Solennité de la Résurrection du Seigneur

Ressusciter, c’est changer de lieu

Le grand sabbat pascal est terminé
en ce premier jour de la semaine.
Marie-Madeleine peut se rendre au tombeau
dans lequel Jésus a été déposé il y a deux jours,
au soir de sa crucifixion.
Elle vient avec des aromates
pour embaumer le corps du Seigneur.
Et soudain, c’est l’effroi :
la pierre du tombeau a été roulée.
Le corps de Jésus n’est plus là.
Les quatre évangélistes sont unanimes :
Jésus n’est plus dans son tombeau
en ce troisième jour de sa mort.
Mais où est donc le corps de Jésus ?
Pour Marie-Madeleine, l’explication est simple :
«On a enlevé le Seigneur de son tombeau.»
Le tombeau a été profané
et le corps du défunt subtilisé.
«Nous ne savons pas où on l’a mis.»
Cette explication est plausible
mais si nous nous arrêtons là,
quel message avons-nous à annoncer au monde
en ce matin de Pâques ?
Si nous n’avons qu’à dire :
«Le Christ a disparu», vaine est notre espérance.
Or, cette nuit, l’évangéliste Matthieu
nous a donné, par la bouche de l’ange,
la clé qui nous permet d’aller plus loin,
de dépasser nos explications trop humaines :
«Il n’est pas ici, dit l’ange,
Il est ressuscité
» (Mt 28,6).
L’ange n’a pas dit : «Il n’est pas ici,
il a disparu» mais bien «il est ressuscité».
Le tombeau est vide
car Jésus est ressuscité.
Voilà la véritable explication.

Mais alors qu’est-ce donc que la résurrection ?
C’est plus qu’une simple disparition.
Ressusciter, c’est changer de lieu.
«Il n’est pas ici», dit l’ange, toujours chez saint Matthieu,
parce qu’«il vous précède en Galilée :
là, vous le verrez !» (Mt 28,7).
Notre compréhension du mystère
de la résurrection s’éclaire peu à peu.
Jésus a disparu pour réapparaître dans un autre lieu :
voilà le sens de ce mot «ressusciter».
Un mot tout neuf, un mot qu’il faut apprivoiser,
un mot qui doit encore s’approfondir.
Une image, qui vaut ce qu’elle vaut, peut nous y aider :
Quand on ressuscite, on déménage !
On change de lieu.
Et pour voir le Ressuscité, il faut donc
aussi changer de lieu.
Exactement ce que n’a pas fait Pierre.
Il a couru au tombeau et n’a vu que le linceul.
Lui, il ne l’a pas vu.

Jésus a donc changé de lieu
et il nous est dit qu’il est en Galilée.
Or qu’est-ce donc que la Galilée ?
C’est le lieu de vie de Pierre et André,
de Jacques et Jean, ces pécheurs du bord du lac.
C’est le lieu où ils ont rencontré Jésus
et ont décidé de tout quitter pour le suivre.
Quand Jésus ressuscite,
il se rend donc au lieu de notre appel premier,
aux lieux de nos rencontres avec lui.
Aller à la rencontre du Ressuscité
en ce premier jour de la semaine,
c’est laisser le lieu où nous sommes aujourd’hui
pour nous rendre au lieu de notre appel,
en ces lieux-source qui sont fondements
de notre vie en Christ.
Ces lieux où Jésus nous dit : «Suis-moi».
Oui, Jésus a disparu du tombeau,
de la mort de nos existences,
pour se rendre aux lieux de vie de notre histoire,
aux lieux-source de notre alliance avec lui.
En ce matin de Pâques,
faisons mémoire de ces lieux-source :
le jour de notre baptême,
le jour où les fiancés se sont dit «oui» pour toujours,
le jour où on a pu renoncer pour être riche de Jésus,
le jour où sa parole nous a comblés,
le jour où nous avons été relevés, guéris …
C’est-là que nous verrons Jésus ressuscité !


L’Apôtre Paul nous précise un peu plus
le lieu où se tient le Christ en sa Résurrection.
«Recherchez les réalités d’en haut,
c’est là qu’est le Christ.
» (Col 3,1)
Jésus ressuscite en passant des réalités
d’en bas vers les réalités d’en-haut.
Il n’est donc plus ici dans les réalités de la terre.
Et la mort fait partie des réalités de la terre.
Jésus est dans les réalités d’en-haut,
dans tout ce qui est relié à Dieu,
dans tout ce qui est éternel.
Jésus ressuscite en quittant ce monde qui passe
pour rejoindre le monde nouveau
où la chair est totalement sauvée par l’esprit.
Oui, Jésus a disparu du tombeau
où la chair redevient poussière
pour être en Dieu
où la chair est glorifiée, spiritualisée.
Jésus ressuscite en quittant la mort pour aller à la vie.
La résurrection, c’est un engendrement de vie.

Alors que maintenant nous comprenons mieux
_ je l’espère ! _ ce que signifie
que le Christ est ressuscité,
il nous faut nous demander ce que veut dire
cette parole de l’apôtre Paul :
«Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ» (Col 3,1).
Notre baptême nous a faits ressusciter avec le Christ.
Nous avons changé de lieu …
nous avons choisi de déménager avec le Christ !
Vivre en ressuscités,
c’est vivre un déplacement continuel dans notre vie.
Je traverse une difficulté, je perds confiance,
l’épreuve m’écrase …
Vivre en ressuscités, c’est déposer cet événement
dans la résurrection du Christ :
«Seigneur ressuscité, je crois que tu es vivant,
que tu as vaincu la mort, le mal, la maladie».
Je déplace mon regard apeuré par la réalité d’en bas
vers la réalité d’en haut, celle de la foi,
celle de la puissance du Christ
plus forte que la mort.
Cela ne veut pas dire que je me désintéresse
des réalités de la terre.
Jésus les a assumées mais il a vécu sur la terre
pour que nous y vivions comme au ciel.
Vivre en ressuscité, c’est vivre les réalités de la terre
en tendant vers la résurrection en toute circonstance,
c’est vivre en mouvement, tendus vers le ciel.
Une prière, le pain de l’eucharistie,
la Parole de Dieu, un acte de charité
sont autant de moyens d’actualiser
la résurrection dans notre vie,
de changer de lieu,
de retrouver ce lieu-source
de notre intimité première avec le Seigneur,
de faire l’expérience de sa vie
qui irrigue notre vie.
C’est là que nous verrons le Christ ressuscité.
C’est là que notre foi sera fortifiée,
que notre espérance sera renouvelée,
que notre amour sera vivifié
par cette présence aimante et ressuscitante.

«Quand paraîtra le Christ, votre vie, conclut Paul,
alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui
en pleine gloire
» (Col 3,4).
Dans notre Galilée intérieure,
verdoyante de la vie de Dieu,
le Christ ressuscité paraît.
Et sa gloire nous est donnée.
Avec lui, nous sommes glorifiés.
Frères et sœurs, n’attendons pas notre mort
pour être glorifiés.
Que sa gloire éclate en nos vies
en nous abreuvant chaque jour
à ce lieu de vie ressuscitante qui est en nous.
Si nous savions le don de Dieu ! (cf. Jn 4,10).
Il y a en nous une source spirituelle
jaillissant en vie éternelle.
Puisons à cette source et nous serons transformés,
ancrés sur la résurrection du Christ
et pleinement ressuscités avec lui.
Amen ! Alléluia !
 

Méditer la Parole

24 avril 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Actes 10,34-43

Psaume 117

Colossiens 3,1-4

Jean 20,1-9

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