Ascension du Seigneur – A

Recherchez les réalités d'en haut

Si nous restons seulement au seuil de cette fête de l'Ascension,
il se pourrait qu'elle nous paraisse fade et désuète.
C'est ainsi de tous les mystères divins :
ils ne peuvent se goûter que de l'intérieur !

Pour entrer de plain-pied dans la fête,
prenons le temps de faire mémoire de la marche que le Seigneur nous a fait faire
dans les terres arides de notre condition terrestre.

Pendant quarante jours de carême et de repentir,
nous avons fait face à notre péché,
nous avons senti le poids de nos fautes ;
et cette marche laborieuse n'avait d'autre but que de nous libérer.

La marche du carême sans l'entrée dans la Pâques serait pure folie !
L'ascèse n'a qu'un seul but : la conversion.
La Passion est la porte d'entrée dans la vie nouvelle de la Résurrection.

Pourtant, pour les disciples, le matin de Pâques n'est pas un terminus !
Ils ne sont pas encore entrés dans le lieu du repos,
le pays ruisselant de lait et de miel promis au peuple hébreux.

Pâques commence par les bouleverser.
Ils goûtent déjà la joie,
mais ils leur faut encore du chemin pour y entrer pleinement.

Pendant quarante jours,
Jésus ressuscité va leur apparaître
pour leur parler du Royaume de Dieu,
pour les préparer à un autre passage.

Nous aussi, nous avons marché avec eux,
tout au long de ces quarante jours du temps pascal.
Quarante jours pour être enseignés sur l'Église,
à partir de la lecture des Actes des Apôtres.
 

Quarante jours pour être initiés aux «choses d'en haut» ;
car ainsi que nous le dit l'apôtre Paul :
«Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ,
recherchez les réalités d'en haut : c'est là qu'est désormais le Christ,
assis à la droite du Père.
Tendez vers les réalités d'en haut, et non pas vers celles de la terre
» (Col 3,1-2).

Le Fils de Dieu est venu parmi nous
non seulement pour que nous vivions de sa vie dans notre vie terrestre,
mais pour que nous vivions avec lui dans le Royaume céleste.

Il est allé nous préparer une demeure dans la maison de son Père (cf. Jn 14,2),
et c'est pour que nous y demeurions avec lui,
non pour que nous restions orphelins sur la terre.

Pourtant nous devons reconnaître avec franchise notre état actuel de pauvreté.
Jésus nous a promis qu'il était «avec nous tous les jours jusqu'à la fin du monde»,
mais ici-bas, nous sommes comme «des étrangers sur la terre»,
comme des pèlerins en marche vers une patrie qui n'est pas d'ici.

Jésus nous a promis un héritage,
cet héritage est dans les cieux, c'est là seulement qu'il nous faut le chercher,
c'est là que nous pouvons en prendre possession.
«Tendez vers les réalités d'en haut, et non pas vers celles de la terre.»

C'est le passage que nous devons faire aujourd'hui :
vivre d'en haut par le Christ,
fonder notre vie en Celui qui est assis à la droite du Père ;
ne pas délaisser la gloire de l'Ascension
pour convoiter encore de petites gloires terrestres incapables de nous donner la joie.

Ne craignons pas pour autant de devenir étrangers aux hommes nos frères.
S'il s'agit désormais de vivre des réalités du ciel dans le Christ,
nous savons bien que ces réalités sont faites de communion et de vie fraternelle.
Car le Christ est «tout en tous» (Col 3,1) ;
et la demeure qu'il nous prépare par l'Esprit Saint,
c'est la famille de Dieu (Ep 2,19), la communion des enfants de Dieu.

Cette demeure est construite sur le Christ,
et le ciment qui unit les pierres de construction,
c'est la charité.

C'est pourquoi le Seigneur veut nous envoyer le Saint Esprit :
pour nous unir les uns les autres en lui,
par-delà les races, les peuples et les conditions,
par-delà le temps et l'espace.

Tous les hommes ont vocation à être unis en Christ
pour former une même famille humaine,
une famille réunie dans la maison du Père.

Vivre des réalités d'en haut, ce n'est pas être retiré du monde,
c'est au contraire s'engager dans le monde par la charité,
en vue de l'héritage que nous avons dans les cieux.
Notre vie, désormais, n'a de sens qu'au regard de notre héritage céleste ;
tout le reste, je le considère comme des ordures, dit saint Paul !

Au moment où Jésus se sépare de ses disciples,
il leur donne ainsi la feuille de route de leur vie terrestre :
«Allez, de toutes les nations faites des disciples,...
et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés.
»
Allez, rassemblez la famille humaine en mon nom,
attirez tous les hommes à moi,
car la demeure que je vous prépare n'a qu'une seule table,
pour que tous les hommes partagent un seul banquet :
celui des noces de l'humanité avec son Créateur.

L'appel de Dieu nous introduit dans une espérance inouïe :
le partage de sa gloire dans un même amour.
Et cette espérance est déjà une réalité :
c'est le Christ Jésus,
qui nous rassemble en lui auprès du Père.
 

Méditer la Parole

2 juin 2011

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Actes 1,1-11

Ephésiens 1,17-23

Matthieu 28,16-20

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