33e semaine du Temps Ordinaire - A

Prendre de grands risques !

Nous recevons ce dimanche la parabole des talents.
C’est une parabole qui nous est parvenue en trois versions :
celle des talents chez saint Matthieu,
celle des mines chez saint Luc
et une parabole très semblable dans un écrit apocryphe,
«l’Évangile aux Nazaréens».
Ce dernier texte apocryphe parle de trois serviteurs :
un serviteur qui fait fructifier le talent,
un serviteur qui l’enfouit sous terre
et un serviteur qui dilapide son talent
avec les prostituées et les joueurs de flûte.
Il s’agit, dit Joachim Jérémias,
d’un grossissement moralisant de la parabole de Jésus .

Il nous faut éviter de tomber dans une telle lecture moralisante
de la parabole des talents,
prenant exemple sur l’Église
qui, de fait, n’a pas retenu ce texte apocryphe.

Quel est donc le sens pour nous de cette parabole ?

Il nous faut la lire dans son contexte,
c’est-à-dire dans le chapitre 25 de Saint Matthieu
où sont rassemblés trois textes :
la parabole des dix vierges, celle des talents
et la grande fresque du jugement dernier.

Ce sont trois textes où Jésus nous montre le sérieux de cette vie :
nos choix d’aujourd’hui engagent notre éternité.
La parabole des dix vierges
nous montre que, pour traverser la vie et la mort
et se rendre jusqu’aux noces éternelles,
il ne suffit pas de la lampe de la Parole reçue comme une loi :
il faut aussi une foi vive, un abandon confiant,
il faut une vie qui se convertit à la gratuité de l’Amour de Dieu.
La grande fresque du jugement dernier
nous montre que ce qui engage notre éternité
c’est l’attention que nous donnons aux plus petits,
aux plus pauvres, aux plus blessés.

Entre ces deux textes, il y a la parabole des talents
qui va nous montrer quelle décision
il nous faut prendre dans notre cœur.


Commençons par regarder le troisième serviteur
c’est le seul qui dit connaître Dieu…
Pour lui, Dieu est «comme un homme dur».
Et même : Dieu est injuste,
«puisqu’il moissonne là où il n’a pas semé» (Mt 25,24).
Dieu a vis-à-vis de nous une attente injuste.

Ce que ce serviteur veut, c’est que Dieu soit «juste»,
que Dieu ne nous demande rien au-delà
de ce que notre nature peut lui donner.
Et ce serviteur met sa conviction en pratique :
il a caché le talent – disons le million de dollars – qu’il a reçu.
Il en a donc pris soin, d’une manière sécuritaire ;
puis il le restitue à son maître :
«Vois, tu as ce qui est à toi» (25,25).

Ce serviteur est conduit par la peur.
Il le verbalise clairement : «J’ai eu peur» (id.).
Il ne veut pas prendre de risque financier,
parce qu’il a peur.

Avec Dieu, il ne veut prendre aucun risque.
Il veut du donnant-donnant,
il veut un lien contractuel chiffré,
il veut vivre sous la loi,
il veut définir lui-même sa relation avec Dieu.


Et nous, frères et sœurs, auquel des serviteurs ressemblons-nous ?
Si nous sommes attentifs à notre monde intérieur
et à nos choix de vie,
nous allons repérer en nous les deux attitudes :
celle des premiers serviteurs qui font fructifier les talents reçus,
et celle du troisième.
La question est alors :
comment ressembler davantage aux premiers serviteurs ?


D’abord il nous faut reconnaître que Dieu nous a confié des talents,
des dons immenses, comme des milliards de dollars :
Le don de Sa parole, de son Évangile,
le don de Sa Promesse d’éternité chantée par les Béatitudes,
le don du Baptême, immersion dans l’Amour de Dieu,
le don de l’Esprit Saint, Lumière et Énergie d’Amour sans mesure,
et le don de son Fils dans son corps, son sang, son âme, sa divinité.

Nous avons reçu en surabondance
et Dieu nous demande non seulement
que nous nous offrions à Lui avec tout ce don,
mais aussi que nous allions vers Lui avec ce don multiplié,
au double, au triple, ou même plus !

C’est là que l’image du risque financier nous éclaire :
faire fructifier de l’argent cela implique de prendre un risque.
J’accepte de perdre ce que je possède
et je confie mon capital à un investissement
dans lequel j’ai confiance
en espérant que mon capital va se multiplier.

C’est cela que le Seigneur attend de nous :
que nous prenions le risque de donner du temps,
notre énergie, et même notre vie
en nous jetant dans la confiance.
La confiance en Sa Parole, la confiance en Son Amour.

Cette parabole nous dit :
ce que tu as depuis ton baptême,
ce que tu es,
ne l’enterre pas… joue-le !

Jésus nous invite à prendre de gros risques «financiers»,
certainement pas avec notre argent à Wall Street,
mais avec notre vie en la donnant.

Garder nos talents, c’est en rester froidement à la loi.
Faire fructifier nos talents c’est prendre le risque de l’Amour,
c’est aimer nos ennemis,
c’est pardonner à ceux qui nous offensent constamment,
c’est inviter à notre table
ceux qui ne pourront jamais nous le rendre.
C’est ouvrir ses mains «en faveur du pauvre» (Pr. 31,20),
c’est investir sur l’éternité,
c’est «jouer à la banque de l’Amour», disait Thérèse de Lisieux.

Ce que le troisième serviteur
voyait comme une injustice du maître,
est en réalité un immense amour :
Dieu nous invite à prendre de gros risques pour Lui
parce qu’Il nous en rend capables.

Les talents qu’Il nous donne,
c’est Son Fils qu’Il nous donne,
c’est Son Esprit
qui nous emportent dans le don de nous-mêmes
dès que nous y consentons.

Ce n’est pas nous seuls qui nous donnons :
nous en sommes incapables ;
c’est Jésus qui se donne en nous,
qui nous embarque dans l’offrande de soi.


Frères et sœurs, ce qui engage notre éternité,
c’est cette conversion-là !
C’est de risquer notre vie dans l’Amour de Dieu,
c’est-à-dire de la risquer dans l’Amour du plus pauvres
et des plus blessants.

Risque ta vie !
Méfie-toi de la tranquillité
comme Paul nous l’a laissé entendre aujourd’hui. (cf. 1 Th 5,6)
Risque ta vie comme Jésus, en Jésus,
et comme Jésus ce sont les bras du Père
qui t’accueilleront pour une joie éternelle !
Amen.

 

Méditer la Parole

13 novembre 2011

Saint-Sacrement, Montréal

Frère Antoine-Emmanuel

 

Frère Antoine-Emmanuel

Lectures bibliques

Proverbes 31,10-13.19-20.30-31

Psaume 127

1 Thessaloniciens 5,1-6

Matthieu 25,4-30