Fête du Baptême du Seigneur - A

Baptême dans l’eau et baptême dans le feu et l’Esprit

Jean-Baptiste avait déclaré : «Pour moi,
je vous baptise dans l’eau pour une purification.
Mais celui qui vient derrière moi (…)
vous baptisera dans le feu et l’Esprit-Saint
» (Mt 3,11).
Aujourd’hui, Celui qui baptisera
dans le feu et l’Esprit-Saint
est baptisé dans l’eau.
Il vit cette démarche de purification
à la suite de tout le peuple.
Ce baptême de Jean qui annonce
le baptême à venir est déjà une nouveauté.
Car s’il existait des rites de purification
par ablution d’eau, il n’existait pas
de baptême au sens propre du terme,
car le baptême donné par Jean
implique une relation personnelle
à celui qui baptise.
Le baptême de Jean est une démarche
de conversion, de rupture avec le mensonge et l’illusion.
Pour cette raison, Jean-Baptiste dénoncera
l’hypocrisie des sadducéens et des pharisiens (Mt 3,7-10)
pour qui l’appartenance religieuse
dispensait de la conversion personnelle.
Le baptême qu’inaugurera Jésus
prolongera ce sens donné au baptême par Jean.
Il sera un sacrement de conversion personnelle.
Il agit efficacement et ouvre
la voie d’une vie renouvelée.


Jésus et Jean ont dans un premier temps
agi ensemble.
L’Évangile de Jean nous dit que
Jésus baptisait au pays de Judée (cf. Jn 3,22).
Tous deux ont proclamé
un baptême de pénitence.
Mais Jésus est allé plus loin.
Il l’a fait après la mort de Jean-Baptiste,
comprenant alors que la venue du Règne de Dieu
exposait celui qui l’annonçait à la mort.
Aussi Jésus a-t-il donné un sens nouveau
au symbolisme du baptême.
L’immersion ne signifie plus seulement
la purification mais la plongée dans la mort.
Saint Paul l’explicite clairement :
«Baptisés dans le Christ,
c’est dans sa mort que nous avons été baptisés
» (Rm 6,4).
Tous nous mourrons.
Mais la mort du dernier jour est devancée
par ces morts quotidiennes de la souffrance,
de l’échec, de la séparation,
voire de la persécution et de l’exil.
Le baptême de Jésus fait de ces morts
une participation à la mort du Christ.
Partager la royauté du Christ,
c’est le suivre jusque dans sa mort :
«Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire
et être baptisés du baptême
dont je vais être baptisé ?
»,
demande-t-il à ses disciples (Mc 10,38).
Jésus parlait de sa passion et de sa mort.
Le baptême de Jésus est en ce sens
un baptême de feu.
Et le feu du baptême de Jésus, c’est celui de l’amour.
Ce feu-là est une force pour traverser les épreuves.
Prenons l’exemple de Thérèse de Lisieux
qui a vécu les derniers dix-huit mois de sa vie
dans la souffrance de la maladie,
mais plus encore dans la souffrance de l’esprit
dans la nuit de la foi.
Thérèse était assise, selon ses propres paroles,
«à la table des pécheurs», loin de Dieu,
dans le doute et la détresse,
mais toujours dans une vie brûlée par l’amour.
Tel est le baptême dans le feu,
une expérience d’amour
dans les moments les plus douloureux de notre vie.



Si le baptême de Jésus est un baptême de feu,
il est aussi un baptême dans l’Esprit,
comme l’annonce Jean-Baptiste.
Le baptême de Jésus,
s’il invite les chrétiens à vivre leur mort avec lui,
les associe aussi à sa victoire,
œuvre de l’Esprit de Dieu.
La résurrection de Jésus est une action de l’Esprit-Saint.
Ce même Esprit agit au baptême.
Dans l’attente de la résurrection des morts,
Dieu agit dans notre vie.
Cette action est celle de l’Esprit-Saint,
Dieu agissant à l’intime de l’être,
à l‘intime du cœur,
à l’intime de ce qui fait de nous un enfant de Dieu.


Être baptisé de ce baptême de feu et d’Esprit
qu’inaugure Jésus,
c’est traverser avec lui sa pâque de la mort à la vie.
«Par le baptême, nous avons été totalement unis,
assimilés à sa mort
et nous le serons aussi à sa résurrection
»,
dit Paul (Rm 6,4).
Saint Pierre le rappelle : «Le baptême
n’est pas une purification des souillures du corps …
il nous sauve par la résurrection
de Jésus-Christ
» (1 P 3,21).
Il ne s’agit pas d’être lavés
mais d’être plongés pour vivre
dès maintenant comme des ressuscités.
La mort biologique ne sera qu’un changement d’état.
La grande transformation intérieure, existentielle
est déjà vécue.
Le jour de notre baptême
a été (ou sera) le plus grand jour de notre vie.


Mais qu’en est-il aujourd’hui
de cette transformation salvifique ?
Comment rejoignons-nous au plus près
le Christ mort et ressuscité ?
Comment vivons-nous au plus fort
avec celui que nous aimons ?
Nous avons à nous immerger
dans la vie du Christ,
à faire nôtres ses sentiments, sa parole,
son amour, sa compassion.
Mettre la vérité là où il y a le mensonge.
Mettre le pardon là où il y a la haine.
Mettre la générosité là où il y a l’enfermement.
Le baptême dans le feu et l’Esprit
configure au Christ pascal.
À nous de nous laisser «pascaliser».
La mort fait son œuvre en nous,
mais plus encore la vie.
 

Au Jourdain, la voix du Père s’est fait entendre :
«Celui-ci est mon fils bien aimé,
en lui, j’ai mis tout mon amour
».
Cette voix résonne en nous aujourd’hui.
Vivons en enfant du Père,
en frère de Jésus
et dans la communion de l’Esprit.
Baptisés dans le Christ Jésus,
nous sommes re-nés à une vie nouvelle.
Vivons par lui, de lui et pour lui.
En lui, notre joie et notre espérance !
 

Méditer la Parole

9 janvier 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaïe 42,1-4.6-7

Psaume 28

Actes 10,34-38

Matthieu 3,13-17

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