28e semaine du Temps Ordinaire - A

Rude mais salvateur festin de noces

La parabole des invités aux noces royales
et son prolongement par l’épisode de l’homme sans vêtement nuptial
n’est pas facile à comprendre et moins encore peut-être à admettre (Mt 22,1-14).

Tout aspire à baigner dans l’allégresse et la paix
à propos de ce festin où chacun est invité.
Mais voici que tout vire au drame !
Refus hautain des premiers invités.
Maltraitance et massacre des serviteurs qui reviennent à l’appel.
Courroux du Roi qui extermine ces meurtriers et incendie leurs villes.
Finalement la salle des noces est remplie de bons et de mauvais (22,10).
Mais la fête tourne à nouveau au drame avec le renvoi de l’homme
sans tenue de noce, pieds et poings liés, dans les ténèbres (22,12-13).

Où sont donc passées la patience, la miséricorde, la bonté de Dieu ?


Le prophète Isaïe nous mettrait-il sur la voie ?
Poussé par l’Esprit, celui-ci annonce un avenir resplendissant (Is 25,6-9).
Un jour viendra où le Seigneur Dieu de l’univers préparera
pour tous les peuples sur sa sainte montagne, un festin fastueux.
Le voile de deuil tombera. Le linceul aura disparu.
La mort sera détruite pour toujours.
Les larmes essuyées. Les humiliations effacées (25,7-8).
C’est Dieu qui l’a promis, renchérit Isaïe.
Exultons, réjouissons-nous ! Notre Dieu nous a sauvés ! (25,9).
On ne peut prophétiser plus bel avenir et avec plus grand enthousiasme.

Alors, comment concilier cela avec cette parabole
concernant elle aussi le Royaume des cieux ?
Fermeté, exigence, et même sévérité nous révèleraient-elles également
quelque chose de l’immense bonté de notre Dieu
qui veut de toute façon que tous les hommes soient sauvés (2 Tm 2,4) ?
Mais peut-être pas à n’importe quel prix !


Notons tout d’abord ce qui demeure bon et plein d’espérance
dans cette parabole des invités aux noces royales.

Le roi dont il est ici question évoque manifestement
la personne même du Seigneur notre Dieu.
Et comme il s’agit des noces de son Fils,
on ne peut que voir en lui la figure du Père des cieux.
N’est-ce pas déjà une grande joie pour notre foi chrétienne
que cette perspective d’un festin de noces,
dont Dieu, notre Dieu, aura la pleine initiative ?
D’un festin auquel d’ores et déjà nous sommes tous conviés.
Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu,
s’exclame à juste titre un des auditeurs de Jésus (Lc 14,15).

Comme nombre de nos contemporains seraient fiers et honorés
d’être invités à un simple mariage princier !
Et voilà que Jésus nous révèle, à travers la parabole,
que le Père du ciel lui-même nous attend à sa table,
pour célébrer avec lui, les anges et tous les saints,
en vrais élus (Ep 1,4), les noces du Christ.
Du Christ Jésus qui, dans un fol amour,
a éprouvé notre condition humaine jusqu’aux noces de la croix !

Jésus nous l’a promis en toute clarté :
Quand je serai allé vous préparer une place,
je reviendrai vous prendre avec moi,
afin que là où je suis, vous soyez vous aussi (Jn 14,3).
Et l’apôtre Paul, dans le prolongement des promesses du Christ, proclame :
Celui qui a ressuscité le Christ Jésus
nous ressuscitera nous aussi avec Jésus
et nous placera près de lui, avec vous (2 Co 4,14).
Si nous avons la grâce d’accorder foi à ces paroles,
quelle force d’espérance pour la route de nos vies !

Et la parabole se développe dans la bouche de Jésus.
Pour transmettre ses invitations, le Roi prend les grands moyens.
En langage humain d’aujourd’hui, nous pourrions dire qu’il n’y a pas eu d’envoi
de simples cartons d’invitation par la poste ou de courriels sur des listes d’adresses !
Non ! Dieu envoie ses propres serviteurs.
Et on peut les énumérer : sages, prophètes, psalmistes,
apôtres, disciples, docteurs, confesseurs, évangélistes, missionnaires,
qui tous, au long des siècles, convient nommément
et en son nom propre chacun des invités aux noces de l’Agneau.

Oui, tout au long de l’histoire du salut,
tant aux temps bibliques que de l’histoire de l’église toujours en cours,
le Seigneur a envoyé des envoyés.
des envoyés que la liturgie appelle magnifiquement
«la foule immense des témoins de son amour».
Qui a jamais fait cela en ce monde ?

On peur aussi noter, non sans émerveillement,
que cette invitation si pressante du Seigneur
est également universelle
Plutôt que de restreindre son cœur dans l’amertume,
le Roi l’élargit dans une générosité sans limites
Allez donc aux croisées du chemin.
Tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas des noces (Mt 22,9).
On ne peut s’empêcher de penser à la réplique de Jésus,
face aux grands prêtres et aux anciens du peuple (21,23) :
Oui, je vous le dis, le Royaume de Dieu vous sera enlevé
pour être confié à un peuple qui lui fera produire ses fruits (21,48).
Puisque le peuple biblique, premier appelé, refuse donc d’entrer,
c’est à tous les peuples de la terre que l’Évangile sera annoncé !
Allez ! de toutes les nations faites des disciples
les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Mt 28,19).
Dieu ne lésine pas et ne veut plus attendre.
Les mauvais comme les bons sont invités
et la salle de noces est remplie de convives (22,10) !
Par des hommes de toutes races, langues, peuples et nations (Ap 7,9).

Malgré les déconvenues et les drames qui ont précédé
(mais toute l’histoire de l’humanité n’en est-elle pas remplie ?),
la fin est admirable puisque la salle de noces est pleine de convives.
On peut même penser que chacun a reçu à l’entrée
le vêtement de noces pour faire honneur à l’époux royal,
puisque tous en sont habillés !

Mais voilà que l’un d’entre eux ou l’a refusé, ou est passé à côté,
ou n’a pas jugé bon de s’en revêtir. Il est donc inexcusable.
Mon ami, lui dit le Roi – notons le terme affectueux :
mon ami, par lequel il est interrogé,
comme Judas avait été salué par Jésus à Gethsémani (Mt 26,50) –
Mon ami, comment es-tu entré ici
sans avoir le vêtement de noces ?
Mais l’autre garda le silence (22,12).
Ce n’est plus l’ami, mais l’autre qui, par le refus de toute excuse,
de la moindre demande de pardon, s’est exclu de lui-même.
Jetez-le pieds et poings liés dans les ténèbres extérieures (22,13).

La sentence peut paraître expéditive et sévère,
mais est-elle injuste ?
Dieu n’oblige personne à le suivre et à l’aimer !


Sur quoi Jésus (et c’est là l’essentiel de la parabole)
veut-il donc attirer notre attention et nous inviter à réfléchir ?
Car cela nous concerne tous au premier chef.
La réponse est claire : sur la robe nuptiale.

Quelle est donc cette robe nuptiale sans laquelle
il nous est clairement dit que nul ne peut participer aux noces éternelles ?
C’est tout d’abord la robe de notre baptême.
La robe de notre baptême en Christ. Du Christ qui,
après être descendu du ciel pour nous racheter et nous donner lumière et vie,
et y être remonté pour nous y entraîner à sa suite,
est devenu la route unique et le passage obligé. La pâque du salut.
Car hors de moi vous ne pouvez rien faire ! (Jn 15,5).
En dehors de cet unique Sauveur de tous les hommes (2 Tm 2,5),
où donc serait le sauveur, fût-ce d’un seul homme ?
En dehors de cette porte forçant l’impasse de la mort (Jn 10,9),
par où pourrions-nous passer pour entrer dans l’éternité ?
Jésus l’a clairement proclamé : Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé (Mc 16,16).
L’apôtre Paul l’a bien dit dans sa lettre aux Galates :
Vous tous qui avez été baptisés en Christ,
vous avez – littéralement – revêtus le Christ (3,27).
Comment dès lors ne pas être accueillis à la table de ses noces éternelles ?


Cela ne suffit pas pour autant.
La seule possession de la robe baptismale n’est pas une garantie d’entrée dans le ciel.
Il ne suffit pas de me dire : Seigneur, Seigneur !
Encore faut-il faire la volonté de Dieu notre Père (Mt 7,21).
Or voici quelle est la volonté de Dieu, précise l’Écriture,
c’est votre sanctification (2 Th 4,3).
La robe nuptiale, c’est donc aussi celle de notre sainteté.
Il y a là quelque chose de logique.
Nous ne pourrons tenir en face d’un Dieu trois fois saint
que revêtus de la robe de la sainteté à laquelle il nous appelle.
Vous donc vous serez parfaits comme votre Père du ciel est parfait (Mt 5,48).

Mais comment parvenir à cela, faibles et pécheurs comme nous sommes ?
Par l’abandon à son inlassable miséricorde, la grâce de ses sacrements,
et en nous souvenant encore et toujours que
seule compte la foi s’exerçant dans la charité (Ga 6,6).
«Ta charité, la voilà ta robe nuptiale», peut dire saint Augustin.
Et comme il n’y a de sainteté que celle que Dieu nous donne,
ce sera en accueillant avec un cœur d’enfant
cette sainteté divine qu’inlassablement, au jour le jour,
Dieu lui-même veut déverser en nous.
Si toutefois nous savons humblement, résolument, y consentir.


Plus fondamentalement encore, la robe nuptiale,
c’est la tenue de l’homme nouveau.
L’apôtre Paul reconnaît loyalement que, pour entrer
dans la demeure éternelle qui est dans les cieux…,
nous ne voudrions pas nous dévêtir, mais revêtir par dessus l’autre
ce second vêtement (qu’il appelle : notre habitation céleste),
afin que ce qui est mortel soit absorbé par la vie (2 Co 5,1…4).
En d’autres termes : passer sans trop d’efforts
et sans avoir à rien perdre ni offrir, de cette vie de la terre à celle du ciel.

Mais Dieu attend de nous bien davantage !
Et Paul nous le rappelle encore : à savoir
qu’il vous faut abandonner votre premier genre de vie
et dépouiller en vous le vieil homme
pour vous renouveler par une transformation spirituelle
de votre jugement et revêtir l’homme nouveau.
Celui qui a été créé selon Dieu
dans la justice et la sainteté de la vérité (Ep 4,22-24).

Dans sa lettre aux Colossiens, l’Apôtre des nations
nous encourage alors en disant : Vous vous êtes dépouillés du vieil homme
avec ses agissements et vous avez revêtu le nouveau,
celui qui s’achemine vers la vraie connaissance
en se renouvelant à l’image de son créateur (3,10-11).

Nous renouveler à l’image de notre créateur !
Voilà donc le souhait brûlant de celui qui nous a créés et rachetés.
Comme on comprend dès lors l’exigence si pressante
de ce Roi qui demeure plus encore un Père de tendresse,
en requérant de nous une digne tenue de noces !

N’est-ce pas parce qu’il sait que notre bonheur est à ce prix
que le Père nous parle ainsi ?
 

Méditer la Parole

9 octobre 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isae 25,6-9

Psaume 22

Philippiens 4,12-14.19-20

Matthieu 22,1-14

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