30e semaine du Temps Ordinaire - A

«Je serai l’amour»

Les Pharisiens veulent mettre une fois de plus
Jésus à l’épreuve.
On cherche à le discréditer aux yeux du peuple.
Et lui, il répond à la polémique
en mettant l’amour au centre de nos vies :
tu aimeras le Seigneur ton Dieu,
tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Aimer, voilà ce que Dieu nous demande
par la bouche de son Fils Jésus.

Mais que savons-nous de l’amour ?
La tendresse d’une mère, la protection d’un père,
l’affection d’un époux, d’une épouse,
l’attachement d’un enfant,
l’entraide d’un frère, …
Dans toutes ces expériences, il y a l’amour.

L’amour, c’est aussi mon cœur qui s’enflamme,
en quête d’une relation qui procure de la joie.
L’amour, c’est ce désir qui me fait sortir
de moi-même pour oser la rencontre.
L’amour, c’est cette volonté de tout donner
et de tout recevoir.
L’amour c’est mille et un visages qui
nous ont appris les rires et les larmes
de l’amitié et de la fraternité.

Oui, que savons-nous de l’amour
sinon ces petits riens de tous les jours
qui transfigurent notre vie,
ces mille et un instants qui nous font comprendre
notre petitesse et deviner
que l’essentiel est invisible à nos yeux.

Que savons-nous de l’amour
sinon que nous avons le désir d’aimer,
que seuls, nous ne savons pas aimer
et qu’un autre peut nous apprendre à aimer.

Mais qui est-il cet autre
qui rendra mon désir juste et vrai ?
Cet autre qui me délivrera
de mon égoïsme farouche ?
Cet autre qui m’apprendra à aimer
en me laissant aimer ?
Qui sinon toi, Seigneur Jésus ?

Oui, apprends-moi à aimer
comme tu as aimé Marie-Madeleine
avec ses passions et ses errances,
ses larmes et ses soupirs ;
comme tu as aimé Jean le disciple bien-aimé
penché sur ton cœur ;
comme tu as aimé Judas le traître
qui par un baiser te livra ;
comme tu as aimé toute cette foule
d’hommes et de femmes,
tous plus perdus les uns que les autres,
Cananéenne ou Samaritaine,
publicains ou lépreux,
que tu rends à eux-mêmes et aux autres
parce qu’un jour, éperdument, 
ils se sont remis à Toi.

Oui, Seigneur Jésus, seul je ne sais pas aimer
mais en te contemplant, j’apprends à aimer.
Je découvre qu’aimer n’est possible
que parce que l’amour que je donne
est un amour reçu.
L’amour que je donne me précède.
Aimer, c’est d’abord accueillir
l’amour que tu me portes le premier.
Je ne peux aimer que parce que je suis aimé par toi.

Du coup, aimer mon frère
prend une tout autre dimension
qu’une relation simplement humaine.
En aimant mon frère,
je rejoins l’amour que toi, mon Dieu,
tu lui portes le premier.
En aimant mon frère,
tu viens lui dire, par moi,
combien tu l’aimes.
Toute relation d’amour devient théophanie,
manifestation de ta présence, Seigneur mon Dieu.
Une relation d’amour ne se vit pas à deux mais à trois.
«Si nous nous aimons les uns les autres,
Dieu demeure en nous ;
en nous, son amour est accompli
» (1 Jn 4,12).

Aimer mon prochain est donc une expérience spirituelle.
C’est l’application concrète du premier des commandements :
«Tu aimeras le Seigneur ton Dieu».
Tu sais très bien, Seigneur,
qu’aimer un Dieu qu’on ne voit pas
peut vite nous faire tomber dans l’illusion
si nous ne savons pas aimer le frère que l’on voit (1 Jn 4,20).
«Voilà le commandement que nous avons reçu :
que celui qui aime Dieu
aime aussi son frère
» (1 Jn 4,21).
Deux amours qui ne font qu’un.

Mais comment aimer ?
«Suivez la voie de l’amour à l’exemple du Christ»
nous dit Paul (Ep 5,2).
Aimer, c’est aller plus loin que la simple générosité.
L’amour nous invite à nous donner nous-mêmes.
L’amour accepte que la croix soit plantée en nous.
Il n’y a pas d’amour vrai sans offrande de soi,
sans mort à soi-même.
«Nul n’a de plus grand amour que celui-ci :
donner sa vie pour ses amis
» (Jn 15,13).
Sainte-Thérèse de Lisieux le dit magnifiquement :
«Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même».

Si l’amour nous fait mourir,
c’est pour renaître à une vie nouvelle.
L’amour nous humanise
et humanise l’être aimé.
L’amour transfigure celui que j’aime.
L’amour me permet de voir plus loin
que ce qu’il montre de lui.
L’amour le rend aimable.
L’amour lui permet de devenir lui-même,
d’atteindre sa pleine mesure d’humanité.
L’amour libère l’amour en l’être aimé.
En aimant, je pourrai être aimé en retour.

Quel témoignage que l’amour partagé !
«À l’amour que vous aurez les uns pour les autres,
on vous reconnaîtra pour mes disciples
» (Jn 13,34-35).
L’amour partagé dit Dieu.
Que nos familles, nos communautés
soient des lieux d’amour
pour dire Dieu au monde.
L’amour est évangélisateur.
Il est missionnaire !
Tout passera mais «l’amour ne passera jamais» (1Co 13,8).


Seigneur Jésus, fais-moi la grâce de ton Esprit-Saint,
qu’il délivre mon cœur de tout refus
et de toute fermeture à l’autre,
qu’il ouvre mes yeux
pour contempler l’Amour en toi
et toi en mes frères.
Que je puisse m’écrier comme Thérèse :
«Ma vocation, je l’ai trouvée.
Au cœur de l’Église ma mère,
je serai l’amour
».
 

Méditer la Parole

23 octobre 2011

Saint-Jean, Strasbourg

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Exode 22,20-26

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1Thessaloniciens 1,5-10

Matthieu 22,34-40