Mercredi des Cendres - B

Bâtir la fraternité

Pour introduire ce temps de carême,
le Saint-Père nous a adressé un très beau message
dont je reprendrai ici quelques éléments.
Le carême nous invite à nous interroger sur l’amour.
Est-ce bien la charité qui anime
quotidiennement notre vie ?

La charité nous pousse à la relation,
à aller vers notre frère,
à découvrir qui il est.
Nous devons être conscients
que notre frère est une créature et un enfant de Dieu.
«Le fait d’être frère en humanité, dit le Saint-Père,
doit nous amener à voir dans l’autre
un véritable alter ego,
aimé infiniment par le Seigneur.
»
La charité fait tomber les barrières,
elle «bannit la crainte» comme dit Saint Jean.
Elle construit la fraternité humaine.

Voir en l’autre un frère en humanité,
c’est «cultiver un regard de fraternité».
Et le monde d’aujourd’hui a grand besoin
de ce regard qui rapproche les hommes
au lieu de les diviser.
La fraternité est la conséquence première de l’amour.
Ce carême est donc propice
pour que les chrétiens soient
des semences de fraternité dans le monde.

Ce regard de fraternité, nous le voyons
dans l’Évangile en la personne du Bon Samaritain.
Voyant l’homme blessé,
il prend soin de lui.
Il fait attention au bien de l’autre.
Ce carême nous invite à ne pas être sourds
aux cris du pauvre.
C’est ce souci mutuel qui humanise
nos relations humaines.
Cela passe par conséquent
par un abandon de nos propres intérêts
pour donner la première place à notre frère.
«Il n’y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ses amis
», dira Jésus.

Désirer le bien de l’autre est un premier pas essentiel,
dans la droite ligne de l’Évangile.
Mais il nous faut aller plus loin.
Il nous faut aussi désirer
que l’autre s’ouvre au bien.
Dans notre monde où règne le relativisme,
bien des gens ne savent plus distinguer le bien du mal.
Benoît XVI nous dit qu’«il est nécessaire
de répéter avec force
que le bien existe et triomphe,
parce que Dieu est ‘le bon, le bienfaisant’
(Ps 119,68).
Le bien est ce qui suscite, protège
et promeut la vie, la fraternité et la communion
».
Vouloir le bien de l’autre,
c’est se soucier de sa santé spirituelle,
c’est désirer sa conversion.
Qu’il puisse rejeter le mal et choisir le bien.
Nous ne pouvons pas rester indifférents
à tant d’hommes et de femmes
qui se détournent du bien et donc de Dieu.

Ce n’est pas la condamnation
qui doit habiter notre cœur
mais la compassion et la miséricorde.
Nous ne pouvons pas être complices du mal
en nous taisant
mais si nous parlons, cela ne peut être
que dans l’amour et l’humilité.
Même «le juste tombe sept fois par jour»
dit l’Écriture (Pr 24,16),
donc il faut d’abord savoir se reconnaître
faible et imparfait
et savoir suivre ce conseil de l’apôtre Paul :
«Dans le cas où quelqu’un serait pris en faute,
vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur,
te surveillant toi-même,
car tu pourrais toi aussi être tenté
» (Ga 6,1).

Encourager, témoigner de la foi qui vous anime,
stimuler notre frère à accueillir le salut du Christ,
voilà ce que nous pouvons vivre en ce carême.
Car nous savons que mettre notre espérance
en ce monde d’ici-bas qui passe,
c’est courir à notre ruine.
Mais l’espérance du ciel,
où tout sera réconcilié dans le Christ,
nous pousse à un regard de foi
pour ne pas tomber ici-bas dans la tiédeur.

«Notre existence est liée à celle des autres,
dans le bien comme dans le mal
», dit le Saint-Père.
Nous sommes solidaires dans le péché,
mais plus encore, nous sommes
solidaires dans le salut.
La joie d’être sauvé doit être contagieuse !
L’Évangile est une magnifique bonne nouvelle
à offrir à notre frère.
Apprenons à partager les biens spirituels
aussi bien que nous savons le faire
pour les biens matériels.
«La création elle-même attend
la révélation des fils de Dieu
», dit saint Paul.
Soyons qui nous sommes,
des bien-aimés du Père,
et partageons ce trésor au monde.

Dans cette eucharistie qui ouvre ce temps au carême,
nous sommes appelés à tout remettre,
nos joies et nos souffrances,
nos doutes et notre foi,
nos ténèbres et nos lumières.
L’eucharistie réalise la fraternité humaine.
Elle tisse les liens que nous ne pouvons
établir par nous-mêmes.
Elle fait de nous un seul corps,
membres les uns des autres.
Nous sommes le Corps du Christ.
Que ce carême soit comme cette eucharistie,
une manifestation d’amour,
une communion dans la paix et l’unité.
«Tout est possible à celui qui croit» (Mc 9,23)
 

Méditer la Parole

22 février 2012

Saint-Gervais, Paris

Frère Jean-Christophe

 

Frère Jean-Christophe

Lectures bibliques

Jol 2,12-18

Psaume 50

2 Corinthiens 5,20-6,2

Matthieu 6,1-6.16-18

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