26e semaine du Temps Ordinaire - A

Heureux ceux qui se laissent surprendre par Dieu !
Jésus a été extrêmement surprenant,
déstabilisant  pour les spécialistes religieux de son époque,
pour les spécialistes religieux de toutes les époques.
Jésus nous met devant un paradoxe permanent,
le paradoxe permanent de l’Évangile :
«Les publicains et les prostituées arrivent
avant vous au Royaume des Cieux

Comment est-ce possible ?
Ceux qui cherchaient Dieu ne l’ont pas trouvé,
ceux qui ne le cherchaient pas l’ont trouvé.
Et pourtant, les Pharisiens
croyaient vraiment chercher Dieu…
Et ils sont passés à côté de Jésus.
Et les publicains et les prostituées
croyaient vraiment ne pas chercher Dieu…
Et ils l’ont rencontré en Jésus.

Pour comprendre toute la force de la parabole
que nous venons d’entendre
il ne faut pas mettre en doute
la sincérité des réponses des deux enfants.
Oui, ces réponses sont sincères :
Quand le premier enfant dit à son père :
«Non, je ne veux pas aller à la vigne»,
il dit vraiment non.
Il ne se doute pas, que finalement, il ira travailler à la vigne quand l’appel de son père aura travaillé son cœur.
Quand le deuxième enfant dit oui,
il dit vraiment oui,
il ne se doute pas que finalement,
peut-être presque sans y penser,
il va oublier l’appel de son père
et qu’il ne travaillera pas à la vigne.
Autrement dit, le problème que touche Jésus ici
est beaucoup plus qu’un problème moral,
(je dis oui en face, mais par derrière je pense non,
ce n’est pas cela exactement)
Encore une fois, il faut admettre que le «oui» ou le «non»
des deux enfants est sincère,
Parce que les Pharisiens, sauf sûrement quelques uns,
mais globalement les Pharisiens du temps de Jésus
étaient sincères dans leur démarche.
Ils croyaient vraiment dire «oui» à Dieu
par toutes leurs pratiques,
toute  leur obéissance minutieuse des règles,
toutes leurs dévotions, etc.

Ce que Jésus appelle leur hypocrisie,
ce n’est pas d’abord une hypocrisie morale,
ce n’est pas d’abord un simple manque de sincérité
par rapport à leur propre démarche,
c’est beaucoup plus profond.
C’est ce problème,
ce drame que soulève partout l’Évangile :
comment se fait-il que des hommes
qui croient sincèrement choisir Dieu,
le refusent en fait, de fait,
peut-être même sans s’en rendre compte,
parce qu’ils refusent de lui donner leur cœur ?
Alors que des hommes et des femmes
qui pensent sincèrement avoir oublié Dieu,
ces hommes et ces femmes d’hier
ces hommes et ces femmes d’aujourd’hui,
qui pensent sincèrement avoir oublié Dieu
sont tout proches,
et souvent sans s’en rendre compte,
de lui livrer leur cœur.

La parole de Jésus donne évidemment la clé
de ce paradoxe, qui tient dans ce mot central
qui revient plusieurs fois,
le cœur de cette parabole,
le repentir.
«Vous ne vous êtes pas repentis, pour croire»
dit Jésus aux Pharisiens.
Se repentir pour croire…
Entendons bien ces trois mots :
se repentir pour entrer dans la foi.
Pour entrer dans le Royaume de la foi au Christ.
Pour entrer dans cette adhésion vivante
(il s’agit bien plus que d’une adhésion intellectuelle),
cette adhésion de tout l’être : la foi.
Entrer dans cette adhésion à la personne de Jésus.
Se repentir pour croire et finalement
pour livrer enfin mon cœur à Dieu.
Autrement dit, donner son cœur à Dieu,
ce que fait le publicain finalement,
ce que fait la prostituée,
ce que ne parvient pas à faire le Pharisien,
donner son cœur : c’est un fruit du repentir.

Il y a une certaine générosité
qui ne peut naître que dans les larmes du repentir.
Une générosité qui ne peut naître que de l’expérience
de la miséricorde infinie, incompréhensible de Dieu
pour nous tous ensemble,
pour chacun et chacune de nous.
C’est la générosité nouvelle du pécheur,
qui n’a rien à donner,
qui a compris qu’il n’a rien à donner,
rien sinon son cœur malade.
Mais alors il donne ce que Dieu voulait.

Il y a aussi la générosité qui n’est pas passée par le repentir. Générosité sincère, encore une fois,
mais où le cœur finalement évite de se donner,
parce que les mains, les mains de cette générosité,
sont déjà si pleines de soi, si pleines de cadeaux,
seraient-ce des cadeaux à faire à Dieu,
qu’il n’y a plus de place pour se donner soi-même,
pour donner son cœur blessé.

Le Pharisien, c’est celui qui dit :
«Seigneur, j’ai fait cela pour toi !
– Mon enfant, pourrais-lui répondre le Seigneur,
tu as fait cela pour moi, mais tu l’as fait sans moi !
Donne-moi plutôt ton cœur,
accueille-moi en toi, pour qu’avec toi 
ton cœur puisse être livré.
Sois généreux avec moi, par moi,
sois généreux mais pas comme un riche
comme un pauvre,
sinon tu risques de ne jamais te donner toi-même,
de ne jamais donner ton cœur malade.
Laisse-moi être généreux moi-même en toi,
à travers ta misère.
Et si tu as cette conscience profonde de ta misère,
sache aussi que moi je pourrai toujours y déposer
ma générosité divine.»
 
La générosité du pharisien, c’est celle qui pense :
«Finalement, Dieu doit bien me remercier.»
La générosité de celui qui est passé par le repentir,
c’est celle qui pense :
«Mais mon Dieu, si je peux encore te donner
quelque chose, c’est grâce à toi.»
Celui qui a connu la miséricorde pense ceci :
« Merci mon Dieu pour le bien, pour la charité
que tu me donnes de vivre, d’accomplir.
C’est ton œuvre en moi,
c’est ta grâce qui agit en moi,
qui passe en moi.
C’est toi qui me donnes de dire oui,
alors que moi, j’étais si proche de dire non.
C’est toi qui me donnes de dire oui,
par moi seul, j’aurais dit non,
alors que je voulais communier à toi ».
«Mon fils, donne-moi ton cœur,
je connais tes refus,
et cela pourtant ne me fait pas peur»,
nous dit le Christ, lui qui a porté nos refus sur sa croix.
«Ton péché ne me fait pas peur,
parce que je sais que si tu t’exposes à ma miséricorde,
une autre générosité jaillira de ton cœur blessé et fermé,
ma générosité, notre générosité ensemble,
notre fécondité, ma fécondité en toi, à travers toi,
fécondité divine.»
Amen.
 

Méditer la Parole

25 septembre 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Ezchiel 18,25-28

Psaume 24

Philippiens 2,1-11

Matthieu 21,28-32

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