9e semaine du Temps Ordinaire - A

Ne reconstruis pas sur du sable !

Lors de notre dernier pèlerinage en Terre Sainte, l'an dernier,
nous avons décidé de quitter la route,
la route passante et bruyante
pour monter en pleine aridité du désert,
par un sentier escarpé
pour aller découvrir la source d'Ein Guedi.

Dans le milieu du désert, au bord de la mer Morte
c’était un spectacle inoubliable et rafraîchissant.
La joie nous envahissait
devant cette luxuriante verdure et cette beauté.

Voilà bien ce à quoi nous invite
saint Paul dans son Épître aux Romains:
«Dieu a exposé le Christ sur la Croix,
écrit l'Apôtre,
afin que par l’offrande de son Sang
soit donné le pardon
à ceux qui croient en Lui
» (cf. Rm 3,25).

N'est-ce pas une invitation à aller puiser la vie,
le pardon, la joie dans la Pâques de Jésus?

C'est le Père qui a exposé son Fils,
qui nous le donne !
Pensons à la fresque de Masaccio
dans l’église Santa Maria Novella de Florence.
On y voit le Père qui porte son Fils et nous l’offre.

Paul emploie dans ce texte l’image du propitiatoire
qui était un objet cultuel du Temple de Jérusalem
qui servait pour l’expiation des péchés.
Mais, ce n’est plus nous qui expions notre péché :
c’est Jésus.
Nous portons les conséquences du péché,
mais le venin mortel du péché,
c'est Jésus qui le prend...
Paul, juste avant, dans sa lettre aux Romains, nous disait :
«Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu» (3,23).
Mais Dieu leur donne d’être des justes par sa seule grâce
en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus (cf. 3,24).

Que veut dire au juste le mot «rédemption» ?
Cela signifie «rachat», libération.
Disons, comme exemple, que tu as fait faillite
et que tu as accumulé une dette énorme.
Tu deviens comme l’esclave des banques et de la justice.
Et puis quelqu’un vient et paye ta dette, toute ta dette !
Mais ça te semble tellement impossible que tu n’y crois pas !
C'est cela la rédemption !

La foi, c’est croire à une nouvelle extraordinaire,
à quelque chose d’impossible pour les humains.

Nous sommes entourés de prouesses technologiques fascinantes.
Mais là c’est une prouesse dans l’amour, dans la relation
qui ne concerne pas des choses,
mais nous, notre vie, notre mort.

Paul nous invite à retrouver aujourd'hui
la vie, la force, la joie de la rédemption.

Or, cette vie, elle n’est pas au bout d’efforts incroyables,
elle «nous a déjà été transmise le jour de notre baptême» .

Qu’est-ce qui s’est passé le jour de notre baptême ?
Ce jour-là s’est réalisée une communion toute particulière
avec le Fils de Dieu.

Souvenez-vous du baptême de Sylvie Nouria
lors des Vigiles de Pâques l’an dernier.
Ce jour-là, au profond de l’âme de Sylvie,
au profond de ce qu’il y a en nous tous de plus vrai, de plus réel,
il y a eu une irruption d’amour,
un échange d’amour incroyable
entre l’âme de Sylvie et Jésus le Seigneur.

Et pour la majorité d’entre nous
qui n’avons pas été baptisé adultes,
ne le regrettons pas,
ne regrettons pas avoir été baptisé bébé
– pour moi à 12 jours ! –
parce que ce fait «nous indique clairement
que le Baptême est un don de Dieu.
Nul ne mérite la vie éternelle par ses propres forces.
La miséricorde de Dieu
est communiquée à l’homme gratuitement».

Mais que nous ayons reçu le baptême à 12 jours
ou à l’âge de Sylvie, peu importe
parce que «le baptême n’est pas un rite du passé».
Il est «la rencontre avec le Christ
qui donne forme à notre existence toute entière».
Il «nous transmet la vie divine
et nous appelle à une conversion sincère
».
Dans quel but ?
Pour «parvenir à la stature adulte du Christ»,
c'est-à-dire un homme, une femme debout
qui est capable de décision
et qui décide de vivre de Dieu
de vivre de ce qui est vrai, de ce qui est bon.
Prenons l’image de Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui :
un homme, une femme dont la vie n’est pas construite sur du sable,
mais sur le roc.

Avec le temps, les événements, la fatigue,
il arrive souvent que la maison de notre vie s’affaisse ou s’écroule.
Nous perdons le goût de Dieu,
nous nous laissons embarquer par les faiblesses de notre nature.

Qu’est-ce qui se passe souvent ?
Nous nous ressaisissons et c’est bien...
et nous reconstruisons vite, vite, pour être correct !
Mais nous reconstruisons encore sur du sable,
sur le même sable qui a causé nos chutes…

Nous avons besoin de creuser plus profond,
de retrouver le roc,
de retrouver cette grâce du baptême
qui a la solidité du roc
et la fécondité d’une source !
Nous avons besoin de temps pour cela.

Regardez les travaux des maisons du Plateau
qui ont des problèmes de stabilité.
Pour que ça tienne, il faut creuser profond
et ce sont des chantiers qui ne durent jamais 48 heures !
Il faut du temps !

Frères et sœurs, c'est cela la grâce du Carême !
Le Carême, c’est le temps dont nous avons besoin
pour retrouver le roc
pour retrouver la source.

Dans son message pour le Carême, le Saint Père nous dit
que «c’est une période favorable
pour expérimenter la grâce qui sauve
».
Ce n’est pas un temps pour être triste,
la tête basse, tout plein de culpabilité !
Non !
Le Carême est un moment favorable
pour nous reconnecter sur l’essentiel,
pour redécouvrir la force de vie nouvelle qui est en nous.

C’est étonnant – et je vous souhaite d’en faire l’expérience –
pendant le Carême on est comme plus proche de la vie.
On sent la vie : la beauté du Carême peut se comparer
à la beauté d’une femme enceinte qui porte la vie.
La vie se fait très proche,
la vie que nous désirons au plus profond de notre âme.

Écoutez Benoît XVI : Que fait l’Église pendant le Carême ?
Elle «intensifie son chemin de purification dans l’esprit
par une prière assidue et une charité active
afin de puiser avec plus d’abondance
dans le mystère de la Rédemption,
la Vie Nouvelle qui est dans le Christ Seigneur
».

C’est cela la grâce du Carême : retrouver la vie.

Frères et sœurs, un homme, une femme de 20, 30 40 80 ou 90 ans
peut-il naître de nouveau ?

Est-ce que un homme, une femme de 20, 30 40 80 ou 90 ans
peut se convertir ?

Est-ce qu’une vie peut être transformée, transfigurée ?

Vous savez qui répond ?
C’est Dieu Lui-même !
Et il répond à chacun de nous : OUI !!

Et cette transformation elle ne vient pas seulement affecter
nos personnes comme des individus isolés.
Elle va transformer nos relations.
Elle va contribuer à la transformation de la société.

Mettons à profit ces trois jours qui viennent simplement
pour nous mettre en état de disponibilité intérieure.

Oui, Seigneur, je crois que tu peux beaucoup,
tu peux tout en moi.

Prenez le temps de vous arrêter,
de percevoir le désir de vivre qui est en vous
et de choisir de vivre le Carême intensément
pour vous, pour nous, pour le monde.
 

Méditer la Parole

6 mars 2011

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Deutéronome 11,18.26-28.32

Psaume 30

Romains 3,21-25.28

Matthieu 7,21-27

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