Dimanche de la Passion – A

Passion révélatrice

Pourquoi la chrétienté tout entière
revient-elle chaque année, comme l’Écriture l’a prophétisé,
contempler le Transpercé (Jn 19,37) ?
On croyait tout connaître de cette montée de Jésus vers la croix ;
et l'on y redécouvre sans cesse quelque lumière nouvelle.

Quelle mort que cette mort !
L'exécution la plus horrible devient l'acte le plus saint.
La marque de la haine poussée au paroxysme
reste la plus belle preuve d'amour que le monde ait pu voir (15,13).
L'agonie la plus douloureuse
se mue en offrande la mieux consentie.
Ô mort de Jésus Christ !
Provoquée par tous, elle n'est revendiquée par personne.
Subie jusqu'à la tristesse et l'angoisse (Mt 26,37),
elle est paisiblement voulue pour le triomphe de la gloire (Jn 12,27-28).
Elle comptait renverser le Prince de la Vie, comme dit l’apôtre Pierre (Ac 3,15),
et c'est le Prince des ténèbres qui est maintenant jeté bas (12,32).

Quelle mort que cette mort qui met à mort la mort !
Elle sauve ce qui était perdu.
Elle relève ce qui était renversé.
Et, finalement, au lieu de tout plonger dans la nuit définitive,
elle nous dévoile toutes choses nouvelles dans la lumière.

Une double lumière.
Une lumière qui nous révèle l'homme,
à travers cette mort divine.
Et une lumière qui nous révèle Dieu,
à travers notre mort humaine.


Lumière sur l’homme tout d’abord.
Pour connaître toute la profondeur du mystère de l'homme,
il nous a donc fallu aller jusqu'à provoquer la mort du Fils de Dieu ?
Depuis le premier Adam en effet,
le chemin conduisant à la maison du Père
était devenu impraticable et introuvable (Jn 14,2-5).
Aucun de ces fils d'Adam que nous sommes
ne pouvait en découvrir l'issue.
Qu'est-ce que cette vie, en effet, si elle n'est que mortelle ?
Et à quoi bon le ciel, si nul ne sait comment y aller ?

Alors, Jésus, lui, est venu.
Ou, plus exactement, il est descendu (Ep 4,9).
L'ancien Adam voulait s'élever tout seul et toujours plus haut.
Le Christ Nouvel Adam est descendu, vers tous, toujours plus bas (1 Co 15,45-49).
Le premier Adam se voulait plus qu'image et ressemblance de Dieu (Gn 3,5).
Il voulait être comme Dieu, sans Dieu (Gn 3,5).
Jésus, lui, n'a pas retenu le rang qui l'égalait à Dieu ;
il est allé jusqu'à se faire en tout semblable à nous.
Il s'est dépouillé, abaissé, vidé
jusqu'à cette réalité sans nom que, faute de nom,
l'Écriture appelle sa kénôse, c'est-à-dire son presque anéantissement (Ph 2,6-9).
Ainsi le créateur du monde est-il devenu le premier-né de toute créature ;
et le Rédempteur de tout l'homme, le premier-né d'entre les morts (Col 1,15-18).

Quel mystère d'amour lumineux jailli de la nuit du Calvaire !
Non content de vivre parmi nous, tout comme un homme,
Lui, le Seigneur, il s'est fait serviteur.
Lui, le Maître, il s'est laissé livrer comme le dernier esclave.
Resplendissement de gloire, il a connu l'ignominie.
Source de toute bénédiction,
il est devenu lui-même malédiction pour nous (Ga 3,13).
Et parce que nous étions tous prisonniers de la mort,
pour nous, frères et soeurs, il s'est offert lui-même à la mort (Rm 5,12-21).
Afin de la remplir de Vie !

Quelle lumière donc sur l'homme de la terre
que cette mort de l'Envoyé du ciel !
Nous ne pouvons plus en douter à présent :
Que n'aurait-il pas fait pour nous sauver ?
Nous sommes encore plus précieux aux yeux de Dieu
que tout ce que nous pouvions imaginer.
Car ce n'est pas payer un moindre prix que de livrer de la sorte
une vie divine pour le salut de nos âmes !

Non, Dieu ne pouvait plus tolérer de nous voir ainsi
peiner, souffrir et mourir.
Alors, de lui-même, il nous a rejoints
au rude chemin de nos épreuves et de nos souffrances
et jusque dans le drame de notre mort d'ici-bas.
Il m’a aimé et s’est livré pour moi ! (Ga 2,20).
Voilà le mystère de notre grandeur humaine
révélé dans l'abaissement volontaire de notre grand Dieu et sauveur Jésus Christ (Tt 2,13).

Ce n'est qu'à travers la contemplation
de ce drame sublime de la croix
que nous pouvons comprendre enfin
ce qu'est l'amour de Dieu pour nous les hommes ;
et donc, ce que nous sommes, au plus profond ;
c'est-à-dire, littéralement, ses propres enfants (1 Jn 3,1 ; Ep 1,5).
Les bien-aimés du Père !


Lumière sur Dieu, ensuite.
Si, en effet, la mort de Dieu pour nous nous a révélé
notre vrai visage d'homme,
cette mort, un jour,
cette mort qu'il nous reste encore à vivre, frères et soeurs,
nous révélera également le vrai visage de notre Dieu.
Alors seulement nous le verrons tel qu'il est (1 Jn 3,3).
Depuis la Passion rédemptrice du Christ au Calvaire,
nous savons que notre mort à venir ne sera pas notre fin ultime,
mais notre vrai commencement.
Elle n'est plus un trou noir, mais un porche de lumière.
La simple disparition de notre extériorité corporelle,
pour nous permettre de devenir enfin pleinement participants de la vie divine (2 P 1,4).
Quel retournement que cette mort de la terre
qui devient droit d’entrée dans le ciel !

Cette fin reste encore bien sûr une épreuve et une chute.
Mais une épreuve purificatrice
et une chute entre les bras de Dieu.
«Ce n'est pas la mort qui viendra me chercher,
avoue Thérèse de Lisieux, c'est le bon Dieu !»
Et Thérèse d'Avila, pour sa part, n'hésite pas à dire :
«Ô mort, je ne sais comment on peut te redouter
puisque c'est toi qui es la vie !
»

N'est-il pas écrit que l'on ne peut voir Dieu sans mourir ?
Comment dès lors ne pas accepter de mourir ?
Non pas à la vie, mais au vieil homme, puisqu'il tombe en ruine ;
au vieux monde, puisque sa figure passe (1 Co 7,31 ; 2 Co 4,16) ;
et au péché qui empêche de voir, d'aimer et de s'épanouir.
À un Dieu qui m'a aimé par le don de toute sa vie,
voici que je puis répondre à présent
par l'offrande de toute la mienne !
Ce n'est pas de la nécessité de mourir
que le Christ nous a délivrés en effet.
Mais du drame de mourir seul ;
de mourir sans espérance ;
de mourir inutilement.
En faisant de notre mort une offrande de pur amour !

En l’assumant librement,
Jésus l'a transformée, transfigurée,
pour en faire une pâque printanière.
Dès lors, on ne meurt plus pour rien ! On meurt pour Tout posséder.
On ne perd qu’une existence mortelle ;
mais pour entrer en possession d’une Vie éternelle !

Je suis la Résurrection et la Vie.
Si quelqu'un vit et croit en moi, il vivra.
Quelle promesse, ô Christ !
Si quelqu'un vit et croit en moi, il ne mourra jamais.
Quelle espérance, Seigneur ! (Jn 11,25-26)


La mort peut donc venir.
À l'heure où Dieu le permettra.
Si nous vivons avec amour, dans l’espérance et la foi,
chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus
de ce que Jésus appelle si magnifiquement : le Royaume des cieux.
Oui, depuis la victoire du Christ sur la croix,
l'éternité promise est déjà commencée.
 

Méditer la Parole

17 avril 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isaïe 50,4-7

Philippiens 2,6-11

Matthieu 26,14- 27,66

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