2e semaine de Pâques – A

Unis par la miséricorde du Père

Saint Pierre, dans la deuxième lecture, nous donne le ton de ce dimanche :
«Béni soit Dieu le Père, dans sa grande miséricorde,
il nous a fait renaître grâce à la Résurrection de Jésus-Christ
pour une vivante espérance».

Et cette grande miséricorde du Père,
nous la retrouvons dans la première partie de l'évangile de ce jour.
Alors que les disciples avaient verrouillé les portes car ils avaient peur,
Jésus vient, il est là au milieu d'eux,
et il leur donne sa paix.

Au contact du Ressuscité,
au contact de ses plaies de crucifié transfigurées par la gloire de Dieu,
les disciples reçoivent l'Esprit Saint,
ils reçoivent la paix en eux,
une paix désormais ancrée au fondement de leur être,
de leur corps comme de leur esprit.

Non seulement ils n'ont plus peur,
mais encore, ils sont remplis de joie !
Cette joie jubilante qui est le signe le plus sûr de la présence de Dieu.

Voilà le fruit merveilleux de la miséricorde divine :
la joie et la paix !
La foi des disciples avait vacillé dans les épreuves,
dans cette épreuve terrible qu'est la croix.
Jésus ressuscité leur apporte maintenant l'immense miséricorde du Père
qui lave leur défaillance dans la puissance divine de la Résurrection.

Il en est toujours ainsi pour nous, jusqu'à la fin des temps :
les défaillances de notre foi et de notre espérance nous font tomber.
Mais le Ressuscité, sans cesse, vient chasser notre peur et nous relever.
À la place de nos peurs et de nos angoisses,
il donne sa paix et son Esprit.
Il met la joie profonde que personne ne peut nous ravir.

Les premiers mots du bienheureux pape Jean-Paul II, au début de son pontificat,
avaient consisté en ce cœur de la Bonne Nouvelle :
«N'ayez pas peur !».

Il ne s'agit pas d'une parole faite pour rassurer ou pour calmer quelqu'un d'anxieux,
c'est une invitation à plonger au centre de notre foi chrétienne,
la foi en la puissance de vie de la Résurrection.

Bien des années après, Jean-Paul II a souhaité
que ce 2e dimanche de Pâques soit le dimanche de la miséricorde divine.
Miséricorde qui s'exprime ultimement dans cette rencontre du Ressuscité avec les siens :
Jésus vient, et il est là au milieu d'eux.
Il est là au milieu du groupe des disciples,
il est là au milieu de la vie de chacun d'eux.
Il devient le centre vital de leur vie, leur paix et leur joie,
et désormais, le Ressuscité plus jamais ne les quittera ; ils n'ont plus rien à craindre !

Désormais, ils peuvent eux-mêmes devenir les témoins de la miséricorde,
ce qu'ils ont reçu, ils doivent le donner, ils sont envoyés pour cela :
«De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie.
Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis».

Or l'un des Douze, Thomas, n'était pas avec eux.
Quelle grâce, pour nous, que Thomas n'ait pas été avec eux !
Car ainsi, la miséricorde du Père va se manifester plus encore.

D'abord, nous voyons d'emblée le contraste entre Thomas et les autres
au moment où ils se retrouvent :
Les uns sont fondés dans la foi : «Nous avons vu le Seigneur !»
L'autre est encore dans la souffrance et le désarroi.

Les uns ont été touchés par le Christ relevé d'entre les morts,
l'autre est encore lié à la mort par les clous,
il n'a pas été encore sorti de la chape ténébreuse du tombeau.

N'aie pas peur, Thomas :
pour toi aussi, Jésus vient avec la puissance de la Résurrection !
À toi aussi, il veut donner la paix et la joie.

Huit jours plus tard,
huit longs jours de non-sens, d'incompréhension et de souffrance.
Ils sont pourtant restés ensemble, ces apôtres.
Ils sont de nouveau dans la maison avec les portes verrouillées.
Ne fallait-il pas que Jésus revienne, non pas seulement pour Thomas,
mais en fait pour tous les disciples ?
Il leur dit : «La paix soit avec vous !»
Puis il dit à Thomas : «Avance...».

Ce n'est pas Thomas qui touche Jésus,
c'est Jésus qui pose ses mains transpercées sur le disciple,
qui le prend sur son côté ouvert.
Jésus vient, il est vivant de la Vie divine,
et il nous touche.


Ah, Thomas, il fallait que tu ne sois pas là la première fois,
car il fallait que Jésus revienne et qu'il nous touche !
Il n'y a pas besoin de voir pour croire,
mais il nous faut ce contact avec le Vivant,
il faut que ses mains transpercées nous saisissent avec douceur et fermeté,
que nous reposions sur le côté ouvert de Jésus pour recevoir sa paix définitive.

Nous le comprenons bien, ce contact n'est pas d'abord physique,
il est tout intérieur, et plus réel encore !
D'un contact physique, il peut rester de la nostalgie.
De ce contact intérieur, il demeure une joie qui ne finit pas,
une paix qui continue à grandir,
une présence qui ne cesse de nous envahir.

La miséricorde du Seigneur à jamais, je la chanterai !

Nous pouvons terminer en reprenant le passage des Actes des Apôtres
dans la première lecture.
Car il nous montre un des aspect du mystère de l'Eglise.

En effet, si le contact avec le Ressuscité donne la paix et la joie,
il fonde en même temps la communauté.
L'unité de la communauté ne trouve pas sa source dans la joie commune,
mais dans la relation intime et vivifiante de chacun avec le même Seigneur Jésus.

En Jésus Vivant, tous ne forment qu'un seul corps.
Au nom de cette joyeuse présence du Christ,
ils mettaient tout en commun, ils priaient ensemble,
ils prenaient leurs repas dans l'allégresse et la simplicité,
et ils rompaient le pain de l'Eucharistie.

Voilà ce que produit la miséricorde :
elle fait d'une multitude de pécheurs un seul peuple,
une même communion en Jésus-Christ,
des frères et sœurs unis dans la joie et la paix
et envoyés dans le monde pour réconcilier tous les hommes avec Dieu.

Ne cherchons pas de réconciliation profonde entre les hommes
sans passer par le cœur transpercé de Jésus : ce serait vain.
C'est de notre propre réconciliation par la grâce de la Résurrection
que jaillit la paix pour le monde.
 

Méditer la Parole

1er mai 2011

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 2,42-47

1 Pierre 1,3-9

Jean 20,19-31

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