Fête de l’Épiphanie - A

Inquiétude et inquiétude ...

L'évangéliste Saint Matthieu est très audacieux.

Il nous emmène ce matin auprès de l'Enfant de la crèche.
Qui vient adorer l’Enfant ?
Du peuple juif, du peuple élu,  personne ne se déplace.
Personne !
Ils savaient pourtant où devait naître le messie,
et avaient été informés par les mages.
Mais personne n’est venu.
C'est la solitude de l’Enfant-Dieu…
Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli (Jn 1,11).

Qui donc est venu ?
Des mages, venus de l’Orient,
comme Balaam était jadis venu
des montagnes de l’Orient (Nb 23,7).
Ces mages sont des étrangers, des «païens»
qui viennent de la Perse, de la Médie ou de la Babylonie.
La littérature grecque de l'Antiquité
nous parle souvent de ces mages,
qui étaient des interprètes compétents et officiels
des événements extraordinaires et des phénomènes de la nature.
C'est ainsi qu'ils ont vu apparaître une nouvelle étoile au firmament
et ils ont interprété cela comme indiquant
la naissance du roi des juifs.

Ils se sont alors mis en route.
Non par curiosité ethnologique,
mais pour aller se prosterner devant ce roi.
Et ils apportent avec eux de l’or, de l’encens et de la myrrhe.


Où vont-ils ?
Là où peut siéger un roi en Israël : Jérusalem !
Et là… ils se trompent.
Leur sagesse, leur lecture des astres est limitée,
elle n’aboutit pas jusqu'à la plénitude de la Vérité.
Ils ont besoin du témoignage du peuple juif,
de ses scribes, de ses prêtres,
qui interprètent non le ciel, mais l’Écriture.

Ils apprennent de fait par la bouche du roi Hérode
que le roi des juifs,
le vrai, le roi attendu, doit naître à Bethléem.

Avant de poursuivre, il nous faut remarquer
qu’il y a deux rois dans ce récit:
le roi Hérode qui règne à Jérusalem,
et le roi qui vient de naître à Bethléem.
Il nous faudra choisir :
Qui sera notre roi ?
Le roi Hérode ou le Roi nouveau-né?
En revanche, rien ne nous dit que les mages soient des rois !


Les mages se remettent donc en route.
Ils reçoivent alors un signe qui les remplit de joie :
l’étoile qu’ils avaient vue il y a plusieurs mois
apparaît de nouveau au firmament du ciel

Ce n’est plus ici la lecture astrologique du ciel,
c’est un signe tout autre, tout nouveau,
qui confirme l’Écriture,
et cela dans un langage qui leur est familier.
On perçoit ici la bienveillance, la tendresse de Dieu
qui prend soin de ces hommes.

Les mages avaient besoin de ce signe
comme les bergers avaient besoin d’un signe
pour reconnaître l’Enfant,
tellement celui-ci est caché dans l’ordinaire
et même dans un dénuement,
où jamais on ne penserait trouver un roi.


Le chemin des mages s’est donc fait
par l’entremise de trois éléments :
leur sagesse humaine qui interprète la nature ;
le témoignage de l’Écriture
par la bouche des docteurs et des scribes ;
et un signe de Dieu qui leur est donné personnellement.



C'est alors qu'ils parviennent à l’Enfant.

Pas de palais, pas de trône, pas de garde,
de sceptre ou de faste...
Tout cela ils l’ont vu hier chez Hérode...

Et pourtant, les mages ne font pas demi-tour.
Matthieu nous dit non seulement qu’ils se prosternent
mais qu’ils tombent à genoux et se prosternent. (Mt 2,11)
Le vrai roi est ici!
Et dans l'Évangile de Matthieu,
ils sont les seuls à le reconnaître et à l’adorer.

Puis, ouvrant leurs trésors et lui offrent des présents.

Ces présents sont un langage ;
ils disent qui est l’Enfant.
L’or dit que l'Enfant est roi,
l’encens, qu'il est Dieu
et la myrrhe dit le mystère de sa souffrance à venir.


Frères et sœurs, le décalage est immense, dramatique !
D'un côté, les croyants de Jérusalem sont dans une inertie totale
alors qu’ils disposent de l’Écriture ;
de l'autre, ces «païens»  ont fait des milliers de kilomètres
et reconnaissent le mystère de l’Enfant.

Quel décalage, aussi, et même quelle opposition
entre l’inquiétude spirituelle des mages
qui cherchent le Roi divin et souffrant pour l’adorer
et l’inquiétude des croyants de Jérusalem «troublés» et inquiets
lors de la venue des mages ;
inquiétude qui va se cristalliser pour Hérode
en volonté de mettre à mort l’Enfant.

Des païens inquiets dans la quête de Dieu
et des «croyants» inquiets de se garder de Dieu...


Quelle provocation de la part de Matthieu...
Matthieu et la première communauté chrétienne
ont perçu dans cette visite des mages
le signe prémonitoire de ce qui s’est déroulé par la suite :
l’aveuglement d’Israël et la confession de foi des nations païennes.
Paul y verra le mystère du Christ. (cf. Ép 3,4)

Le messie d’Israël est le sauveur de toute l’humanité.
Le salut de toute l’humanité est un juif
que bien des juifs ne reconnaissent pas encore !


Frères et sœurs, que nous dit cette page d'Évangile
à l'aube de cette année 2011.

Il nous invite d'abord à un profond respect
face à la quête de vérité, à la quête de Dieu
de toutes les sagesses et les religions de la Terre.

Qu'il mérite le respect et l'admiration
le long chemin
que font des hommes et des femmes dans leur quête de Dieu
à travers la religion naturelle,
eux qui bénéficient des «semences du Verbe»
déposées dans les sagesses authentiques du monde entier.


Cet Évangile nous invite ensuite à prier
pour nos frères juifs, nos pères dans la foi,
et pour nos frères musulmans,
qui disposent de la Révélation du Premier Testament,
de la loi,
mais qui risquent d'en rester là...
de ne pas aller jusqu’à Bethléem
où se dévoile le mystère de la vulnérabilité de Dieu,
et de ne pas voir l'universalité du salut
qui est pourtant si manifeste dans le Premier Testament.

Cette merveilleuse page d'Évangile, enfin,
nous interdit, à nous chrétiens, la médiocrité.
Parce que Jésus est le Sauveur de toute l'humanité,
nous sommes les serviteurs de la rencontre de tous les humains
avec la vérité de Son amour et de Son salut.
Il nous faut avoir un cœur profondément catholique
qui nous place en serviteurs
du cheminement de tous vers le Christ.
Serviteurs de la Parole pour l'interpréter
en y décelant le visage de Jésus ;
serviteurs de l'étoile,
c'est-à-dire des signes que le Seigneur veut donner
aux humains de notre temps
pour les amener jusqu'en Son mystère.
 

Méditer la Parole

2 janvier 2011

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isaïe 60,1-6

Psaume 71

Ephésiens 3,2-6

Matthieu 2,1-12

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