Solennité de la Toussaint

L'aventure de la sainteté

Quand saint Jean, dans la première lecture,
voit la foule des saints debout devant le Trône de Dieu et devant l'Agneau,
il voit par anticipation ce que les chrétiens de tous les temps doivent devenir.

Quand le même saint Jean, dans la deuxième lecture, affirme qu'à l'avènement du Christ,
nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu'il est,
il exprime le chemin à prendre pour cette aventure de la sainteté :
Jésus est le chemin, il est la source de la sainteté pour tout homme.

Enfin, quand Jésus, dans l'évangile, proclame les Béatitudes,
il fait pour nous le portrait de l'homme passé au creuset de la Passion,
l'homme restauré dans la plénitude de sa ressemblance avec Dieu.

L'homme peut être appelé bienheureux quand il commence à ressembler à Jésus.
La sainteté, c'est ressembler à Jésus-Christ,
et la mesure de la sainteté est donnée par la stature que le Christ atteint en nous.

En cette fête de la Toussaint, nous ne contemplons pas seulement tous les saints du ciel,
nous contemplons plus encore le Christ total,
le grand Christ qui unit en lui ce peuple immense du ciel et de la terre en un seul corps,
corps qui est l'Église sainte et immaculée,
la Jérusalem céleste !

Notre baptême, notre foi, et toute l'Église
nous entraînent dans une aventure immense et merveilleuse :
celle de la sainteté.
Vouloir être chrétien sans avoir ce désir chevillé au corps de devenir saint,
ce serait un contre-sens.

Le monde attend de nous que nous devenions saints ;
il gémit dans l'attente de notre sanctification,
car il a un besoin vital de ce levain de sainteté qui doit faire lever toute la pâte humaine.

Pourtant, au point où nous en sommes, nous ne pouvons pas nous tromper de sainteté ;
les temps sont trop rudes ; le mal trop puissant.
Si nous nous trompions de chemin, nous serions vite égarés, épuisés et terrassés.
Quelle est-elle vraiment, notre vocation à la sainteté ?

Au cours de cette année 2011, le pape Benoit
après avoir illustré ses audiences générales avec la figure de nombreux saints et saintes
qui ont jalonné l'histoire de l'Église jusqu'à aujourd'hui,
a voulu conclure ce cycle par une catéchèse sur la sainteté.

À cette occasion, il rappelait que «la sainteté, la plénitude de la vie chrétienne
ne consiste pas à accomplir des entreprises extraordinaires,
mais à s'unir au Christ,
à vivre ses mystères,
à faire nôtres ses attitudes, ses pensées, ses comportements. (…)
C'est être conformes à Jésus, ainsi qu'affirme saint Paul :
‘Car ceux que d'avance il a discernés,
il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils’ (Rm 8, 29).»
(audience générale du 13 avril 2011)

Pour devenir saint, donc, nous n'avons pas à rechercher l'héroïsme de vertus extraordinaires;
le cœur de notre vocation,
c'est de rechercher Jésus sans cesse, et d'être fidèle à son commandement de l'amour.

Notre pape pose ensuite la question :
«Comment pouvons-nous parcourir la voie de la sainteté, répondre à cet appel ?
Puis-je le faire avec mes propres forces ?»

La réponse est claire, dit Benoit XVI :
«Une vie sainte n’est pas principalement le fruit de notre effort, de nos actions,
car c’est Dieu qui nous rend saints,
c’est l’action de l’Esprit Saint qui nous anime de l’intérieur,
c’est la vie même du Christ ressuscité qui nous est communiquée et qui nous transforme.»

La sainteté a sa racine dans la grâce que nous avons reçue à notre baptême.
Cette grâce nous greffe sur le Mystère pascal du Christ.
Et dès lors, tous les événements de notre vie, si nous les vivons unis au Christ,
vont nous faire revivre la mort et la résurrection de Jésus,
ils vont prendre une dimension pascale.

Le baptême ne nous évite pas les difficultés de la vie, voire même des épreuves terribles :
la maladie, le décès précoce d'un proche, le chômage, l'échec...
Mais il nous donne l'accès à la grâce pascale par laquelle Dieu peut transformer
ces épreuves en puissance de vie divine.
Et l'accueil de cette vie divine, coulant en nous à travers les épreuves transfigurées,
nous ouvre mystérieusement à la vie bienheureuse des enfants de Dieu.

Benoit XVI en rappelle toutefois la condition profonde :
«Dieu respecte toujours notre liberté ;
Il demande que nous acceptions ce don et vivions les exigences qu’il comporte,
il demande que nous nous laissions transformer par l’action de l’Esprit Saint,
en conformant notre volonté à la volonté de Dieu.»

Le premier don de l'Esprit Saint que nous devons demander,
le don le plus nécessaire et qui forme comme l'âme de la sainteté,
c'est la charité.

Pour que la charité puisse croitre en nous et fructifier,
le Seigneur nous a donné des moyens.
Des moyens seulement humains seraient vains à eux seuls ;
il nous faut des moyens « humano-divins »,
des moyens qui unissent notre vie humaine à la vie divine :
ce sont les sacrements instaurés par le Christ.

D'abord, la parole de Dieu, puissance de Dieu qui se déploie
si nous la mettons en pratique.
Ensuite, l'Eucharistie et le sacrement de réconciliation.
Puis la prière quotidienne, dans la simplicité et le cœur à cœur avec Dieu.
Enfin, le service de nos frères dans le don gratuit de nous-mêmes (cf. Lumen gentium 42).

Le pape Benoit essaie de formuler cet essentiel de manière la plus simple qui soit.
Pour avancer sur la voie de sainteté, dit-il,
«il est essentiel de ne jamais laisser passer un dimanche
sans une rencontre avec le Christ Ressuscité dans l’Eucharistie;
cela n’est pas un poids en plus, mais une lumière pour toute la semaine.
Il ne faut pas commencer ni finir une journée
sans avoir au moins un bref contact avec Dieu.
Et, sur la route de notre vie,
suivre les ‘panneaux routiers’ que Dieu nous a communiqués
dans le décalogue lu avec le Christ...
Il me semble que c'est là la véritable simplicité et la grandeur de la vie de sainteté...
la grandeur et la profondeur de la vie chrétienne.»

Il est bon, frères et sœurs, d'entendre le pape nous rappeler
que la vie de sainteté est toute simple.
La vie chrétienne est simple, et elle nous simplifie.
Le péché nous complique et fait des nœuds dans nos vies, dans nos cœurs.
La sainteté rend pur, droit et lumineux.

La simplicité n'est en rien antinomique avec la force d'âme qu'il nous faut
pour avancer à la suite du Christ.
Bien au contraire : elle permet d'orienter toutes nos énergies
au service du seul but qui compte : la charité.

Dans cette marche, les saints du ciel nous aident et prient pour nous.
Sachons les appeler à l'aide.
Tout spécialement les saints de nos familles,
le plus souvent des saints tout simples, des personnes bonnes, droites et fidèles.

Chacun de nous a sa place sur cette immense mosaïque de la sainteté
par laquelle Dieu renouvelle le monde et prépare l'avènement définitif de son Fils.
N'ayons pas peur de tendre vers le haut.
N'ayons pas peur de nous laisser transformer en saints.
Ne craignons pas que Dieu nous demande trop :
rien n'est impossible à Dieu, il accomplit ce qu'il demande,
d'autant mieux que nous nous sentons pauvres, incapables voire même pécheurs.

La sainteté consiste à nous unir au Christ de toute notre volonté,
et à le laisser nous façonner selon sa ressemblance.
Bienheureux sommes-nous si nous choisissons d'entrer de plain pied
dans ce projet de Dieu pour nous.
 

Méditer la Parole

1er novembre 2011

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Apocalypse 7,2-4,9-14

1 Jean 1,1-3

Matthieu 5,1-12a