3e semaine du Temps Ordinaire - A

Évangélisés par Jésus et évangélisateurs avec le Christ

Ayant appris l’arrestation de Jean Baptiste,
Jésus regagna la Galilée et, quittant Nazareth,
il vint s’établir à Capharnaüm, au bord de la mer,
sur les confins de Zabulon et de Nephtali (Mt 4,12).
Ce libre choix du Christ n’est pas le fait du hasard
ni le résultat d’une contrainte.
Tout cela est chargé de sens clairement inscrit
au début de la vie publique de Jésus.
Et saint Matthieu qui nous rapporte ce fait historique
en a été particulièrement frappé.

Avec l’évangéliste souvenons-nous :
si c’est à Bethléem de Judée, aux abords de Jérusalem,
et donc chez lui, dans la cité de David (Mt 2,5 ; Lc 2,4),
que Jésus est né, les siens ne l’ont pas reçu (Jn 1,12).
Ce sont des pays qui sont venus à lui en premier,
en la personne des mages étrangers (Mt 2,10).
Peu après sa Nativité, en fuyant vers l’Égypte,
c’est lui qui part en exil, toujours en terre étrangère.
Dès son retour d’Égypte, Joseph, nous précise-t-on,
ne peut toujours pas s’établir en Judée, selon ses désirs.
Il est contraint de se retirer en Galilée
considérée comme une terre encore bien païenne (Mt 2,22-23 ; Jn 7,52).

Et voici qu’aujourd’hui, après son baptême au Jourdain,
ayant appris l’arrestation de Jean,
Jésus vient s’établir à Capharnaüm, au bord de la mer,
au cœur même de la Galilée des nations.
À l’évidence, il y a là une intention manifeste
dans ce choix délibéré de Jésus.
Que veut donc signifier par là Celui qui veut tout ce qu’il fait
et qui sait comment et pourquoi il le fait ?


En se souvenant de cela
et en méditant sur ce choix intentionnel de son Maître,
Lévi, de Galilée, Lévi le publicain,
lui, le païen dont Jésus a fait un apôtre (Mt 9,9 ; 10,3),
lui, Matthieu, si familier des Écritures (tout son évangile le montre),
se remémore les paroles des prophètes.
Il se souvient alors de ce qu’avait annoncé Isaïe.

C’était il y a bien longtemps. Plus de sept cents ans !
(La première lecture nous en a donné un écho.)
Après la chute de Samarie, toute une partie de l’Israël du Nord
avait été déporté à Babylone. Alors Isaïe avait prophétisé.
Littéralement le prophète avait dit ceci :
Dans les temps anciens, le Seigneur a couvert de honte
le pays de Zabulon et le pays de Nephtali (c’est-à-dire le nord de la Galilée).
Mais aussitôt il a couvert de gloire
le pays au-delà du Jourdain, carrefour des païens.
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi.

Et c’est précisément vers ce pays de Galilée, fait remarquer saint Matthieu,
vers cette terre païenne, ouverte au syncrétisme de toutes les religions,
au brassage de tous les peuples,
que s’avance Jésus en ce jour, lui, le Dieu ami des hommes (Mt 4,12-16).

Et c’est sur le bord de la mer de Galilée, note encore saint Mathieu (4,18)
qu’il chemine et qu’il voit ceux qu’il appelle à sa suite.
Qu’il chemine, car il est la route (Jn 14,4) ;
et qu’il voit, car il est la lumière (8,12 ; 9,5).


Aujourd’hui donc, au bord de la mer,
où gît, pourrait-on dire, le peuple galiléen,
comme hier ses ancêtres gisaient au bord des fleuves de Babylone (Ps 136),
oui, aujourd’hui, une lumière nouvelle s’est levée.
Celle-là même annoncée par le prophète Isaïe. Et elle a pour nom : Jésus-Christ.
Elle veut illuminer les cœurs et éclairer la face de tous les peuples (Lc 2,29),
en guidant nos pas au chemin de la paix (1,70),
comme l’ont chanté le vieillard Siméon et Zacharie, le père de Jean Baptiste.

Sans plus attendre, et par lui-même, Jésus
qui est venu d’abord pour les brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 15,24),
Jésus se met alors à proclamer l’Évangile du salut.
Et cela, toujours dans la ligne des prophètes,
pour bien montrer que les Écritures s’accomplissent :
Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche (Mt 4,17).

Double appel où, dès l’abord, tout est dit :
se détourner du mal et s’ouvrir à la vie ;
se détourner du péché et s’ouvrir au Royaume de Dieu.
Mourir en somme, mais pour vivre,
en passant des ténèbres et de l’ombre de la mort (4,16)
à la lumière du salut (Jn 8,12).
Aujourd’hui donc, par Jésus en personne, l’Évangile est proclamé.
Il devra l’être à tous les peuples de la terre (Mt 28,19)
et jusqu’aux confins du monde (Ac 1,8) !
Voilà pourquoi le Seigneur appelle aussitôt Pierre et André
dont on nous dit qu’ils jettent l’épervier (Mt 4,19 ; Mc 1,16).
Et Jacques et Jean qui, dans leur barque, réparent les filets (4,21).
Jeter l’épervier est un travail individuel.
Réparer les filets est un travail collectif.
Personnellement et communautairement donc, tout un chacun est appelé.

E Jésus leur dit : Venez à ma suite.
Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes (4,19).
Car c’est bien d’une histoire d’hommes,
concernant tous les hommes, qu’il s’agit.
Aussitôt laissant là leurs filets, pour ce qui est des premiers,
laissant leur barque et leur père, pour ce qui est des seconds (4,20-22) ,
c’est-à-dire laissant leur travail, leurs biens et leur parenté,
ils le suivirent. On ne perd rien, en quittant tout, pour gagner le Christ (Ph 3,7).

Symboliquement, mais réellement, la marche de l’Église est lancée.
Voici déjà vingt siècles qu’elle est en route,
se ramifiant, par-delà les mers (et pas seulement la petite mer de Galilée),
sur les chemins des cinq continents !


Nous voyons par là, frères et sœurs, combien ce qui nous est rapporté
par cette page d’évangile nous concerne personnellement,
et demeure toujours d’actualité, tant reste avec nous,
chaque jour, le Christ jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20).

Nous pouvons, en ce dimanche, en retenir deux vérités essentielles,
capables, si nous y consentons,
d’éclairer, de stimuler et de réjouir nos vies quotidiennes.
La première nous rappelle que nous sommes tous
évangélisés par Jésus lui-même et comme en tête à tête.
Et c’est une joie sans égale de constater que nous sommes toujours
guidés par sa parole vivante qui est lumière et vie (Jn 1,16).
La deuxième nous appelle à devenir, avec lui,
évangélisateurs à notre tour et comme en marchant encore sur ses pas.
Et ce n’est pas sans une fierté, humble mais sereine,
que nous pouvons nous sentir ainsi appelés,
malgré nos limites, nos faiblesse, nos imperfections, nos incapacités mêmes,
à collaborer avec le Fils de Dieu, à l’annonce de la Bonne Nouvelle !

Frères et sœurs, c’est donc tout d’abord
par le Christ lui-même que nous sommes encore évangélisés.
Hommes de Judée ou gens de Galilée, juifs croyants ou païens infidèles,
Jésus les a tous éclairés de sa lumière,
les rejoignant jusqu’en leurs synagogues, nous dit saint Matthieu (4,23),
mais aussi sur les places, les chemins, au désert,
aux portes des villes, aux carrefours des routes, jusqu’à l’intérieur des maisons,
et, à la fin, au cœur de Jérusalem, chaque jour dans le Temple (Lc 22,53).
Ils seront tous enseignés par Dieu, avait dit aussi le prophète Isaïe (Jn 6,45).

Oui, nous sommes vraiment éclairés par sa parole, soutenus par sa grâce,
accompagnés par sa présence, fortifiés par son  Eucharistie.
Comme au premier jour où il cheminait le long de la mer de Galilée,
Jésus est là. Il est là qui croise notre route.
Ses pas accompagnent nos pas. Son regard rencontre le nôtre.
Il nous tient en sa main. Et personne ne nous arrachera de sa main !
C’est lui-même qui nous l’a dit (Jn 10,28).

Non ! Jésus n’est pas venu un jour pour repartir à tout jamais !
Jusqu’aux confins de Zabulon et de Nephtali,
c’est-à-dire jusqu’au milieu de nos occupations les plus ordinaires,
de nos actions les plus profanes,
aux jours mauvais où nous serions tentés
de nous croire seuls, perdus, désespérés,
comme ce peuple déporté à Babylone, habitant l’ombre de la mort (Is 9,1 ; Mt 4,16),
ou tout simplement sans envie de faire le moindre pas vers lui,
pas trop malheureux en somme de notre triste ou de notre heureux sort ;
à tous, tels que nous sommes, Jésus parle aujourd’hui.
Et c’est pour nous redire encore,
car cette parole du premier jour demeure celle de chaque jour :
Convertissez-vous, car le Royaume des cieux et tout proche (Mt 4,17).

Pour peu que nous sachions nous tourner, nous re-tourner vers lui,
sa présence nous est manifestée.
En vérité, je vous le dis : le Royaume de Dieu est au-dedans de vous (Mt 3,2 ; Lc 17,21).
Comment le refuserais-je ?
Il m’a aimé et s’est livré pour moi ! (Ga 2,20).


Ainsi évangélisés par Jésus, nous pouvons nous ouvrir alors
à l’autre merveille que le Seigneur nous annonce aussi en ce jour :
participer à l’évangélisation du monde.
Cette œuvre à laquelle par pure grâce, comme Pierre et André,
Jacques et Jean, nous voici tous appelés à notre tour.
Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes (Mt 4,19).

Ce que Jésus a initié, voici qu’il nous demande de le parachever.
Jusqu’à la fin du monde, il faut que la Bonne Nouvelle soit propagée !
Quand on porte au cœur un tel secret, ou plutôt une telle révélation,
quand on porte en son âme un tel bonheur,
car il s’agit ni plus ni moins de l’Évangile de Dieu,
on ne peut plus le garder pour soi ou le taire .

C’est dire combien le Seigneur attend
que nous soyons le prolongement vivant de son Évangile,
auprès de nos enfants, nos amis, nos voisins, nos collègues, nos frères et sœurs…
À notre tour, avec Pierre et Jean, nous pouvons le redire :
Nous ne pouvons pas ne pas parler ! (Ac 4,20).
Au nom même du bonheur que nous donne
la joie de la présence de Dieu en nos cœurs, et celle que, par nous,
Dieu veut déverser ainsi dans l’âme de nos frères et sœurs.


Et notons bien, pour finir, que ceux que Jésus appelle en ce jour,
ce sont des frères : Jacques et Jean, Pierre et André.
Il appelle aujourd’hui deux par deux, ceux qu’il enverra aussi demain deux par deux (Lc 10,2).
On ne peut annoncer le Christ qui est Amour
que par l’union de la charité et de l’amitié. Par la grâce de l’unité.
Seul l’amour vécu est évangélisateur !
On peut s’en souvenir au cœur de cette Semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Il ne s’agit donc surtout pas de redire encore :
Moi je suis pour Paul, moi je suis pour Apollos.
Moi je suis pour Pierre, ou moi je suis pour le Christ.
Le Christ ne saurait être divisé ! (1 Co 1,12-13).
Ce sont nos divisions qui ont dramatiquement freiné
l’évangélisation de la terre des hommes !

Par contre si nous savons proclamer la Parole de Dieu
dans l’unité de la charité, en commençant par en vivre
en toute vérité, les division s’estomperont, reculeront,
la communion grandira
et la Bonne Nouvelle sera vraiment annoncée
pour la joie de tout homme de bonne volonté (Lc 2,14).

À ce signe d’amour, le Christ lui-même,
le Christ vivant et vrai sera reconnu et manifesté (Jn 13,35).

Comme aux premiers jours où il cheminait
entouré de ses disciples, devenus ses amis,
à travers villes et villages de Galilée.
 

Méditer la Parole

23 janvier 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 8,23b-9,3

1 Colossiens 1,10-13.17

Matthieu 4,12-23

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