11e semaine du Temps Ordinaire - A

Écoute et agis pour une construction durable !

Écouter et agir : voilà deux verbes que la Parole de Dieu nous propose aujourd'hui
comme principe fondamental pour notre vie :
«Tout homme qui écoute ce que je vous dis et qui le met en pratique, dit Jésus
est comparable à un homme prévoyant
qui a bâti sa maison sur le roc


Notre époque prend conscience des risques et de la volatilité de son développement ;
on parle désormais de développement durable,
de construction durable.

Jésus propose lui aussi que nous construisions notre vie
sur le principe du développement durable :
nous devons bâtir non sur ce qui passe,
mais sur ce qui demeure pour toujours.

«Le ciel et la terre passeront, dit Jésus
mes paroles, elles, ne passeront pas
» (Mc 13,31).
Écoute, donc, et discerne ce qui peut raisonnablement servir de fondation à ta vie.


Écoute,
et commence par te demander qui tu dois écouter !

Il y a ceux qui n'écoutent que ce qui leur passe par la tête...
Ils estiment qu'ils savent par eux-mêmes ce qui est bon pour eux.
Ils construisent sur les grains de sable de leur propre sagesse.

Il y a ceux qui écoutent ce que dit le monde.
Mais le monde n'est pas stable : il change comme l'air du temps.
Ce qui est à la mode aujourd'hui sera périmé demain...

Pire encore : l'air du monde est souvent malsain ;
les mentalités de violence et de mort laisse en lui un air vicié.
Dans le monde, l'air du temps cherche à attiser les convoitises et exacerber les passions...

Notre Dieu nous fournit une source puissante d'air vivifiant :
C'est sa Parole !
Il a envoyé son Verbe éternel pour faire respirer aux hommes le souffle de sa Vie.

Le Verbe était avant le commencement du monde,
et jamais il ne passera :
Nous pouvons construire durablement sur la Parole de Dieu !

Le peuple d'Israël, à qui la Parole de Dieu a été adressée en premier,
a bien compris que celle-ci devait être son trésor le plus précieux.

Dans la première lecture, on comprend ce que signifie, pour le croyant d'Israël,
le fait d'attacher la Parole à ses poignets ou sur son front :
les commandements de Dieu doivent imprégner ses pensées et diriger ses actions.
Plus encore, il s'agit de mettre la Parole de Dieu dans son cœur,
là où l'homme décide de ses choix, de ses engagements, de son amour.

Si nous nous contentons de respirer l'air ambiant du monde,
nous serons façonnés à l'image du monde, de ses idées, des courants qui le traversent.

Le moyen qui nous est donné pour respirer l'air vivifiant des espaces éternels,
c'est d'aller puiser à la Parole de Dieu.
Lorsque nous méditons les Écritures, et tout spécialement le Nouveau Testament,
la Parole de Dieu restaure nos capacités spirituelles.
Nous découvrons alors que grandit en nous la capacité de relation avec Dieu :
la prière, la sensibilité au souffle de l'Esprit Saint,
la force pour agir selon ses commandements.

Au commencement, Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26) ;
la Parole de Dieu développe ce germe de vie divine en nous,
elle fait croître cette ressemblance jusqu'à ce que nous ressemblions au Christ lui-même.

La véritable écoute de la Parole de Jésus,
c'est en effet recevoir Jésus tout entier,
dans son incarnation, ses enseignements, sa croix, sa résurrection...
La Parole totale et indivisible nous est donnée pour illuminer notre vie :
il faut la prendre tout entière !

Quand la Parole de Dieu nous dérange,
accueillons-là encore avec confiance :
notre cœur a aussi besoin d'être éclairé sur sa misère, bousculé dans ses enfermements,
et même brûlé et brisé dans son péché et sa dureté.
 

Écoute, mais aussi agis !
La Parole de Dieu nous est donnée pour que nous fassions coïncider notre vie avec elle.

Il y a ceux qui n'agissent pas ;
ils sont découragés avant d'avoir commencé ;
ils ne veulent pas croire que Dieu rend capable de réaliser ce que lui-même demande.

Il y a ceux qui agissent à outrance ;
ils font, et font encore, sans jamais s'arrêter, de peur de se retrouver face à la réalité.
Ils ne peuvent pas faire confiance à un autre qu'eux-mêmes.
 

Jésus, lui, nous apprend à agir pour faire la volonté de son Père.
C'est ce que nous dit Saint Paul dans la deuxième lecture.
Faire la volonté du Père consiste à mettre notre foi en Jésus-Christ.
«L'homme devient juste par la foi», dit Paul.

Mettre sa foi en Jésus-Christ, c'est prendre l'évangile au sérieux,
et passer sa vie au crible de sa Parole.
C'est se reconnaître pécheur, mais sans s'en affliger,
puisque Jésus est venu justement pour les pécheurs (Lc 5,32).
C'est ensuite engager toute sa volonté pour approcher le Christ,
pour accueillir le pardon et la grâce qui nous sauvent.

Faire la volonté du Père, c'est changer de référentiel :
ne plus vivre pour soi, mais pour le Christ.

On pourrait croire qu'on va y perdre sa liberté...
il n'en est rien !
C'est même tout le contraire.
Car sans Jésus, nous sommes dominés par le péché,
et incapables d'agir autrement que pour satisfaire nos désirs immédiats ;
désormais, le pardon et la grâce nous libèrent pour un agir vraiment gratuit.
Jésus peut nous dire : «Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement» (Mt 10,8).

L'homme qui écoute ce que dit Jésus et le met en pratique,
«il est comparable à un homme qui a bâti sur le roc».
Ses fondations ne sont pas de ce monde,
elles plongent jusque dans le sein de Dieu.

Quand vient la tempête, et aucune vie n'en est épargnée,
quand les puissances de ce monde se déchaînent contre sa vie,
cet homme reste stable,
parce qu'il est planté sur le Christ lui-même,
lui qui intercède pour nous auprès du Père (cf. He 7,25).

Cet homme «ne se fatigue ni ne se lasse» (Is 40,28),
sa force n'est pas fluctuante, elle n'est pas force d'homme :
il est intérieurement animé,conduit et fortifié par le Saint-Esprit
que le Christ nous promet quand nous sommes à Lui.

La vie d'un tel homme n'est pas stérile ;
elle porte un fruit qui demeure :
«Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, dit Jésus,
celui-là portera du fruit en abondance ;
car en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire» (Jn 15,5).


Écoute et agis !
En recherchant à faire la volonté du Christ,
en le laissant scruter notre cœur et l'émonder par sa Parole,
le chrétien est poussé à agir : l'évangile le presse.
Chacun de nous est attendu pour travailler à l'œuvre du Royaume.

Qu'il est urgent que les chrétiens soient bien plantés sur le Christ,
et libérés du souci de ce qui passe, de ce qui ne peut durer.

Le développement durable, tout le monde y croit,
mais bien peu le mettent en œuvre.
Parce qu'il ne suffit pas de plaquer quelques aménagements :
un panneau solaire par ci, une voiture électrique par là...
la seule démarche valable oblige à repenser toutes les activités
jusqu'en leurs principes et fondements.

Il en est ainsi pour nous, si nous voulons vraiment bâtir notre vie durablement.
Si nous nous contentons de quelques exercices de piété superficiels,
nous nous entendrons dire par Jésus au dernier jour :
«Je ne vous ai jamais connus.
Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal !»

Pour que notre vie tienne ferme face aux épreuves de la vie,
et plus encore qu'elle puisse traverser la tempête de notre passage par la mort,
elle doit être construite sur le roc de Celui qui est la vie véritable,
de Celui qui est l'Amour véritable !

Le temps de carême qui vient peut être le moment favorable
pour s'arrêter un peu, pour s'asseoir avant de poser les fondations (cf. Lc 14, 28-33)
pour écouter la Parole de Dieu,
et pour agir en vue du Royaume de Dieu.

 

Méditer la Parole

6 mars 2011

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Deutéronome 11,18...32

Romains 3, 1...28

Matthieu 7,21-27

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