25e semaine du Temps Ordinaire - A

Entrer dans le mystère du Royaume des cieux

«Mes pensées ne sont pas vos pensées,
et mes chemins ne sont pas vos chemins.
Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre,
autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres,
et mes pensées, au-dessus de vos pensées
»,
avertit le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe (55,8-9).
Nous en trouvons une application immédiate
dans cette parabole des ouvriers envoyés à la vigne.
Elle en est comme l’illustration.
Pour entrer dans le mystère du Royaume des cieux,
il nous faut accepter une logique
qui est tout autre que celle qui nous est familière.
Il faut nous défaire de ce qui nous semble aller de soi.
Laissons-nous donc surprendre
par l’inattendu de Dieu.

La première révélation que nous apporte cette parabole
est sur Dieu lui-même.
Jésus le compare au maître d’un domaine
qui sort au point du jour
chercher des ouvriers pour sa vigne.
Dieu est un chercheur.
Il part à la rencontre de l’homme désœuvré,
privé d’espérance et de stabilité dans sa vie.
L’Écriture nous le dit déjà
dès le début du Livre de la Genèse :
Après la chute, Dieu sort dans le jardin
et cherche l’homme pécheur.
Dieu appelle : «Adam, où es-tu ?»
et l’homme se cache car ses yeux sont mauvais
et il ne voit plus le cœur bon
de ce Dieu qui l’aime.
Jésus aussi est sorti de nuit
de la maison de Capharnaüm en déclarant :
«C’est pour cela que je suis sorti,
pour aller à la recherche des brebis perdues !
»
Nous pensons habituellement que c’est nous
qui cherchons Dieu alors que c’est lui qui nous cherche.
Il nous appelle, nous relève,
nous rejoint dans nos impasses humaines,
donne sens à notre attente.
Dieu cherche le trésor de nos âmes.
«Mes pensées ne sont pas vos pensées.
Mes chemins ne sont pas vos chemins.
»

Une deuxième révélation nous est apportée par
cette parabole sur la destinée de l’homme.
On voit le maître de la vigne
embaucher des ouvriers à toutes heures du jour,
et jusqu’à la onzième heure,
qui n’est plus une heure très productive.
Nous devons comprendre par cette image
que Dieu nous cherche à toute heure du jour,
comme à toute heure de notre vie,
car c’est la vocation de l’homme
que de travailler à la vigne du Seigneur.
L’homme trouve son accomplissement
quand il répond à l’alliance que Dieu lui propose.
L’homme ne peut vivre seulement de lui-même,
de ses désirs, de sa presque volonté,
sinon en voulant sauver sa vie, il la perdra.
L’homme doit vivre de Dieu,
recevoir son salaire de Dieu,
et non de la gloire d’un moment
qu’offre le monde d’ici-bas.
Le Royaume de Dieu se manifeste
comme une naissance.
L’homme y entre en re-naissant,
en se laissant engendrer à la vie de Dieu.
L’homme est pleinement lui-même
quand il ne vit plus pour lui-même
mais pour un autre, qui est le Tout-Autre.
«Mes pensées ne sont pas vos pensées.
Mes chemins ne sont pas vos chemins.
»

Parlons maintenant de ce fameux salaire
qui est attribué à l’identique à chaque ouvrier
quelles que soient ses heures de travail.
Que veut nous dire Jésus sur le Royaume
par ce qui nous semble au premier abord une injustice ?
Le Royaume n’est pas un lieu de compétition,
de concurrence, de performance.
C’est un lieu de gratuité et de vie.
La durée ne compte plus dans l’éternité.
C’est l’intensité du don de nous-mêmes qui importe.
Dans le Royaume, l’homme naît à la vérité de son être
qui est d’être totalement don.
Dans le Royaume, on n’accumule pas,
on ne thésaurise pas pour avoir droit
à une reconnaissance, à une dignité.
Non, on reçoit en donnant.
On s’enrichit en s’appauvrissant.
On reçoit sa dignité d’homme
sans aucun mérite.
Le salaire, à la vigne du Seigneur, est unique
car le don de Dieu est unique
et ce don, c’est Dieu lui-même.
«Mes pensées ne sont pas vos pensées.
Mes chemins ne sont pas vos chemins


«Faut-il que ton œil soit mauvais
parce que moi, je suis bon ?
»
dit le maître de la vigne.
La révélation du Royaume dans nos vies
est une expérience de la miséricorde de Dieu.
L’homme sort de toute comparaison avec son frère,
de toute revendication d’un dû
pour s’émerveiller de la bonté de Dieu
qui fait lever son soleil
sur les bons et sur les méchants,
sur les justes et sur les injustes.
Le Royaume advient quand l’homme ne se regarde plus
mais plutôt quand il est tout orienté vers Dieu.
Le Royaume est ouvert à tous
mais dans ce tout,
chacun a une relation unique avec Dieu.
Le Royaume est un lieu de louange, d’émerveillement
car Dieu exerce sa paternité envers chacun.
Oui, Dieu est bon.
Il se plaît à inverser les classements :
«les derniers seront premiers
et les premiers seront derniers.»
Dieu affectionne ceux qui prennent la dernière place
pour se mettre au service des autres,
ceux qui lavent les pieds de leurs frères.
Il les fait monter plus haut,
à la première place.
«Mes pensées ne sont pas vos pensées.
Mes chemins ne sont pas vos chemins


Frères et sœurs, il nous reste à entrer
dans cette logique divine,
à entrer résolument dans les vues du Seigneur,
à nous fier non à notre œil qui est mauvais
mais à son cœur qui est bon.
Entrer dans le Royaume, c’est re-naître,
c’est goûter pleinement à la vie.
Recevons-en les prémices dans cette eucharistie
où Dieu se donne à nous.
 

Méditer la Parole

18 septembre 2011

La Trinité-des-Monts, Rome

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Isae 55,6-9

Psaume 144

Philippiens 1,20...27

Matthieu 20,1-16