Solennité de la Pentecôte - A

Devenir prophète...

La volonté du Père, en nous envoyant son Fils Jésus,
c'est de recréer le monde et de le sauver.
«Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde,
mais pour que le monde soit sauvé par lui
» (Jn 3,17).

La mort et la résurrection du Christ forment comme le sommet
de cette œuvre de re-création.
La mort était venue dans le monde à cause du péché des hommes :
elle est vaincue, et le péché pardonné.

Pourtant, au soir de la résurrection, cette œuvre de salut,
pleinement accomplie en Christ,
n'a pas encore été communiquée aux hommes.

Jésus vient, et il est là, au milieu des disciples.
Il vient pour que se répande en eux cette nouvelle création initiée dans sa Pâque.
Il vient pour leur communiquer l'Esprit Créateur.

L'Esprit Saint demeure pleinement en Jésus.
Il a tout pouvoir pour le donner à ses disciples.
Mais il y a toutefois des préalables pour qu'ils soient en capacité de le recevoir.

D'abord, il faut qu'ils retrouvent la paix.
Le trouble et l'angoisse font obstacle à la venue de l'Esprit.

Jésus leur dit : «‘La paix soit avec vous !’
Et il leur montre ses mains et son côté.
»
Il réconcilie les disciples avec lui et ils sont remplis de joie.

Puis il répand sur eux son souffle :
«Recevez l'Esprit Saint !»

Voilà qui pourrait nous étonner :
Jésus répand sur eux son Esprit ;
mais il faudra pourtant attendre cinquante jours
pour voir ce même Esprit les envahir, le jour de la Pentecôte.

Que s'est-il passé durant ces cinquante jours ?

D'abord, le Ressuscité les a enseignés longuement,
il leur a donné l'intelligence du dessein de Dieu.
Puis Jésus est monté dans la gloire, à la droite du Père,
ce qui va obliger les disciples à entrer dans un mode de relation différent.

Cette nouvelle relation à Jésus va créer l'espace intérieur
dans lequel l'Esprit Saint va pouvoir se déployer,
un lieu intérieur formé par une relation personnelle avec le Seigneur
un lieu creusé par l'obéissance à la Parole de Jésus.

«Fais-toi capacité, je me ferai torrent»,
dit un jour le Christ à sainte Catherine de Sienne dans l'un de ses dialogues mystiques.
C'est dans cette capacité que le Saint Esprit va couler à flots !

L'Esprit Saint et le Christ ne cessent d'agir ensemble dans la vie du croyant.
Le Christ intervient en nos vies par sa Parole et par les sacrements.
Sa Parole est révélation, elle pénètre du dehors comme l'épée à deux tranchants,
et suscite notre volonté et notre consentement.

l'Esprit s'infiltre en nos vies dans les brèches ouvertes par la Parole,
il se déploie en nous comme un souffle ou comme une eau pure,
et agit en une transformation intérieure.

Toute notre vie de chrétien va désormais consister à laisser toute la place en nos vies
à la venue de l'Esprit Saint et à son action à travers nous.

Saint Séraphim de Sarov l'affirme clairement :
«Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint Esprit !»

C’est-à-dire à creuser cette capacité intérieure
en nous dépouillant du «vieil homme», selon l'expression de saint Paul,
c'est à dire en faisant mourir dans nos vies ce qui contrarie notre obéissance à Dieu,
ou même simplement ce qui a tendance à la freiner.

Car en ce monde, nous n'avons encore que les prémisses de l'Esprit Saint,
et l'Esprit lui-même nous appelle au combat spirituel ;
combat contre le mal, bien sûr ;
combat contre nos penchants mauvais, aussi ;
ce que saint Paul appelle le combat contre la chair,
c’est-à-dire toutes nos tendances égoïstes.

Le but de ce combat, c'est de conquérir cette liberté
qui nous permet d'aimer comme Dieu aime (cf. Ga 5, 13 ss).
Nous savons en effet que le seul commandement que Jésus nous ait laissé,
c'est l'amour parfait : «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés».

Ce combat va désormais consister à choisir de suivre les inspirations de l'Esprit Saint,
qui nous pousse à un amour toujours plus parfait, toujours plus inconditionnel,
et simultanément à renoncer à nous-même,
à nous laisser dépouiller toujours plus radicalement.
L'Esprit Saint configure au Christ ceux qui se laissent entraîner par son souffle.

On sait qu'il est en nous
quand on découvre de l'intérieur l'envahissement d'une force d'amour,
une présence qui provient de nos profondeurs
et qui nous donne une force nouvelle pour aimer,
une propension irrésistible à aimer et à se donner.

Il nous faut enfin considérer que l'Esprit Saint
est une personne divine étonnamment délicate :
il agit en nous, non pas en nous transformant en un autre,
mais en nous faisant devenir davantage ce que nous sommes !

Il déploie les capacités que le Père a mises en nous dès l'origine,
il nous fait devenir encore plus unique ;
mais toujours au service de l'ensemble.

La marque la plus sûre de l'Esprit Saint,
outre la croissance de l'amour,
c'est qu'il fait l'unité dans la diversité.

La marque du totalitarisme humain, c'est l'uniformisation :
tout le monde devient pareil,
personne n'ose exprimer une particularité...
Cette tendance est vieille comme le monde déchu...

La vie dans l'Esprit Saint, au contraire, fait lever des hommes et des femmes
qui ont quelque chose d'unique à apporter aux autres,
et qui ne craignent pas de le laisser se développer dans une vraie obéissance au Créateur.
«Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous, dit saint Paul
et c'est le même Dieu qui agit en tous.»

Cette liberté de ceux qui sont conduits par l'Esprit
prend toujours la forme d'une fidélité plus grande à la Parole de Dieu.
L'Esprit remémore les paroles du Christ,
il leur donne une actualité vitale,
une résonance qui saisit le disciple jusqu'en ses entrailles,
et qui le pousse à agir avec audace jusqu'à donner sa vie.

Le monde, aujourd'hui, a grand besoin de l'Esprit Saint !
Le monde a grand besoin d'hommes et de femmes qui se laissent envahir par l'Esprit
pour devenir prophètes et témoins du Christ,
pour «crier l'évangile par toutes leur vie».

Nous demandons volontiers au Seigneur de nous envoyer son Saint-Esprit ;
n'oublions pas toutefois que le Seigneur ne désire rien d'autre !
Plus encore, il cherche qui voudra bien recevoir le sceau de son Amour.

Ainsi que le prophète Isaïe l'entendit, la voix de Dieu appelle en disant :
«Qui enverrai-je ?»
Puissions-nous répondre comme le prophète et comme les apôtres de tous les temps :
«Me voici, Seigneur, envoie-moi !» (cf. Is 6, 8).

Viens, Esprit Saint, fais de moi ce qu'il te plaira !
 

Méditer la Parole

12 juin 2011

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

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1 Corinthiens 12,3-7.12-13

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