17e semaine du Temps Ordinaire - A


Un trésor qui dérange

L'une des caractéristiques de notre nature humaine,
c'est qu'elle recherche toujours des sécurités,
et dans ce but, elle a tendance à s'installer.

L'une des caractéristiques du Dieu Vivant, quant à lui,
c'est qu'il ne cesse de déranger nos immobilismes,
qu'il déplace toujours la vie de ceux auxquels il se manifeste.
Voici que je fais toutes choses nouvelles, dit Jésus dans le livre de l'Apocalypse (21,15).

Le Christ est envoyé pour déranger l'humanité installée !
Car si un homme s'installe dans la vie temporelle
jusqu'à ce qu'elle devienne le tout de sa vie,
comment pourra-t-il trouver le bonheur ?

C'est au bonheur que notre cœur aspire,
le bonheur est marqué en creux dans nos entrailles comme un besoin vital.
Et cette aspiration au bonheur est infinie.
Si on veut la limiter, la canaliser, on ne produit que la tristesse.

Notre cœur désire l'infini,
et il sera sans repos tant qu'il ne se sera mis en route vers ces espaces sans fin pour lesquels il est fait.

Un homme, donc, découvre un trésor ;
un trésor qui a le goût du bonheur et de l'infini...
Un autre trouve un perle de grande valeur,
cette perle qui vient combler le désir de son cœur,
une perle qui le comble de joie !

Dans une vie d'homme, ce jour de la découverte est un jour merveilleux ;
un de ces jours comme il n'y en a pas beaucoup dans une vie.

Jusque là, cet homme menait une vie «normale»,
bien rangée, assurée, de bon renom ; un peu trop rangée peut-être...
ou au contraire totalement désorientée, de ces vies à la dérive.
Tout à coup, il tombe sur un trésor qu'il ne cherchait pas,
ou sur cette perle qui était l'objet de tout son labeur.

Voilà que cette grâce inédite bouleverse son esprit, son jugement, son cœur,
tout est chamboulé, Dieu s'est rendu présent,
et l'homme est mis en face d'un choix.

Un choix, dans la vie d'un homme, c'est toujours crucifiant...
Pour prendre possession du trésor,
il faut nécessairement renoncer à ce qui prenait la place auparavant dans notre vie.

Il n'y a pas la place pour deux trésors dans notre cœur,
tout simplement parce que le propre du trésor, c'est de prendre toute la place !

Les deux paraboles de l'évangile se terminent de la même manière :
Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète ce champ ;
il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète la perle.
Jésus révèle ainsi que le Royaume des cieux n'est pas le pays des demi-mesures.

Il y a la découverte,
avec le signe qui ne trompe pas : une joie profonde et jusque-là inconnue.
Puis le choix, qui consiste à se dessaisir de tout pour embrasser le Royaume.

On se souvient d'un autre récit de l'évangile qui vient comme en contrepoint :
c'est celui du jeune homme riche (Mt 19,21)
à qui Jésus dit : «Va, vends ce que tu possèdes,
donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux,
puis viens et suis-moi.
Mais à cette parole, le jeune homme s'en alla tout triste,
car il avait de grands biens».

La tristesse est produite par l'incapacité à suivre l'appel de son propre cœur,
l'appel à une vie plus haute et plus large que nous,
une vie que nous ne pouvons pas conquérir par nous-même
mais seulement recevoir d'un Autre.

La parabole du filet qu'on ramène avec toutes sortes de poissons
situe le choix du Royaume dans la perspective de la fin des temps.
Tant que le monde dure, tout peut encore cohabiter,
le bien et le mal, les bons et les méchants,
ceux qui ont choisi la vie et ceux qui n'ont pas répondu à son appel.

Mais au dernier jour, seule la Vie pourra continuer pour toujours,
et Jésus seul peut nous donner cette Vie qui est davantage que notre vie biologique.
«Ce qui est né de la chair est chair,
et ce qui est né de l'Esprit est esprit, dit Jésus à Nicodème.
Ne t'étonne pas si je t'ai dit : il vous faut naître de nouveau.
» (Jn 3,6-7)

Par notre réponse radicale à la Parole de Jésus,
nous entrons dans la vie de l'Esprit Saint pour naître à la vie nouvelle.
Voilà le Royaume des cieux, voilà le trésor insurpassable qui nous est révélé,
voilà le vrai bonheur qui ne peut que déranger notre vie installée!

Jésus termine son enseignement en paraboles
en ajoutant cette petite phrase :
«C'est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux
est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien
».

Il y a plusieurs sens à cette phrase :
il s'agir au premier degré d'une invitation, pour les anciens de l'Église primitive,
à savoir utiliser le trésor révélé tout à la fois dans l'Ancienne Alliance et dans l'évangile.

Mais nous pouvons aussi le comprendre plus concrètement pour nos vies :
le Père ne nous a pas retirés de ce monde,
et nous avons à prendre en compte ses réalités, ses souffrances, ses besoins.
Le Royaume est entièrement fait de neuf,
et ce neuf de la vie dans l'Esprit est destiné à vivifier l'ancien de notre nature mortelle.

Ainsi, Jésus a lui-même pris entièrement notre nature humaine,
il a supporté le poids de notre humanité,
et c'est avec son corps que le Père l'a ressuscité pour la vie éternelle.

Nous sommes appelés à devenir de ces bons intendants
qui savent tirer du trésor de leur vie renouvelée
à la fois le neuf et l'ancien.

La séparation entre le périssable et l'immortel ne sera faite qu'à la fin des temps
et c'est le Christ qui en sera chargé,
lui qui est venu pour que tout homme soit sauvé.
Ne nous étonnons donc pas qu'il vienne déranger nos vies
jusqu'à ce que nous fassions toute la place au trésor inouï du Royaume des cieux !

 

Méditer la Parole

24 juillet 2011

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

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Psaume 118

Romains 8,28-30

Matthieu 13,44-52