3e semaine du Temps Ordinaire - A

D'épaisses ténèbres...

Il faut parfois que les ténèbres s'épaississent pour chercher enfin la lumière.

Les ténèbres dont parlent le prophète Isaïe dans la première lecture,
nous voyons bien, aujourd'hui de quoi il peut s'agir.
Notre monde n'a pas grand chose à voir avec la Galilée,
si ce n'est, peut être, qu'il ressemble lui-aussi à un immense carrefour des païens,
un pays d'ombre et de mort où les hommes ploient sous le joug de la servitude.

Alors que la science et les techniques promettaient la maîtrise de la Création,
nous découvrons que nous ne sommes que des apprentis sorciers
qui mettent en péril la planète en déréglant tous les équilibres de la nature.

Nos sociétés ont voulu rejeter les contraintes et les tabous,
et elles se découvrent aujourd'hui sans repères et sans espérance.

Des jeunes sombrent dans la délinquance faute d'avenir professionnel et familial,
d'autres s'abandonnent à la drogue ou à l'alcool,
ou crient leur désespoir en s'immolant par le feu !

Leurs aînés s'épuisent dans le stress d'un travail auquel ils ne croient souvent pas ;
ou bien ils n'ont pas de travail,
et subissent la blessure de rester au banc de la société.

Les anciens ne comprennent plus ce monde qui évolue trop vite
en laissant derrière lui les plus faibles et les plus fragiles ;
dont ils risquent de faire partie bien vite...

Le peuple qui marchait dans les ténèbres...
Ténèbres des extrémismes et du terrorisme,
ténèbres des conflits ethniques et religieux,
ténèbres des catastrophes naturelles, de la misère, des laissés pour compte...
Notre Galilée moderne aurait bien besoin d'une grande lumière,
ou au moins d'une petite lueur d'espérance et de joie.

Mais voilà : le monde a aussi rejeté Dieu ;
alors on ne voit pas bien d'où cette lumière pourrait nous venir...

Quant aux chrétiens que nous sommes,
croyons-nous vraiment que Dieu pourrait changer quelque chose à tout cela ?
Croyons-nous que Dieu puisse sortir de son ciel pour venir à notre rencontre ?

Frères et sœurs, c'est pourtant toujours dans les périodes les plus sombres de l'histoire
que le Seigneur s'est révélé avec le plus de puissance !
C'est aux moments les plus dramatiques que Dieu a suscité les saints les plus lumineux.

Une lumière se voit d'autant mieux qu'il fait nuit noire.
Et Dieu intervient d'autant plus librement
que les hommes prennent conscience qu'ils ne peuvent plus agir par eux-mêmes.

«Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée.
À partir de ce moment-là, Jésus se mit à proclamer :
‘Convertissez-vous, le Royaume des cieux est tout proche’.
»

Rien d'étonnant à cette urgence à la conversion :
pour accueillir la lumière qui vient nous visiter,
il est absolument nécessaire de commencer par rejeter les ténèbres.
Ou plus exactement tout ce qui conduit aux ténèbres, c'est-à-dire le péché.

Or le principe même du péché, c'est de vouloir vivre sans Dieu,
indépendamment de Lui.

Jésus vient dans notre pays de l'ombre,
il marche sur les rivages de nos vies,
et il appelle des hommes et des femmes pour en faire des témoins.
Depuis 2000 ans, le Seigneur ne cesse de procéder de la sorte :
il appelle, certains ne le suivent pas et s'en vont tout triste (cf. Mt 19, 22),
d'autres laissent tout, et aussitôt, ils le suivent.

Entendons-nous bien : c'est ainsi que Jésus a fait avec les Douze,
mais l'appel de Jésus s'adresse bien au-delà du cercle des apôtres d'hier et d'aujourd'hui !
Jésus appelle ainsi des hommes et des femmes mariés,
des agriculteurs, des entrepreneurs, des ouvriers ou des mères au foyer,
des jeunes et des retraités,
pour qu'ils le suivent dans leur condition de vie, dans leur état de vie.

Et s'ils doivent eux aussi tout laisser,
c'est pourtant en conservant leur mode de vie ou leur métier.
Mais en laissant le Seigneur Jésus prendre la tête de leur vie,
et en le suivant en toutes ses exigences de foi et de charité.
Venez derrière moi, dit Jésus à ceux qu'il appelle.

Ainsi, des hommes et des femmes, dans différents états de vie,
choisissent de se mettre au service de l'Évangile
en suivant Jésus partout où il va dans le monde d'aujourd'hui ;
en étant ses mains et sa voix,
l'expression de sa compassion et les artisans de sa justice ;
se présentant les mains vides et le cœur disponible
pour que ce ne soit pas eux qui brillent, mais Jésus qui soit manifesté dans le monde.

C'est cela, l'Église du Christ.

Jésus affirme : «Je suis la lumière du monde» (Jn 8,12).

Puis il dit à ceux qu'il a appelés :
«C'est vous qui êtes la lumière du monde !
Que votre lumière brille devant les hommes,
afin qu'ils voient vos belles œuvres
et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux
» (Mt 5,14.16).

Si l'Église n'est plus cette famille de ceux qui portent la lumière du Christ
et qui le servent par toute leur vie dans la précarité de la condition de disciple,
alors elle devient comme le monde ;
elle est recouverte des ténèbres du péché et du repli sur soi,
et elle est dans l'incapacité d'apporter la lumière.
«Un aveugle peut-il conduire un autre aveugle  ?» (Lc 6,39).

Jésus met en garde ses disciples
«Si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres.
Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres,
combien sont grandes les ténèbres !
» (Mt 6,22).

Frères et sœurs, si le monde va mal, nous n'y sommes pas pour rien...
L'appel de l'Évangile nous est parvenu,
mais avouons que nous sommes de bien pauvres lumières pour le monde.
Notre réponse est tiède ; et la tiédeur n'a jamais rien fait de bon.
Dans l'Apocalypse, Jésus dit à l'Église :
«Parce que tu es tiède, je vais te vomir de ma bouche» (3,16).

Aujourd'hui, nous sommes appelés à remettre de l'ordre dans nos vies.
C'est-à-dire à mettre Jésus à la première place.
Les chrétiens ne peuvent communiquer la lumière du Christ
qu'en étant consumés par son feu d'amour ;
c'est-à-dire en s'approchant tout contre lui.

Quand Paul est appelé par le Christ, voilà ce que le Seigneur lui dit :
«Je te destine à être serviteur et témoin de ce que tu as vu de moi.
Je t'envoie vers les gens pour leur ouvrir les yeux,
afin qu'ils se tournent des ténèbres vers la lumière,
et de l'autorité de Satan vers Dieu
» (Ac 26,16-18).

Alors que nous prions pour l'unité des chrétiens,
demandons au Seigneur d'être d'authentiques serviteurs,
de vrais témoins de ce que nous avons nous-mêmes vu auprès de lui.

Pour cela, il n'y a pas d'autre solution
que de raviver notre flamme en nous mettant à l'école du Christ.
Si chaque chrétien veut bien mettre le Christ à la tête de sa vie,
qu'il choisisse de tout recevoir de lui, de servir Jésus et non pas ses propres idées,
c'est à dire s'il laisse tout et qu'il le suive,
alors l'unité va grandir entre les chrétiens des différentes Églises,
et les ténèbres du monde vont commencer à se déchirer.

«Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur !
» (Ps 26).
 

Méditer la Parole

23 janvier 2011

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isaïe 8,23b-9,3

1 Colossiens 1,10-13.17

Matthieu 4,12-23

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