4e semaine du Temps Ordinaire - A

La voie du bonheur

Aujourd’hui, Jésus gravit la montagne.
30 ans de vie cachée se sont écoulés à Nazareth
mais aujourd’hui, comme la lampe
que l’on met sur le lampadaire,
Jésus gravit la montagne
pour illuminer le monde de sa lumière.
30 ans s’achèvent dans cette bourgade
inconnue de Galilée,
où la graine de Dieu
plantée dans la terre de notre humanité
a grandi, s’est laissée éprouver
par le travail de chaque jour,
a expérimenté les joies et les peines
d’une vie familiale et sociale.
30 ans de vie ordinaire pour un homme hors du commun
puisque cet homme est Dieu-fait-chair : Jésus.
Et aujourd’hui, le Fils de Dieu se lève
et se révèle à la face du monde
du haut de la montagne.
Ce Dieu-fait-homme sort de son silence
car il a quelque chose à nous dire :
«Hommes de toutes races, langues et peuples,
hommes de la Galilée des nations,
entrez dans la joie !»
Dieu sort de ces 30 ans de silence
pour nous parler du bonheur,
du bonheur d’être un homme.
Dieu veut nous révéler ce qu’Il a découvert
en partageant notre humanité.
En quelque sorte, Dieu s’est tellement
enfoui dans notre pâte humaine
qu’il se lève aujourd’hui pour nous dire :
«Réjouis-toi, j’ai trouvé la perle rare,
Réjouis-toi avec moi, homme, mon frère,
car je l’ai retrouvée la drachme que tu avais perdue,
la drachme qui donne sens à ta vie,
la drachme qui est la clé ouvrant
les portes du Royaume ;
cette drachme, c’est la voie du bonheur !»
Oui, réjouissons-nous, frères et sœurs, avec Jésus
car il veut nous faire partager
sa joie d’être un homme, un homme libre
qui va vers la vie et non vers la mort.
Il veut que sa joie soit notre joie.


Jamais Dieu n’a jamais été aussi proche de l’homme
qu’en Jésus son Fils.
Et ces béatitudes nous révèlent autant le cœur de Dieu
qui s’émerveille de l’homme
que le cœur de l’homme visité et sauvé par Dieu.
Qui oserait en effet parler en vérité
à l’affligé, à celui qui a faim et soif de justice,
à celui qu’on insulte ou qu’on persécute
si ce n’est Celui qui a porté
tout cela en sa chair.
Le riche aura beau partager son abondance,
il ne touchera jamais le cœur du pauvre.
Celui qui est joyeux aura beau partager son rire,
il n’arrêtera jamais les larmes d’un cœur blessé.
Seul celui qui est riche de sa pauvreté
rendra l’espérance au pauvre qui gémit.
Seul celui qui sait accepter sereinement ses blessures
relèvera son frère courbé sous la croix.
Jésus est ce pauvre de cœur :
«Père, non pas ma volonté mais ta volonté».
Jésus est celui qui a faim et soif de justice :
«Que celui qui n’a jamais péché
jette la première pierre
».
Jésus est le miséricordieux par excellence :
«Père, pardonne-leur
car ils ne savent pas ce qu’ils font
».
Il est doux, humble, artisan de paix
et s’avance librement vers les calomnies,
la persécution et la mort.

Cette route des Béatitudes,
c’est la route de Dieu vers l’homme,

c’est son chemin d’enfouissement.
Celui qui est tout devient ce qui n’est rien,
ver non point homme,
honte du genre humain, rebut du peuple.
Dieu s’est fait homme jusqu’à perdre
toute ressemblance humaine
car il a voulu embrasser toute l’humanité
jusque dans sa défiguration extrême.
Élevé sur la croix, Jésus dit :
«Tout est accompli».
Tout est accompli car Dieu est allé
jusqu’au bout de notre humanité.
À la croix, l’homme s’est voilé la face
car il a eu peur de lui-même,
peur de voir son humanité vulnérable.
Mais Dieu est allé rencontrer l’homme
jusque dans sa fragilité.
Là, au Golgotha, il ne reste plus que l’affligé,
l’humble, le persécuté.
Car le riche, l’orgueilleux, le satisfait ont fui
devant leur frère exposé dans sa nudité.
Oui, c’est une route de béatitude
ce chemin de Dieu vers l’homme
car c’est une route de vérité.
Dépouillé du superflu, de la vaine gloire,
du factice, du mensonge,
l’homme visité par Dieu est l’homme vrai.
Joie de cet enfouissement
qui est révélation de l’homme.


«Mais ce qui n’est rien,
voilà ce que Dieu a choisi
pour détruire ce qui est quelque chose
» (1 Co 1,29)
nous dit saint Paul.
Les Béatitudes ont conduit Dieu à l’homme
mais désormais elles conduisent l’homme à Dieu.
Le crucifié est ressuscité !
L’homme blessé a été glorifié.
Dieu entraîne l’homme sur ce chemin de kénose
car c’est au plus bas que l’homme peut trouver
le Très-Haut, le Sauveur de l’humanité.
L’homme est glorifié en Dieu
quand il accepte de s’abaisser.
L’homme est libéré
quand il sait se voir tel qu’il est en vérité.
Sur la route des Béatitudes,
Jésus dit à chacun :
«Reconnais que tu es cet homme blessé,
bien souvent affligé par le cours de la vie,
pauvre au plus profond de toi-même,
crucifié par ton péché qui veut te faire trébucher.
Regarde la croix et vois ta pauvreté.
Accueille cette blessure en toi
et offre-la moi.
Toi le riche qui veut secourir le pauvre,
tu ne rencontreras pas le pauvre
tant que tu ne t’accepteras pas comme un pauvre.
Toi qui es dans la joie,
tu ne consoleras pas celui qui est triste
tant que tu n’auras pas pleuré
sur ton manque d’amour.»
Il ne peut pas se connaître
celui qui n’a pas connu ou reconnu
sa pauvreté ni son indigence.
Les Béatitudes sont route de vérité sur soi
et par là-même route vers Dieu
qui est le seul Sauveur de l’homme.
Plus on est lucide sur soi,
plus on voit Dieu qui fait
des merveilles dans nos vies.
Alors au creux de nos misères,
nous pouvons dire «heureux sommes-nous»
car nous savons combien c’est la miséricorde de Dieu
qui nous rend notre dignité.


Si la croix, transfigurée par la résurrection,
a été le terme de la route des Béatitudes
conduisant Dieu à l’homme,
la croix est aussi la porte d’entrée des Béatitudes
pour l’homme qui vient à Dieu.
Jésus ne dit pas :
«Bienheureuse ta souffrance, ta blessure, …».
Non, il dit : «Bienheureux es-tu,
car je suis avec toi dans ta souffrance.
Ma croix plantée dans ta blessure
va donner un fruit de vie.
Par ma résurrection, j’ai ouvert
la voie du bonheur dans ton humanité.
Réjouis-toi car, si tu es ce crucifié,
celui qui n’est rien,
alors tu es ce ressuscité, le tout de Dieu».
Oui, bienheureux sommes-nous
d’avoir un tel Sauveur, frères et sœurs.
Réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse.
 

Méditer la Parole

30 janvier 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Sophonie 2,3; 3,12-13

Psaume 145

1 Colossiens 1,26-31

Matthieu 5,1-12

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