant les liens d'amour qui nous unissent à nos proches.
En effet, les relations familiales qui devraient tenir unie une famille naturelle
sont vécus sous nos yeux dans l'évangile par la famille surnaturelle,
unique en son genre,
dans laquelle l'enfant est le Fils de Dieu.

Il ne s'agit pas de distinguer, dans la Sainte Famille,
ce qui est naturel de ce qui est surnaturel,
mais de contempler comment Marie et Joseph,
un homme et une femme comme nous,
se comportent en tant que parents tout entiers obéissants à la volonté de Dieu.

L'obéissance : voilà le mot-clé de cette fête de la Sainte Famille.

Obéissance à sa conscience,
obéissance à Dieu,
et obéissance les uns aux autres.

L'évangile selon saint Matthieu met tout particulièrement l'accent sur Joseph.
Joseph est un homme juste et droit (Mt 1,18).
En toute chose, il cherche à agir selon la justice.

Tout en lui montre une attitude que l'on peut qualifier de responsable :
Joseph ne cherche pas à se conformer à  l'opinion dominante,
il ne reste pas non plus sans rien faire,
il agit selon sa conscience..

Mais tout à la fois, l'évangile nous présente Joseph sans cesse à l'écoute de Dieu.
Et quand Dieu lui parle,
Joseph obéit sans discuter.

À ce stade, il nous faut préciser en quoi consiste l'obéissance à Dieu.
Elle vient le plus souvent bouleverser nos idées, notre organisation et nos projets établis.
Dieu, quand il intervient dans notre vie, commence par nous déranger

Joseph avait une maison, un travail, des connaissances.
Dieu lui dit : «Lève-toi, prends l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte».
Et Joseph va devoir quitter maison, travail et amis,
sur une décision qui paraît irrationnelle et probablement comprise par personne...
Dieu vient déranger Joseph et mettre sa vie dans une totale précarité.

C'est vrai pour tout homme ou toute famille, quand Dieu parle et intervient :
il défait nos situations établies et transforme le cours de notre vie.
Il peut alors être tentant de fermer ses deux oreilles,
et de justifier notre position : il faut bien être raisonnable,
surtout quand on a la responsabilité d'une famille !

Mais il n'y a pas à s'étonner que notre vie soit alors fermée à l'action de Dieu.
D'un côté, une vie toute raisonnable qui nous tient collée à la terre ;
de l'autre, une obéissance à Dieu qui fait entrer dans des espaces inconnus.

«Joseph se leva.»
Il obéit aussitôt.
La rapidité de son obéissance vient en lui de son amour.
Il aime Jésus et Marie ; leur bien, à ses yeux, ne souffre pas de délai.
La vie de Joseph n'est pas partagée :
elle est toute entière dévouement à ceux dont il a la charge.

Paul, dans la deuxième lecture, précise lui aussi le secret de l'obéissance :
«Par dessus tout, qu'il y ait l'amour :
c'est lui qui fait l'unité dans la perfection.
»

Joseph, enfin, fait confiance à son Dieu.
La confiance est l'épanouissement de la vraie foi.
Dieu dérange Joseph, il le lance dans l'inconnu.
Joseph ne discute pas, il ne s'affole pas,
il agit.

Il pourrait bien se poser toutes sortes de questions sur ce que sera demain,
laisser son esprit le paralyser dans des scénarios catastrophes
et se morfondre dans l'inquiétude.
Mais Joseph choisit d'agir,
il agit au jour le jour, obéissant à Dieu dans l'instant,
et il place sa pensée du lendemain dans sa foi en Dieu.

Ainsi que Jésus le dira plus tard :
«Ne vous inquiétez pas pour votre vie.
Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice.
Ne vous inquiétez pas pour demain : le lendemain s'inquiétera de lui-même.
A chaque jour suffit sa peine
». (cf. Mt 6,25-34).

Une telle confiance est très nécessaire pour tout homme,
pour tout père ou toute mère de famille,
surtout quand il s'agit de poser un acte de foi et aller de l'avant à la suite de son Dieu.

On notera que l'ordre que Joseph reçoit de Dieu est catégorique,
mais que c'est ensuite à Joseph de prendre les choses en main.
Dieu ne dit pas comment il doit faire.
C'est au père de prendre ses responsabilités et d'aller de l'avant,
au service du bien de sa famille, de sa sécurité et de sa croissance.

La volonté de Dieu avait besoin d'un homme qui aimait,
tout dévoué à sa famille,
souple devant la Parole de son Seigneur,
et sachant agir avec responsabilité,
sans crainte du lendemain.

Frères et sœurs,
nous pouvons demander cette grâce pour nous-mêmes
et pour ceux qui ont la responsabilité de nos familles humaines.
Et nous pouvons sans hésiter demander l'intercession de saint Joseph.

Avant de terminer notre méditation biblique,
nous pouvons revenir encore au passage de la lettre de saint Paul aux Colossiens.
Il nous donne en effet les conseils indispensables
pour suivre Joseph dans les chemins de l'obéissance.

Il nous faut donc un cœur qui aime et qui soit souple :
«Revêtez donc votre cœur de tendresse et de bonté, d'humilité, de douceur, de patience.
Supportez-vous mutuellement et pardonnez !
»

Il nous faut encore vivre dans une vraie relation à Dieu :
«Vivez dans l'action de grâce.
Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse.
Et chantez à Dieu, dans votre cœur, votre reconnaissance.
»

Enfin, il nous faut être joyeusement soumis les uns aux autres,
étant ainsi convaincu que c'est par notre obéissance mutuelle
que Dieu parle et agit au milieu de nous.

Jésus lui-même s'est soumis à ses parents afin de faire la volonté de son Père céleste.
Car l'obéissance est un des versants de l'amour.

Les personnes divines elles-mêmes sont soumises les unes aux autres
dans l'amour trinitaire.
Pour vivre comme des enfants de Dieu créés à son image,
nous devons entrer dans ce mystère de l'obéissance.
Il ouvre sur les grands espaces de la vraie liberté.

Car ce qui nous tient esclave et enchaîné,
c'est la toute puissance de notre volonté propre.

Pour retrouver la liberté d'aimer et d'agir dans l'amour,
demandons à saint Joseph qu'il nous apprenne à vivre
selon le cœur de notre Père qui est aux cieux.
 

Méditer la Parole

26 décembre 2010

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Ben Sirac le Sage 3,2-6.12-14

Psaume 127

Colossiens 3,12-21

Matthieu 2,13-15.19-23

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