Vigile pascale - A

Je fais toute chose nouvelle !

Au cours de cette veillée pascale, la lumière fait irruption au milieu de la nuit,
la vie jaillit dans le lieu de la mort.

La mort de Jésus s'était accompagnée d'un tremblement de terre
et la nuit était tombée en plein midi.

Ici, alors que Marie-Madeleine et l'autre Marie se rendent au tombeau,
un grand tremblement de terre encore.
Et dans les premières lueurs du jour qui pointent à peine,
l'ange du Seigneur descend du ciel sous l'aspect resplendissant de l'éclair
pour rouler la pierre du tombeau et faire éclater la vie.

Frères et sœurs, la nuit et la lumière, la mort et la vie,
ne sont pas des figures abstraites, étrangères au cours de notre monde,
ni cet évangile un récit déconnecté de notre vie.

Ce que nous fêtons ce soir est bien réel et profond,
bien plus que toutes ces choses
qui ne cessent de nous préoccuper et d'accaparer nos forces.
Il s'agit du basculement d'un monde ancien et moribond
vers la Création nouvelle inaugurée dans le Christ.

Quand l'ange annonce la Résurrection aux femmes,
il doit les faire passer de l'ancien au nouveau.
«Venez voir l'endroit où il reposait», dit l'ange.
Jésus n'est plus ici, dans ce monde où il a habité parmi nous.
Désormais, il laisse une «place vide».

Ce Jésus qui était entré avec un tel relief dans l'histoire du monde
n'est plus saisissable au sein de cette histoire.

L'histoire du monde s'arrête en quelque sorte à ce tombeau vide,
elle est close, désormais,
et le Christ y a pratiqué une brèche qui ne se fermera plus.

Jésus n'est plus visible, tangible, localisable dans l'espace et le temps :
il faut renoncer à ce type de relation pour le rencontrer.
Maintenant, la place est vide !

Une autre réalité est accordée aux femmes, et qui remplit ce vide,
c'est la joie !
D'abord la joie de transmettre aux disciples le message de la Résurrection.
Puis une joie qui s'approfondit encore,
lorsque le Seigneur lui-même leur apparaît et qu'il les salue.

Les apparitions de Jésus ressuscité ne peuvent être saisies
que dans le lieu intérieur de la «place vide».
Car le Royaume de la Création nouvelle est au-dedans de nous !

On retrouve cette intimité dans laquelle Jésus avait fait entrer ses disciples
au soir du dernier repas, le Jeudi Saint.
Alors qu'il lavait les pieds de ses disciples, il avait dit à Pierre :
«Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard, tu comprendras».

Maintenant que Jésus est descendu au plus bas,
qu'il s'est abaissé plus bas que nos pieds, au-delà de la mort,
Pierre et les disciples saisissent la profondeur de l'amour du Seigneur :
il les a servi jusqu'à prendre sur lui toutes les ténèbres de leurs vies.

Maintenant que Jésus a été relevé de son abaissement ultime,
que, malgré le poids de nos péchés dont il s'est chargé,
Dieu l'a ressuscité dans sa gloire,
ils comprennent que cette mort est un passage
pour accéder à la Vie en plénitude.

Et nous, comprenons-nous cela ?

Non seulement nos morts et nos ténèbres ne sont plus un gouffre sans fond
où nous ne pourrions que nous perdre,
mais désormais, si nous demeurons en communion avec le Christ,
c'est à travers ces morts et ces ténèbres que nous entrons dans la Création nouvelle.

L'erreur serait de croire que, puisque le Christ nous en libère,
la mort et le péché nous sont épargnés.
Non, ils ne nous sont pas épargnés ;
Peut-être même avons-nous à les vivre avec encore plus d'acuité.

Mais n'ayons plus peur : la mort n'est plus mortelle,
la ténèbre n'est plus ténèbre avec le Seigneur,
le péché, aussi monstrueux soit-il, peut devenir source de la Vie nouvelle.

«Nous le savons, dit saint Paul,
l'homme ancien, qui est en nous, a été fixé à la croix avec le Christ,
pour que cet être de péché soit réduit à l'impuissance


Il n'y a plus à avoir peur des horreurs et des scandales de notre monde de ténèbres.
Elles sont omniprésentes autour de nous, ces ténèbres du péché :
guerres, abus de pouvoir sordides, accaparement des richesses,
racisme, exclusion des pauvres et des malades,
rejet de la vie par l'avortement ou la manipulation génétique,
égoïsmes malsains...
Que nous le voulions ou non, nous sommes solidaires de ce monde abîmé,
nous le portons sur nous, en nous.

Devant tout cela, point n'est besoin de fuir,
mais de faire la place vide en nous pour accueillir la joie du Ressuscité.
Puis d'aimer et de servir en s'appuyant sur son amour.

«Soyez sans crainte, dit Jésus aux femmes ;
allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée :
c'est là qu'ils me verront


En Galilée, c'est-à-dire dans le quotidien de la vie des apôtres,
là où tout a commencé, dans l'ordinaire de leur profession et de leur vie de famille.
C'est là, désormais, qu'ils le verront,
là que la vie nouvelle doit commencer : dans ce qui est sans apparence.
La vie nouvelle est dans ce «vide» qui a été creusé par la mort du Christ,
et d'où jaillit une force nouvelle pour aimer et pour répandre le feu de l'Esprit Saint.

Que la joie de la Résurrection, ce soir, déchire en nous le voile de nos vies
pour que s'illuminent, aux yeux de notre cœur,
les premières lueurs d'un jour radicalement nouveau.

Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le huitième jour !
Et ce jour n'aura pas de fin.

«Désormais, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature.
Le monde ancien est passé,
un monde nouveau est déjà né !
» (2 Co 5, 17)
 

Méditer la Parole

23 avril 2011

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Matthieu 28,1-10

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