6e semaine du Temps Ordinaire - A

Aimer, c’est accomplir la Loi

Jésus, sur la montagne, enseigne à ses disciples
les mystères du Royaume de Dieu.
Son discours, inauguré par les Béatitudes,
propose un regard neuf
pour ces croyants fidèles au Dieu unique.
Jésus part de ce qu’il leur est familier
et il conduit plus loin, plus profond
dans la compréhension du «dessein bienveillant de Dieu».
Il construit son enseignement
avec une série d’antithèses bâties sur le même modèle :
«Vous avez appris qu’il a été dit …
Eh bien moi, je vous dis…
»
Jésus ouvre donc son auditoire à une nouveauté.

Pourtant, son introduction est on ne peut
plus conservatrice :
«Ne pensez pas que je suis venu
abolir la Loi ou les prophètes :
je ne suis pas venu abolir mais accomplir.
»
Il n’est donc pas question pour Jésus
de remettre en cause la pertinence
de la Loi donnée par Dieu à Moïse.
Il serait impensable que Jésus vienne abolir
ce qui a été la concrétisation, pendant des siècles,
de la volonté divine pour tout un peuple.

La Loi pose des balises qui sont en quelque sorte
le minimum vital pour que la vie en société
soit simplement possible :
ne pas tuer, ne pas voler, ne pas tromper…
La Loi ne change donc pas
mais ce qui change, c’est la manière de la pratiquer.
Ainsi au fil des siècles, on a affiné la Loi,
on l’a précisée au fur et à mesure
que les exigences morales progressaient.
Jésus s’inscrit dans cette progression :
il ne supprime pas les acquis précédents,
il les affine encore.
Pas question de gommer les étapes antérieures,
il s’agit d’en franchir une autre,
celle qui donne à la Loi toute sa plénitude :
l’accomplissement.

Nous pouvons voir ce travail d’accomplissement
qu’effectue Jésus par les exemples qu’il donne :
Première étape, tu ne tueras pas.
Deuxième étape, tu t’interdiras même la colère
et tu iras jusqu’au pardon.
Dans un autre domaine, première étape,
tu ne commettras pas l’adultère en acte.
Deuxième étape, tu t’interdiras même d’y penser
et tu éduqueras ton regard à la pureté.
Enfin, en matière de promesses,
première étape, pas de faux serments.
Deuxième étape, pas de serments du tout,
que toute parole de ta bouche soit vraie.
Par ces exemples, Jésus n’abolit donc pas la Loi.
Il la conduit à son dépassement.

Qu’entendons-nous par-là ?
La loi par ses préceptes – ne pas tuer, ne pas voler … – 
donne un code de conduite.
Elle définit ce qui est mal dans les actes posés par l’homme.
La Loi propose donc à l’homme
une aide pour maîtriser ses actes.
Elle pose un jugement sur ce qui est visible
à l’extérieur de l’homme.
Jésus va plus loin en appelant ses disciples
à intérioriser la Loi.
Ce n’est pas seulement son agir qu’il faut purifier
mais aussi tous les mouvements intérieurs,
toutes les intentions du cœur.
La Loi vécue dans sa perfection,
c’est non seulement de ne pas poser d’actes mauvais,
mais plus encore d’arracher le non-amour
qui enténèbre le cœur
jusqu’à pouvoir aimer son propre ennemi.
Jésus libère la loi d’un moralisme
étroit et culpabilisant.
Il propose d’aller plus loin,
toujours plus loin dans l’amour,
voilà la vraie sagesse.
Cette  sagesse était tenue cachée
et Jésus la fait émerger au grand jour.
À quoi cela sert-il d’avoir une vie
apparemment parfaite si le cœur
n’est pas habité par l’amour ?
Saint Jean de la Croix le dit bien :
c’est sur l’amour que nous serons jugés.
Les disciples qui écoutent Jésus
sont invités à franchir une nouvelle étape
dans leur vie de foi.
Suivre Jésus, c’est non seulement ne pas faire le mal
mais plus encore ne pas être complice du mal.
Jésus vient évangéliser la racine
de nos relations aux autres.
Ces relations sont biaisées par notre égoïsme,
nos peurs, nos jalousies, nos blessures du passé.
Jésus vient les visiter, mieux encore les sauver.
Si mon frère a quelque chose contre moi,
que je sois le premier à faire le pas de la réconciliation.
Si ma relation conjugale se détériore,
que je sois le premier à apporter la paix
et à croire que l’amour l’emportera.

Cette étape nouvelle que fait franchir Jésus
replace la loi à sa juste place.
Le respect de l’homme
doit passer avant le respect de la règle.
Je dois me réconcilier avec mon frère
non pas parce qu’il le faut
mais parce qu’une relation d’amour et de paix
est source de liberté et d’épanouissement humain.
Je dois faire tout pour garder mon couple dans l’unité
non par obéissance à la Loi
mais parce que c’est le seul chemin
de croissance humaine stable pour une famille
et pour les enfants en particulier.
Accomplir la loi avec Jésus,
c’est finalement devenir un homme, une femme
accompli, c’est-à-dire libre d’aimer
et d’être aimé.

À la croix, Jésus pourra dire : «Tout est accompli».
Il est l’amour immolé jusqu’au don total de soi.
En lui, la haine est anéantie.
Il n’est plus qu’amour crucifié.
Si Jésus accomplit la Loi en sa personne,
il l’accomplit aussi dans nos cœurs.
Par le don du Saint-Esprit,
il a gravé au plus profond de notre être
la loi nouvelle de l’amour.
Cet amour-même que Jésus a vécu jusqu’à l’extrême
a été répandu en nos cœurs.
Ce que notre nature ne pouvait nous donner
nous est offert par pure grâce.
Parce que «Dieu nous a aimés le premier» (1 Jn 4,19),
nous pouvons aimer vraiment,
et chaque jour un peu plus.
Il nous est donné de pouvoir être vraiment artisans
de l’extension du Règne de Dieu.

À nous de nous demander maintenant :
quelle étape ai-je personnellement à franchir
pour qu’advienne dans ma vie le Règne d’amour et de paix
que Jésus a inauguré ?
Il ne suffit pas de dire «Que ton règne vienne».
Jésus vient de nous dire aujourd’hui
comment, petitement, mais sûrement,
on peut y contribuer.
Osons donc aller plus loin dans nos vies.
Il en va de l’avènement du Règne de Dieu.
 

Méditer la Parole

13 février 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Ben Sirac le Sage 15,15-20

Psaume 118

1 Corinthiens 2,6-10

Matthieu 5,17-37

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