14e semaine du Temps Ordinaire - A

Jésus, pionnier de l’écologie humaine

Dans la religion, de qui dépend le salut ?
Est-ce qu’il dépend essentiellement de l’homme, de sa conduite ?
Ou bien est-ce qu’il dépend essentiellement de Dieu
en particulier parce que l’homme est trop limité et abîmé ?


Que répond l’Ancien, le «Premier», Testament ?
Il donne deux réponses !
On y trouve deux courants :
la théologie de la Promesse
pour laquelle tout est essentiellement l’œuvre de Dieu
et la théologie de l’Alliance, du contrat,
qui considère que Dieu œuvre,
mais que la part de l’homme est essentielle.

Le milieu sacerdotal privilégie la théologie de l’Alliance.
Les prêtres soulignent l’importance de la part de l’homme,
et cela jusqu’à l’excès parfois.
La cour du roi et le milieu intellectuel
privilégie la théologie de la Promesse
ne serait-ce que pour s’affranchir du pouvoir des prêtres
afin d’avoir d'avantage de pouvoir sur le peuple...

Des deux côtés, la tentation du pouvoir est déterminante.

N’est-ce pas là la grande menace pour toute religion :
la volonté de puissance des prêtres et des docteurs de la Loi
qui veulent exercer un pouvoir sur les fidèles ?
Comment ?
En insistant sur la culpabilité des fidèles
qui nécessite réparation, actes de culte ;
en insistant sur les observances,
sur les rites de l’Alliance.

On se retrouve alors avec un peuple soumis
à une quantité impressionnante d’exigences religieuses...
C'était le cas en Israël depuis l’exil,
le pouvoir effectif propre à Israël
étant le plus souvent sacerdotal.

C’était vrai hier et c’est encore vrai aujourd’hui.
Il nous faut être vigilants
quand des hommes et femmes de la religion
veulent avoir du pouvoir sur nous.

En Israël, c’était un véritable détournement de la foi
qui perdait sa joie !
Or la foi d’Israël est par nature joyeuse
comme en témoigne la première lecture de ce dimanche.

Ce que vivait Israël
est alors bien représenté par la situation de Cana :
des cuves d’eau pour les rites en quantité incroyable
et des amphores de vin vides...

On se retrouve avec un peuple écrasé par des préceptes,
et nécessairement coupable,
parce que la quantité de préceptes est invivable.
L’image la plus explicite est celle d’un joug (cf. Mt 23,4 et Mt 11,29)
qui pèse sur les épaules.
Ce qui fera dire à Jésus :
«Vous peinez et ployez sous le poids du fardeau» (11,28).

Pourquoi ?
Parce que les hommes en charge des choses religieuses
sont gourmands d’honneur et de pouvoir sur les autres.
Ils se servent de Dieu pour asseoir leur pouvoir
et de leur côté les fidèles entrent dans ce jeu
en espérant trouver une planche de salut
parce qu’ils ont peur de Dieu et peur de leur propre fragilité.

Que leur dit Jésus, que nous dit Jésus ?
«Prenez mon joug, apprenez de moi» (11,29).

Pourquoi ?
«Parce que je suis doux et humble de cœur» (id.).

En Jésus il n’y a aucune recherche
d’honneur et de pouvoir sur les autres.
Il n’y a rien d’autre vis-à-vis de nous que douceur et humilité.

Avec Jésus, la religion prend un visage complètement nouveau.
Jésus, dit littéralement saint Luc, nous repose :
«Venez à moi, je vous reposerai».

Jésus libère la religion des intérêts humains et des peurs.
Par exemple, au lieu d’édicter des normes sur le sabbat,
il s’offre lui-même pour être notre sabbat.
Quand nous vivons en Lui, nous sommes en sabbat,
nous n’avons plus à œuvrer pour mériter notre salut,
le salut est don gratuit de sa Passion et de sa résurrection.

Jésus ne joue jamais sur notre culpabilité;
il ne joue jamais sur la peur pour nous asservir.
Au contraire, il se charge de nos misères
et nous enracine dans la confiance,
dans sa confiance en Dieu qui est Père.

La religion devient joie,
elle n’est plus un carcan mais une libération (cf. Lc 4,18).

Jésus est le seul à pouvoir nous introduire
dans une relation avec Dieu qui soit simple, familière, joyeuse,
sans rien piétiner de la sainteté de Dieu,
de son infini mystère d’altérité et d’amour,
et sans rien nier du drame du péché.
Seul Jésus pouvait et peut nous conduire là
parce qu’il est le Fils de Dieu.

La relation à Dieu n’est plus sous l’égide de la violence
mais de la communion.
C’est ce que Zacharie annonçait :
le Messie fera disparaître les chars de guerre et les chevaux de combat (cf. Za 9,10).

Le cœur d’un chrétien n’est plus sous le poids
du sentiment conscient ou inconscient
d’être quoi qu’il en soit, condamné par Dieu.
Au contraire : le cœur du chrétien est un cœur
qui sans cesse s’émerveille
d’être gracié par la Croix de Jésus.

Jésus nous décharge d’une manière extraordinaire,
et cela est vrai aussi quand il nous donne un nouveau joug :
son propre joug.
Son joug c’est de se livrer, de se perdre,
par amour du Père et par amour de tous les humains.

C’est un joug bien plus exigeant
que les ablutions, les sacrifices et les holocaustes :
il s’agit de se donner.
Mais Jésus nous dit que ce joug-là est bienfaisant,
littéralement, il est «bien adapté», il nous va bien
parce que nous sommes faits pour aimer.
Nous ne sommes pas faits pour acheter le salut
à coup de rites et d’observances.
Nous sommes faits pour le don de nous-mêmes
parce que nous sommes à l’image de Dieu.

Et Jésus ajoute : «et ma charge est légère», (Mt 11,30)
légère parce que Jésus la porte !
Jésus, en nous, nous rend capables d’aimer.

Nous sommes incapables de soulever le joug du véritable amour.
On ne peut le porter qu’avec Jésus.
On ne peut le porter que si Jésus nous porte.

La religion devient une entrée dans l’amour !
La religion n’est pas un carcan de principes religieux,
mais la Bonne Nouvelle de l’amour :
nous sommes aimés et nous pouvons aimer.
Aussi Jésus peut-il dire :
«et vous trouverez du repos pour vos âmes» (Mt 11,29).

Va à Jésus !
Prend son joug !
Deviens son disciple
et tu trouveras du repos pour ton âme.

Personne sur la terre ne peut nous donner
ce repos là, cette paix, cette confiance intérieure
qui nous vient de la réconciliation avec Dieu.

Ton âme est un champ de bataille ?
Va auprès de Jésus et obéis à son commandement !
Tu trouveras la paix.

La paix intérieure ne vient pas en se désengageant du monde
mais en s’engageant dans l’amour, avec Jésus, en Jésus.

Garde ta vie pour toi, tu seras en guerre !
Perds ta vie pour les autres et tu seras en paix !

Jésus est un libérateur hors pair qui nous rend à Dieu.
Il purifie notre temple intérieur et communautaire
de tout commerce, de toute peur de Dieu,
de toutes cupidités et d’abord de celle des prêtres,
pour nous rendre à Dieu,
pour nous ouvrir le Ciel et
pour nous faire partager son bonheur
qui est de goûter le Père, de vivre du Père.

Jésus prend sur lui tous nos blocages
permettant ainsi à l’Esprit Saint de circuler en nous
et de nous vivifier jusque dans notre corps
comme saint Paul nous le dit aujourd’hui.

Jésus est le grand pionnier de l’écologie humaine.
En nous rendant à Dieu,
en mettant fin aux manœuvres du diable,
il fait de nous des êtres en santé,
c'est-à-dire des hommes et des femmes
qui ne cessent pas de renaître de l’eau et de l’Esprit.
Il fait de nous des perpétuels ressuscitants,
des hommes et des femmes toujours ranimés par l’Esprit.


Alors le salut dépend-il essentiellement de Dieu ou bien de nous ?
Il dépend entièrement de Dieu dont l’Amour nous sauve,
et il dépend entièrement de nous, de notre réponse d’amour,
mais cette réponse nous la donnons unis à Jésus.
Dieu est venu et vient répondre en nous !
Nous ne sommes plus seuls :
Dieu est venu répondre à Dieu en nous !

La religion véritable est greffe sur le Cœur de Jésus,
sur le Cœur du Fils.
Une greffe renouvelée en chaque Eucharistie.
qui fait de nous des ressuscitants
toujours graciés et toujours émerveillés.

Comme le chante le Psaume de ce jour :
«Je t’exalterai mon Dieu, mon Roi.
Je bénirai ton nom toujours et à jamais
chaque jour te je bénirai
» (Ps 144,1-2)
 

Méditer la Parole

3 juillet 2011

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Za 9,9-10

Psaume 144

Romains 8,9.11-13

Matthieu 11,25-30