8e semaine du Temps Ordinaire - A

«Ne vous faites pas tant de souci…»

«Ne vous faites pas tant de souci…»
À quatre reprises dans ces quelques versets,
Jésus nous le répète :
«Ne vous faites pas tant de souci».
Comme Jésus connaît le fond de nos cœurs !
Il voit toutes ces inquiétudes, ces préoccupations
qui nous pèsent intérieurement,
qui lient notre cœur.
Si Jésus insiste tant, c’est bien que ces soucis
sont une entrave dans notre chemin de libération intérieure.
L’argent aussi, puisqu’il nous dit
qu’«on ne peut servir à la fois Dieu et l’Argent».
Dans la parabole du semeur,
Jésus le dit clairement dans son interprétation :
«Ce qui est tombé dans les épines,
ce sont ceux qui ont entendu la Parole de Dieu,
mais en cours de route, les soucis,
la richesse et les plaisirs de la vie
les étouffent et ils n’arrivent pas à maturité
» (Lc 8,14).
Jésus nous invite donc dans notre évangile
à nous libérer de ce qui étouffe
la croissance de la Parole de Dieu en nous.

Mais comment comprendre cet appel de Jésus
à ne pas nous soucier de notre nourriture
ou de nos vêtements ?
Faut-il vivre dans l’insouciance ?
Ce n’est pas ce que nous dit Jésus.
Il est normal que nous travaillions
pour subvenir à nos besoins vitaux.
Il est normal que nous nous inquiétions
de ceux qui meurent de faim et de froid.
Mais notre inquiétude ne doit pas
nous faire croire que tout dépend de nous.
Et c’est bien à ce niveau-là que Jésus réagit.
Bien souvent, nos soucis viennent
de notre manque de foi.
Nous croyons en Dieu, mais en un Dieu mort,
inefficace, sourd à nos besoins.
Jésus nous dit en filigrane :
Qui est Dieu pour toi ?
Si le Père Céleste veille à la nourriture
des oiseaux du ciel, va-t-il laisser périr ceux
qu’il a créés à son image et à sa ressemblance ?
Dieu est proche de nous, nous dit Jésus.
Ne séparons pas notre vie spirituelle
du quotidien, de nos préoccupations.
Si Dieu voit le moindre cheveu tomber de notre tête,
combien voit-il ce qui nous est nécessaire ici-bas ?

Interrogeons plutôt nos soucis.
Qu’est-ce qui nous inquiète réellement ?
C’est de ne pas  pouvoir maîtriser notre vie,
c’est de dépendre de circonstances
qui nous échappent.
Finalement, nous vivons esclaves de nos soucis
tant que nous refusons au Seigneur
d’être le maître de notre vie,
tant que nous essayons d’être dieu à sa place.
Dans cette attitude, Dieu est mort en nous
car nous l’empêchons de vivre.
Quand Jésus nous dit :
«Ne vous faites pas tant de souci
il nous dit : «Dieu est vivant,
croyez en un Dieu vivant,
laissez Dieu vivre en vous.»
Si pour nous, Dieu est vivant,
il ne peut nous abandonner.
«Il fait même tout concourir
au bien de ceux qui l’aiment.»
Croire en un Dieu vivant,
c’est être en relation avec lui,
c’est vivre de son Esprit de Vie
qui ressuscite les morts,
c’est se nourrir de sa Parole et des sacrements
qui sont un viatique sur notre route.

Celui qui est esclave de ses soucis,
n’a les yeux fixés que sur demain
et il ne voit pas l’aujourd’hui de la grâce.
Or Dieu ne se donne que dans le présent, dans le réel.
Demain sera autre si je consens
à accueillir Dieu dans mon aujourd’hui.
«Cherchez d’abord le Royaume de Dieu
et sa justice
», nous dit Jésus.
C’est-à-dire cherchons l’Esprit-Saint
comme un trésor caché dans le champ
de notre existence, et ajustons-nous
à la volonté de notre Père du ciel.
En Dieu, il n’y a pas d’impasse possible ;
même un échec peut se transformer
en grâce d’un nouveau départ.

Dieu pourvoit car Dieu est bon.
Mais croyons-nous en cette bonté de Dieu
qui se plaît à combler ses enfants ?
La première lecture nous a donnés d’entendre
une des plus belles pages de l’Écriture Sainte.
L’homme a depuis toujours été confronté
au silence de Dieu.
Or Dieu répond par la bouche du prophète Isaïe :
«Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant,
ne pas chérir le fils de ses entrailles ?
Même si elle pouvait l’oublier,
moi je ne t’oublierai pas
» (Is 49,15).
L’amour de Dieu pour l’homme
est plus fort que celui d’une mère pour son enfant.
Oui, Dieu est bon !
Si Dieu est Père,
nous pouvons nous remettre entre ses mains.
Juste avant ces quelques versets de ce jour,
Jésus a laissé à ses disciples
la prière du Notre Père :
«Donne-nous notre pain …
Pardonne-nous …  Délivre-nous du mal.
»
Rien d’autre que des paroles de confiance absolue.
Une seule chose compte :
entrer dans les vues de Dieu,
s’attacher à son projet
et tout faire pour y correspondre.
Nous devons ajuster notre conduite
à la pensée même de Dieu,
à son dessein d’amour,
à devenir de plus en plus les artisans
pour la petite part qui nous revient
de cette tâche.
Pour le reste, ne cessons pas de lui faire confiance.
«Votre Père sait ce dont vous avez besoin
avant que vous le lui demandiez
» (Mt 6,8).

Oui, frères et sœurs, cherchons le Seigneur,
il se laisse trouver car il est proche.
Laissons-le vivre en nous
et notre vie en sera transfigurée.
«Ne vous faites pas tant de souci …»
Oui, Seigneur, j’ai foi en toi.
 

Méditer la Parole

27 février 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isaïe 49,14-15

Psaume 61

1 Corinthiens 4,1-5

Matthieu 6,24-34

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