Fête du Baptême du Seigneur

Qui est le plus juste ?

En la fête de la Nativité, le Père a ouvert pour nous une porte,
une porte conduisant à une vie nouvelle de communion avec le Christ enfant.
Il nous préparait ainsi à entrer dans son Royaume
selon la condition que Jésus nous a lui-même indiquée :
«Si vous ne changez pas et ne devenez comme des enfants,
vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux
» (Mt 18, 3).

Aujourd’hui, alors que nous célébrons le Baptême du Seigneur,
nous sommes appelés à contempler l'accomplissement de cette même expérience
que nous avons goûtée lors de la Nativité.

Maintenant, Jésus est un homme,
il s'avance vers Jean, il se place sous sa main,
et avec un esprit d'enfance tout à fait étonnant,
il choisit d'être baptisé par le Précurseur.

Un jour, les disciples commencèrent à se disputer :
ils se demandaient entre eux lequel était le plus grand (cf. Lc 22, 24).
À la Nativité, Jésus a ouvert une véritable source
où l'on peut puiser pour résoudre cette question : «Qui est le plus grand ?»
Dieu s'est fait petit enfant pour que nous sachions comment être le plus grand.

À son baptême, le Christ ouvre une solution
à une question autrement plus sérieuse encore ;
cette question, c'est : «Qui est le plus juste ?»
Ce problème est plus profond et plus sérieux,
car savoir qui est le plus grand concerne les apparences et l'extérieur ;
on paraît plus humble en se forgeant un comportement,
en faisant mine de s'effacer.

Mais le fond du cœur peut rester un terrain en friche.
Ou pire, un simulacre.
L'homme, dans son cœur, est tellement prompt à se justifier...

À son baptême, le Christ nous montre la véritable justice.

Lui qui est le seul juste, le seul qui soit sans péché,
il vient vers Jean pour se faire baptiser à la suite de tout le peuple.

Lui le Fils de Dieu, il incline humblement la tête,
et il prie Jean de bien vouloir le baptiser.

Le baptême de Jean était une marque de repentir,
Jésus en fait le signe de toute justice.
Devant Jean qui se rebiffe, Jésus lui fait cette réponse étonnante :
«Pour le moment, laisse-moi faire ;
c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.
»

Voilà qui est étonnant, en effet :
il demande à Jean de le baptiser, et il lui dit : «Laisse-moi faire».
Le Christ s'incline sous la main de Jean pour recevoir,
et c'est pourtant lui qui fait, c'est lui qui agit avec puissance,
c'est lui qui apporte toute justice.

Par son baptême, le Christ fait don à l'humanité d'une justice nouvelle :
la justice de la soumission du plus grand au plus petit.
Une justice nouvelle est née, Jésus l'introduit pour nous dans le monde.
Il le fait pour donner le meilleur remède à la pire des maladies de nos âmes,
et vaincre ainsi l'orgueil humain.

En inclinant sa tête sous la main de Jean,
en recevant de lui l'onction du baptême,
Jésus nous apporte l'esprit d'humilité,
ce mystère de l'humilité qui contient l'accomplissement de toute justice.

Le peuple d'Israël s'est montré un peuple à la nuque raide,
raide envers Dieu devant qui il n'inclinait pas la tête.
Jésus est venu guérir la raideur du cou de son peuple.
Soumis et tout à fait consentant, il incline la tête sous la main de Jean,
comme il inclinera la tête sur la Croix en prenant le poids de tous nos péchés.

Tel est le baume secret, l'onction divine et mystérieuse,
qu'il nous faut appliquer pour rendre à nos cous la souplesse de l'enfance :
cette onction qui sort du cœur doux et humble de notre Sauveur
transforme nos âmes et laboure nos cœurs pour qu'ils portent un fruit nouveau.

Et à Jean, qu'est-il demandé ce jour-là, pour «accomplir parfaitement ce qui est juste» ?
Jean doit laisser faire Jésus.
Il doit le baptiser alors même qu'il sait que Jésus n'a nul besoin d'être baptisé.
Il doit laisser le Christ se soumettre à sa main alors même qu'il ne comprend pas.

Ce sera ainsi pour Pierre, le soir de la dernière Cène,
quand Jésus, abaissé devant ses disciples, leur lavera les pieds (cf. Jn 13).
Pierre aussi se rebiffe !
Jésus lui répond : «Ce que je fais, tu ne peux le savoir à présent,
mais par la suite, tu comprendras
» (Jn 13, 7).

Et lorsqu'il a achevé de leur laver les pieds, Jésus dit aux disciples :
«Vous m'appelez le Maitre et le Seigneur, et vous dites bien, car je le suis.
Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maitre,
vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns les autres :
car c'est un exemple que je vous ai donné
» (Jn 13, 12-15).

Pour Jean, accomplir parfaitement ce qui est juste,
c'est poser cet acte d'obéissance,
et se soumettre à l'autorité du Christ
alors même que celui-ci chamboule complètement ses conceptions du Messie.
Jean doit accueillir ce Jésus humble et y voir le Sauveur,
il doit poser un acte de foi qui renverse sa conception de la puissance de Dieu.

Alors les cieux sont bouleversés et le cosmos éclate dans ses limites.
Déjà, lors de la Nativité, les cieux se sont ouverts
sous le poids d'humilité du Verbe qui se fait petit enfant.
Un ange est apparu avec les armées des cieux pour glorifier Dieu.

Au Jourdain, la même chose advient.
Les cieux s'ouvrent,
l'Esprit Saint se manifeste de façon visible,
et la voix du Père lui-même annonce l'identité de Celui qui incline la tête devant Jean :
«Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
en lui j'ai mis tout mon amour
».

La manifestation du Christ dans la force de son humilité
est agrée par le Père et l'Esprit Saint :
Oui, Dieu est pleinement manifesté dans la douceur de cœur de Jésus
s'inclinant devant Jean avec simplicité, soumission et abandon.

Frères et sœurs,
tout comme la Nativité nous donnait la douceur de l'enfance
comme l'attitude spirituelle dans laquelle nous devons vivre continuellement,
nous avons besoin de recevoir l'attitude de la tête inclinée
pour être en mesure d'entrer dans la douce intimité de l'Esprit Saint.

Au cours de cette Eucharistie,
demandons à l'Agneau de Dieu qu'il grandisse en nous,
avec sa douceur, la docilité à son Père et l'esprit d'enfance,
et que nous, nous diminuions
jusqu'à ce que l'homme à la nuque raide ait plié le genou devant son Sauveur.

Viens, Esprit Saint, assouplir notre cœur de pierre,
sans ta force divine, il n'y a rien en nous qui puisse devenir juste.
 

Méditer la Parole

9 janvier 2011

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaïe 42,1-4.6-7

Psaume 28

Actes 10,34-38

Matthieu 3,13-17

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