1e semaine de l'Avent - B

La veille vers l’Avant
Veiller dans la foi, l’espérance et l’amour

Une mise en garde et une exhortation.
Deux impératifs :
Soyez sur vos gardes. Veillez !
Tel est l'essentiel du message du Christ
en ce premier dimanche de l'Avent (Mc 13,33-37).
Mais, derrière ces deux simples appels,
toute une attitude d'authentique vie chrétienne
nous est indiquée par le Seigneur.

Jésus commence par un clair avertissement :
Soyez sur vos gardes !
Et il nous précise tout de suite :
Car vous ne savez pas quand ce sera le moment (Mc 13,33).
Nous voici donc explicitement prévenus.
Si nous sommes tous avertis du fait de son Avènement,
aucun d'entre nous ne peut connaître le jour de son Retour.
Deux tentations nous guettent dès lors :
La première voudrait nous conduire
à déterminer, pressentir ou même annoncer à tout prix
le jour de ce Retour.
La seconde voudrait nous amener
à ne plus rien attendre de neuf,
vu que rien n'est encore arrivé, n'arrive encore aujourd'hui,
et donc, peut-être, n'arrivera jamais.
Dans les deux cas, le Malin triomphe !
Car alors, ou bien on reste figé dans l'attentisme fébrile et inquiet;
ou bien on se démobilise dans l'indifférence.

Ainsi fermement avertis de ce que nous n'avons pas à faire,
le Seigneur peut nous dire ce que nous avons à vivre.
Veillez donc!, nous lance-t-il alors à tous
et à trois reprises (Mc 13,31.35.37).
Comme si, dans cette triple injonction, le Maître, avant de nous quitter,
avait voulu mettre tout le poids
de son autorité et de son amour pour nous.
Pourquoi donc cet appel réitéré avec autant d'insistance à veiller ?
Et comment traduire en nos vies cette exigence si fortement demandée ?
Le pourquoi de ce que Jésus traduit
par l'impératif de Veillez ! tient à plusieurs raisons.

La première relève du fait
que c'est le Christ lui-même qui nous le demande.
Et cela, sans le moindre autoritarisme,
mais de la manière la plus pressante.
Il est rare que le Seigneur répète ainsi trois fois
la même chose, en quelques phrases !
S'il le fait, ici et aujourd'hui, avec autant d'insistance,
c'est qu'il sait tout le bien que nous pouvons tirer de là.
Jamais on ne l'a entendu ni appris, dit le prophète Isaïe,
personne n'a vu un autre dieu que toi
agir ainsi envers l'homme qui espère en lui (64,3).
Si donc, Dieu qui nous aime, nous demande cela,
nous pouvons le croire : c'est tout au bénéfice de nos existences
et pour la paix de nos âmes, qu'il nous exhorte ainsi.
On est toujours gagnant en faisant
ce que l'amour du Christ nous presse d'accomplir (2 Co 5,14).
Nous pouvons tous en faire l’expérience en nos vies.

Une deuxième raison réside en ce que le fait de veiller
est une des plus belles activités qu'il soit donné à l'homme de vivre.
Veiller et prier en tout temps, comme dit Jésus (Lc 21,36),
ranime notre cœur au plus profond.
Notre âme en est toute dilatée.
Notre esprit en est illuminé et réjoui.
Notre corps lui-même y trouve dynamisme et apaisement.
L'allégresse du Christ nous est alors donnée en partage (Jn 15,11; 17,13).
Nous reconnaissons émerveillés,
la présence de Dieu au milieu de nous et en nous (Mt 28,20; Jn 14,23).

Il est également intéressant de remarquer
que, parmi les quatre moments envisagés pour le retour du Maître,
toutes les notations citées par Jésus se situent de nuit :
Le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin (Mc 13,35).
Or la nuit évoque tout à la fois :
les Puissances du Mal et les agissements du Malin (Mt 13,25.42);
et les plus belles œuvre de Dieu. Ses œuvres
de Création (Gn 1,1.3), d'Incarnation (Lc 2,8) et de Résurrection (23,55; 24,1).
Il nous faut donc veiller pour bien discerner l’action du Seigneur en nos vies
jusqu'à la nuit ultime de son Retour (Mt 24,43;25,6).
Vous donc, frères, ne soyez pas des ténèbres, proclame l’Apôtre,
de telle sorte que le Jour de Dieu vous surprenne comme un voleur.
Tous, vous êtes des enfants de lumière, des enfants du jour (1 Th 5,1-2.4-5).

Une raison supplémentaire pour veiller, nous dit Jésus,
c’est que cet Avènement peut arriver à l'improviste.
Il y a donc un motif de plus à éviter de se laisser surprendre.
C'est-à-dire à ne pas sombrer dans la somnolence,
l'indifférence assoupie ou les soucis du monde (Mc 4,19).
Comment un digne enfant de Dieu pourrait-il
passer son existence sans jamais penser à son Père ?
Le bon serviteur souhaite sa venue.
Le mauvais serviteur se réjouit de son absence (Mt 25,14-29).
Réjouissons-nous donc de garder notre âme en éveil.
Chaque moment qui passe est un reflet d'éternité.

Au demeurant, nous sommes équipés pour cela.
Nous avons reçu, comme autant de dons de Dieu, toutes les richesses de sa grâce,
toutes celles de la parole et toutes celles de la connaissance, nous dit l'apôtre Paul (1 Co 1,5).
Nous pouvons donc tenir, avancer, faire fructifier
pour peu que nous sachions rester attentifs à Lui.
Alors, nous labourons, nous bâtissons, nous marchons,
nous témoignons pour le Seigneur !
Et notre vie tout entière est stimulée, réjouie
de veiller avec le Christ et pour Lui
sur ce monde où Il nous a placés comme des veilleurs dans la nuit (Is 52,8; 62,5).

Ainsi éclairés sur les pourquoi
de ce pressant appel du Christ à veiller en tout temps,
nous pouvons mieux comprendre à présent
comment nous pouvons le faire.
Qu’est-ce donc que veiller comme Jésus nous y invite ?

La veille ne consiste pas seulement, ni même d'abord,
en moments déterminés, pris au cours de la nuit,
à genoux devant le Seigneur, Bible ouverte et cierge allumé.
En nous demandant de veiller en tout temps,
le Christ nous invite plus globalement encore
à un état d’attention intérieure.
Cette attraction du cœur, cet éveil de l'esprit,
ce sentiment de l'âme qui font ce qu'on appelle "la vigilance".
Comme un murmure intérieur, paisible et ferme,
qui, peu à peu, imprègne notre être tout entier et l'emplit. L’emplit
de foi en sa présence,
d'espérance en sa venue
et d'amour à son égard.

On veille donc tout d'abord dans la foi.
Tout simplement parce que Dieu est.
Notre Père et notre Rédempteur depuis toujours, comme dit le prophète Isaïe (63,16).
Notre Père et le Père de Notre Seigneur Jésus Christ,
comme nous le précise l'apôtre Paul (1 Co 1,3).
Il est ce Sauveur qui défend nos intérêts,
rachète nos fautes, guide notre marche.
Il agit avec nous comme un parent, un protecteur et un soutien.
On peut donc l'appeler, l'interpeller, l'invoquer.
Des générations et des générations de croyants ont pu le vérifier.
Des foules de témoignages, si nous savons les entendre,
sont là pour nous en rappeler la belle vérité.

Bien plus, celui qui est encore attendu, est déjà descendu (Jn 3,11).
Et l'on garde à jamais mémoire de ce premier Avènement.
Dans quatre semaines, nous fêterons Noël !
L'Évangile est le vivant rappel, toujours neuf,
d'un commencement déjà donné et qui n'en finit pas
de se renouveler au long des ans.
Un Événement d'hier qui advient chaque jour.
Non pas une lettre morte à ausculter
mais un appel lancé une fois pour toutes à aller de l'Avant !
Une invitation perpétuelle à trouver dans l'aujourd'hui de nos vies
les traces de sa venue passée et de sa présence encore actuelle (Jn 14,18).
Tout est déjà sauvé en Christ. Mais il nous reste à le vivre.
Rien n'est encore joué. Il nous faut donc veiller dans la foi.
Chaque Avent nous rappelle à tous
l'urgence de ce "oui" à dire à Dieu, au présent.
Pour le cœur vigilant, chaque moment qui passe
est une Rencontre offerte avec l'Éternel.

Veiller en tout temps ne peut donc se faire aussi que dans l'espérance.
On croit parce que le Seigneur est. On espère parce qu'il vient.
L'Espérance chrétienne toutefois
ne se fonde pas sur un savoir concernant le jour et l'heure.
Non, l'espérance qui conduit le chrétien à la vigilance
est une force qui le pousse à l'engagement.
Malgré tant de rêves de ce monde qui tournent à la chimère,
tant d'espoirs entretenus qui n'ont jamais été tenus,
le croyant veille parce qu'il espère.
Il espère pouvoir rendre ce monde un peu plus attentif, avec lui,
au salut de Dieu qui veut lui donner sans cesse
un peu plus d’amour, de paix et de lumière.
La veille dans l'espérance, sur les remparts de la cité,
nous conduit à montrer au monde
les clartés naissantes des cieux nouveaux et de la terre nouvelle
où, par-delà nos injustices, la Justice de Dieu habitera (2 P 3,13).
C'est de nuit qu'il est beau d'espérer au Soleil du matin!

Il est donc clair, pour conclure, que la veille dans l'espérance et dans la foi
à laquelle Jésus nous convie si fort en ce dimanche,
ne peut se vivre qu'au nom d'un authentique amour.
On ne veille que si l'on aime et dans l'attente de qui l'on aime.
Ou alors, c'est d'inquiétude ou d'insomnie qu'il s'agit.
Or, ici, de qui s'agit-il ?
Il s'agit de Dieu qui est le Père de tendresse (Jn 16,27).
Il s'agit du Fils qui est l'Époux bien-aimé (Mt 25,1).
L'Esprit et l'Épouse, unis dans le même amour,
chaque jour, au Dieu de toujours, disent donc : Maranatha !
Viens Seigneur Jésus ! (Ap 22,20).
Cette attente amoureuse n'a rien d'une fuite en avant.
C'est l'aventure quotidienne de notre vie à l'infini de Dieu.
Une réponse de pure affection à l'appel du Christ
osant nous dire humblement le premier,
écoutons bien : Veillez avec moi (Mt 26,38).
Car le grand Veilleur finalement n’est-ce pas lui, Jésus-Christ ?

Oui, viens Seigneur Jésus ! (Ap 22,20).
En renaissant ainsi parmi nous,
Tu nous entraînes à renaître d’en-haut et de nouveau (Jn 3,7).
Pour vivre enfin, un jour, éternellement près de toi.
 

Méditer la Parole

27 novembre 2011

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Isae 63,13...64,7

1 Corinthiens 1,3-9

Marc 13,3-37

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