25e semaine du Temps Ordinaire - A

La bonté de Dieu

Aujourd’hui, je voudrais dire un immense merci à Jésus.
Merci de nous avoir révélé la bonté de Dieu, la bonté du Père.

Il y a tellement d’âmes qui vivent
avec la conviction que «Dieu est en colère contre moi».
Combien de millions de personnes
vivent avec ce virus dans l’âme ?

Je comprends de plus en plus les gens qui rejettent Dieu ;
parce qu’ils rejettent un dieu accusateur
que véhicule notre inconscient collectif malade.

Au temps de l’exil à Babylone,
le prophète le laissait clairement entendre :
Dieu, tu le crois lointain, absent, vengeur ?
Tu te trompes !
Dieu se laisse trouver ;
Dieu est proche.
D’où cet appel :
«Recherchez le Seigneur puisqu’il se laisse trouver,
appelez-le puisqu’il est proche
» (Is 55,6).

Et quelle expérience ferons-nous
si du fond de notre exil
«nous nous retournons vers le Seigneur» ? (55,7)

Il nous «manifestera sa tendresse»
et il nous «pardonnera abondamment».

Et le prophète d’en conclure par ces mots de Dieu :
«Vos pensées ne sont pas mes pensées
et vos chemins ne sont pas mes chemins
» (55,8).

La différence radicale entre nos pensées et celles de Dieu
c’est la bonté de Dieu dont nous n’avons pas idée.

 
Mais comment faire comprendre cette bonté de Dieu au monde
et particulièrement aux plus religieux
enfargés dans des calculs de mérites ?

Il s’agit de rompre le filet dans lequel le démon a pris l’homme,
lui qui n’arrête pas de nous faire une catéchèse
sur la méchanceté de Dieu.

Rompre ce filet,
c’est ce que Jésus fait aujourd’hui par une parabole.
Une parabole simple :
Il y a un patron et des salariés ;
et le patron, aux yeux de tous,
donne le même salaire à ceux qui ont fait
un quart de travail complet de douze heures
et à ceux qui n’ont travaillé qu’une heure…


Cette parabole nous n’y entrerons qu’à une condition ;
celle de commencer par nous mettre en colère :
Non, ce n’est pas juste !
Demandez à un leader de la CSN  ce qu’il en pense…

Une parabole juive du IVe siècle 
très semblable à celle de l’Évangile parle d’un maître
qui donne le même salaire à un ouvrier qui a travaillé deux heures
et à ceux qui ont œuvré toute la journée.
Pourquoi ? Parce qu’en deux heures
ce premier ouvrier a fait plus que les autres en une journée.

La parabole de l’évangile est complètement différente.
Les derniers engagés n’ont rien fait d’exceptionnel, au contraire.
Et d’ailleurs qu’ont-ils fait de leur journée
avant la onzième heure ?

La parabole évangélique a quelque chose de scandaleux.
Dieu est-il insensible à la peine
de ceux qui ont travaillé toute la journée ?

Soyons clairs :
que diras-tu quand tu verras que ton mari
qui t’a trompé si longtemps reçoit au Ciel la même grâce que toi ?
Que diras-tu quand tu verras que ce voisin,
ce collègue, cette sœur ou ce frère qui a empoisonné ta vie
reçoit au ciel la même récompense que toi ?

Et que diront ceux que nous avons fait souffrir
quand ils verront que nous recevons la même grâce qu’eux ?

Ne nous racontons pas d’histoire… c’est cela l’Évangile !
L’Évangile, c’est un malfaiteur qui reçoit le Paradis
simplement parce qu’il s’est tourné vers Jésus
et lui a fait confiance.

L’Évangile c’est un homme qui a publiquement trahi le Seigneur
et qui devient pasteur de son Église parce qu’il s’est laissé aimer.

L’Évangile, c’est toi et moi, pécheurs,
qui sommes l’objet d’un amour fou.

L’Évangile c’est la révélation de la bonté de Dieu.


Quand le jeune homme riche interpella Jésus en lui disant :
«Que ferai-je de bon pour obtenir la vie éternelle ?»
Jésus lui répondit :
«Pourquoi me questionnes-tu sur ce qui est bon ?
Unique est le Bon
» (cf. Mt 19, 16-17)
Dieu seul est bon…
Et quelle bonté !
La bonté de Dieu n’est pas de l’aveuglement ou de la sénilité.
La bonté de Dieu, c’est Jésus crucifié au nom du Père
qui prend sur Lui la misère du bon larron, de Pierre,
de ton mari qui te trompe, et la tienne, et la mienne.

La bonté a coûté à Dieu le déchirement de la croix
pour déverser sur le monde entier la grâce du Salut.

La merveille de cette parabole
c’est qu’elle vient nous rejoindre dans notre misère
et nous dévoile que Dieu n’est pas un expert comptable qui épluche nos mérites mais qu’Il est Père de miséricorde.


On comprend alors l’apôtre Paul qui aujourd’hui s’écrie :
«pour moi, certes, la Vie c’est le Christ» (Ph 1,21).
Il n’y a pas de Vie véritable en dehors du Christ.
Parce qu’en Lui se révèle toute la bonté de Dieu ;
En Lui nous respirons ;
en Lui le filet est rompu ;
en Lui la grâce triomphe.

Quelle joie, alors, frères et sœurs,
de travailler à la Vigne de Dieu,
chacun selon notre vocation propre.
Les premiers ouvriers ne l’avaient pas compris,
tout comme le fils aîné de la Parabole :
c’est un cadeau immense de travailler, de peiner,
dans la vigne du Bon Dieu.

Et travailler à la vigne du Bon Dieu,
c’est travailler à se laisser imprégner par sa bonté pour en vivre.
Pour que nous nous mettions à agir comme Dieu ;
c'est-à-dire à donner le meilleur de nous-mêmes à tous,
à chacun selon son besoin,
qu’ils soient nos amis ou nos ennemis.

Il faut en arriver à scandaliser le vieil homme qui est en nous !
Et la clé pour cela quelle est-elle ?
Elle est de donner à Dieu le droit de faire ce qu’il veut de son bien.

Posons-nous en silence cette question :
est-ce que je donne à Dieu
le droit de faire ce qu’il veut de son bien ?

Est-ce que je lui permets de m’aimer
et d’aimer tous les humains sans exception,
jusqu’à la croix,
jusqu’à nous donner son Fils unique
comme notre Pain vivant ?
 

Méditer la Parole

18 septembre 2011

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isae 55,6-9

Psaume 144

Philippiens 1,20...27

Matthieu 20,1-16