28e semaine du Temps Ordinaire - A

Quand la salle se remplit

N’est-ce pas une parabole ingrate que nous avons ce matin ?
On nous présente des invités royaux
qui sont appelés à une fête extraordinaire
et qui, au lieu d’être heureux, touchés, pleins de gratitude,
sont au contraire indifférents :
par deux fois ils refusent l’invitation.
Il n’y a de leur part aucune reconnaissance ;
ils sont même violents contre les serviteurs
qui leur ont été envoyés.

Voilà un premier tableau très sombre
qui se termine dans une scène épouvantable,
puisque la cité des invités royaux est détruite par le feu.

On passe ensuite à un deuxième tableau qui est tout aussi troublant.
Le Roi veut remplir sa salle des noces
et fait appeler tous les hommes – tous – les bons et les mauvais.
Il y a des gens simples, honnêtes et sincères,
mais il y a là aussi des dealers, des mafieux,
des violeurs d’enfants, des dictateurs, des proxénètes.
Vous seriez bien à l’aise, vous, dans cette salle ?

C’est pourtant bien à tout cela
que ressemble le Royaume des Cieux.
Essayons donc de creuser ce mystère.


Jésus nous fait comprendre que, quand le Royaume se fait proche,
les deux tableaux se manifestent toujours.
Il y d’abord celui du refus :
il y a une part de l’humanité qui rejette le Royaume.
C’est la réalité de la Croix qui traverse toute l’histoire
et le cœur de Jésus ne pouvait qu’être extrêmement douloureux
et comme déchiré quand il donnait cette parabole.
C’est le drame du refus de Dieu qui traverse l’histoire.
Qu’est-ce qu’il y a derrière ce refus ?
Matthieu nous dit que les invités
s’en vont s’occuper de leur champ ou de leur commerce.
Luc parle de trois urgences :
l’urgence d’aller voir un champ,
l’urgence d’essayer une paire de bœuf
et l’urgence d’un mariage à consommer.
La propriété, le travail et la sexualité passent avant l’appel de Dieu.
Dieu, va-t-en !
Laisse-moi jouir tout seul !

Le contexte évangélique de la haine qu’ont eu pour Jésus
les grands prêtres, les scribes et nombre de pharisiens
nous dit qu’il y a aussi un autre cri.
Dieu, va-t-en !
Laisse-nous parler de toi et décider de toi tous seuls !

Tout cela c’est le drame du Golgotha.
La mise à mort de Jésus, c’est le refus des Noces,
c’est une salle de noces vide, terriblement vide.
C’est le premier tableau.

Le deuxième tableau, c’est une salle pleine,
mais pleine de gens de toutes sortes,
avec toutes sortes de faiblesses, de péchés,
de mauvaises habitudes,
comme nous qui sommes rassemblés ici aujourd’hui.

Mais comment la salle s’est-elle remplie ?
Qui est descendu dans les enfers chercher tout ce beau monde ?
Qui s’est chargé du poids incommensurable du péché de tous ?
Qui s’est uni à tous les pécheurs,
descendant plus bas que toutes les bassesses ?
Qui s’est alors laissé à l’Amour du Père
remontant des enfers et amenant avec lui
une foule de rescapés de ce grand camp de la mort ?
Qui a rempli la salle de noces ?

Jésus en sa Résurrection !
Le grain de blé tombé dans la terre ingrate de l’humanité
donne une moisson de visages transfigurés ;
la miséricorde ruisselle sur cette foule ;
le voile de deuil est déchiré (cf. Is 25) ;
les larmes sont essuyées
et les humiliations sont effacées.
Oui c’est une foule de bons et de mauvais,
mais ne demeurent là que ceux qui cèdent à l’Amour,
ne demeurent que ceux qui consentent
à ce que l’Amour miséricordieux non seulement
les ait sauvés eux, gratuitement,
mais surtout qu’il ait sauvé des dealers, des violeurs,
y compris des prêtres, et des escrocs.
On ne demeure dans la salle des noces
que si l’absolution des autres est notre joie.

Celui qui proclame :
Dieu, tasse-toi ! Laisse-moi juger tout seul !,
celui-là ne peut rester dans la salle des noces.


Oui, le Royaume des Cieux est bien comparable
à un homme, un roi, qui fait les noces de son fils.
Les noces du fils, c’est la Croix : premier tableau ;
et c’est la Résurrection : deuxième tableau.

Une salle vide qui devient une salle de noces où déborde la joie.
Les vierges y dansent de joie avec les violeurs,
les escrocs avec les honnêtes gens
parce que tous se sont convertis,
tous ont renoncé au péché ;
ils en ont reconnu et pleuré le drame
et ils se sont laissé revêtir de la miséricorde.
Ils sont miséricordiés et miséricordieux.


Frères et sœurs, voilà ce que notre assemblée anticipe.
Voilà ce que l’Église vit déjà sur cette terre.

Parce qu’elle vit sur cette terre,
l’Église doit avoir un sens affiné de la justice,
elle doit nommer les torts de ses membres,
les mauvais plis de ses institutions.
Elle ne peut tolérer la moindre compromission
avec la violence ou le mensonge,
et cela commence dans notre propre cœur.

Mais parce qu’elle vit du Ciel, parce qu’elle est déjà du Ciel,
l’Église proclame la miséricorde, à temps et à contre-temps,
et surtout, elle vit de la Miséricorde.
Le pardon, qui est la seule victoire sur le mal,
est la loi ultime, indépassable, de l’Église.

À nous, frères et sœurs de vivre pleinement de cet Évangile !
À nous de vivre la miséricorde à pleins poumons !
Et à nous, et vous, d’aller dans les carrefours de la ville,
des médias, du web, pour porter à tous, oui à tous,
l’invitation aux Noces.
Heureux les invités au repas du Seigneur.
L’Agneau de Dieu est là qui enlève le péché du monde.
 

Méditer la Parole

9 octobre 2011

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Isae 25,6-9

Psaume 22

Philippiens 4,12-14.19-20

Matthieu 22,1-14