Fête de la Sainte Famille - A

La famille, lieu de paix et d’action de grâces

Que reste-il de la joie de Noël
en entendant aujourd’hui cette page d’Évangile ?

Hier, Joseph et Marie accueillaient
l’Enfant-Jésus qui venait de naître
et contemplaient ce don de la vie.
Aujourd’hui, ils doivent fuir en Égypte
car la vie de l’Enfant est menacée.

Hier, la nuit s’illuminait par la joie des anges
qui chantaient : «Gloire à Dieu et paix sur la terre».
Aujourd’hui, la nuit est redevenue ténèbres
et son silence assourdissant.

Hier, les bergers sont venus adorer
l’Enfant couché dans une mangeoire.
Aujourd’hui, l’Enfant doit être caché
car il est recherché pour être tué !

Certes, Hérode n’arrivera pas à ses fins,
non sans pourtant mettre en œuvre
son dessein meurtrier.
La Sainte Famille a fui,
elle a servi de bouclier de protection
à l’Enfant sans défense.
Elle a consenti à l’exode
car la vie d’un enfant n’a pas de prix.
Elle retrouvera la paix à Nazareth
après le retour d’Égypte.
De cet épisode douloureux de la vie
de la Sainte Famille,
nos familles d’aujourd’hui peuvent en trouver
un réconfort et une espérance dans les épreuves.
Que pouvons-nous donc retenir ?

La famille est tout d’abord appelée
à être un lieu de paix.
Elle est le berceau de la vie et de l’amour.
La tendresse échangée, l’attention à l’autre,
l’apprentissage du pardon, l’amour partagé
sont autant d’expériences qui sont
facteurs de paix et de communion.
La famille constitue le premier lieu
d’humanisation de la personne.
La Sainte Famille, à travers cette épreuve
de la fuite en Égypte, invite toutes les familles humaines
à rechercher la paix
et à lutter contre tout ce qui pourrait
menacer cette communion d’amour.
La famille est éducatrice à la paix.
Paradoxalement, aujourd’hui plus qu’hier, la famille
peut devenir le lieu de querelles, de déchirements
et de blessures douloureuses.
La famille a besoin d’être guérie,
de retrouver ce qui la fonde
non pas dans des lois humaines
mais en Dieu.
Bien que la famille soit une œuvre d’art,
elle n’est pas entre nos mains.
C’est Dieu l’artiste et non pas nous.
Nous n’avons pas à faire de la famille
ce que nous voulons
mais à l’accueillir comme un don de Dieu.

Il faut redécouvrir que la famille
est le lieu de l’alliance et non une sorte de contrat.
Dans un contrat, les parties y mettent
ce qu’elles désirent en fonction de leur propre cas.
Un contrat porte sur les seuls apports des parties
alors qu’une alliance porte sur l’ensemble.
Un contrat est toujours résiliable
tandis qu’une alliance est définitive.
Des contrats garantissent à chacune des parties
ce que l’autre veut bien donner.
Dans une alliance, on se donne totalement,
sans rien exiger.
Une alliance donne sans calcul.
Elle est placée sous le signe de l’amour.

La famille est donc par excellence
l’espace du don.
Les liens familiaux sont plus
et autre chose qu’un lien social ordinaire.
Ils engagent le corps, l’âme et l’esprit.
C’est ensemble qu’on est assis à la même table,
qu’on dort et qu’on parle,
qu’on s’épaule dans le chagrin,
la maladie et le deuil.
Dans tous les domaines, on donne à l’autre :
la vie elle-même, la nourriture, le réconfort, …
Dans la famille, on expérimente
que vivre, c’est donner.
Mais à travers le don, on réalise qu’on est apte
à donner que parce qu’on a soi-même
été l’objet d’un don.
On ne peut donner la vie
que parce qu’on l’a soi-même reçue un jour.
Accueil et don sont les deux attitudes
qui sont les fondements de la famille.

La famille est donc par conséquent
le lieu de l’action de grâces.
Chacun se reçoit d’un autre
et donne en partage ce qu’il a reçu.
Cela signifie qu’il est reconnu dans sa singularité
et qu’il peut s’ouvrir à une attitude
de reconnaissance et de gratitude.
La famille doit éduquer à l’action de grâces
car en elle, on expérimente
le courant bienfaisant de la gratuité.

Enfin, la famille sera le lieu de l’amour et de la vie
si sont tenus liés deux aspects qui composent la famille :
la parentalité et la conjugalité,
le fait d’être parent et le lien conjugal.
On est tout à la fois parent et époux,
père ou mère et amoureux.
Or la sensibilité contemporaine évolue de plus en plus
dans une seule direction :
de la relation verticale parents-enfant
vers l’horizontale époux-épouse.
Le mariage repose aujourd’hui davantage
sur le vécu d’une affection réciproque
que sur une parenté objective et responsable.
C’est là un gain, mais c’est aussi un handicap,
car la stabilité de la famille
en est réduite pour autant.
Car le partenaire peut disparaître et être remplacé
alors que l’enfant demeure
et n’est pas interchangeable.
On croît rompre le lien conjugal
mais le lien des parents à l’enfant ne se rompt jamais.
La famille ne peut être lieu de paix
que si ces deux liens de parentalité
et de conjugalité sont tenus fermement.
Une chose est de le dire,
une autre est de le vivre.
Nul n’est à l’abri de ses fragilités.

Mais les échecs n’ont pas le dernier mot.
Car cet Enfant que Joseph sauve de la mort
est lui-même le Sauveur de toutes nos détresses.
Jésus est le Sauveur des couples et des familles.
Il ouvre un chemin de vie et de résurrection
là où l’on ne peut plus avancer.
La famille chrétienne est une famille sauvée
où Jésus s’est engagé comme Rédempteur.
Il apporte un baume de consolation,
un surcroît d’espérance, un amour neuf,
purifié au creuset de sa croix.
En revenant d’Égypte, la Sainte Famille entraîne
avec elle toutes les familles pour sortir de l’exil
et s’ancrer sur le Christ, le roc de fondation,
le témoin fidèle et vrai de l’amour crucifié.

Confions à la Sainte Famille toutes nos familles.
Qu’elles soient des foyers d’amour et de paix.
Qu’on puisse reconnaître en elles
Dieu qui fait son œuvre de salut.
«Heureux les artisans de paix,
ils seront appelés fils de Dieu».
 

Méditer la Parole

26 décembre 2010

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

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Psaume 127

Colossiens 3,12-21

Matthieu 2,13-15.19-23

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