Fête de la Trinité - B

Mystère de l’Amour trinitaire

Si révélation nous a été faite par Dieu lui-même
de ce que nous appelons le mystère de la Trinité,
ce n’est pas pour nous conduire à croire sans comprendre.

On pourrait penser que cette affirmation disant
que Dieu est Un et Trine à la fois
a en effet quelque chose d’incompréhensible ?
Comment saisir, au plus profond de notre intelligence humaine,
comme le chante la préface de ce jour de fête,
que Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit est un seul Seigneur
dans la Trinité des personnes et l’unité de leur nature ?

Notre hésitation redouble quand nous voyons
que nous sommes invités par là à entrer dans le mystère,
de l’Être même de notre Dieu.
Mais comment scruter en effet l’Être de Dieu ?
Tous les croyants du monde admettent que Dieu,
par définition, est le Très-Haut et le Tout Autre.
Et qu’il est donc l’Invisible, l’Inaudible, l’Inaccessible.
Serait-il aussi l’incompréhensible ?
Jésus lui-même n’a pas hésité à proclamer :
Vous n’avez jamais entendu sa voix
et vous n’avez jamais vu sa face (Jn 5,37).


Cette première réflexion,
qui pourrait nous décourager d’aller plus loin,
nous conduit cependant à une première affirmation.
Et celle-ci est fondamentale :
si Dieu est Dieu (et il l’est, sinon plus rien n’a de sens),
Dieu seul peut donc nous parler de Dieu !

Or, chrétiens, nous avons la grâce de savoir et de croire
que l’Envoyé de Dieu est venu jusqu’à nous
sous le voile d’une apparence humaine.
Et cela, en se faisant Fils de l’homme,
pour faire de nous des enfants de Dieu.
Que le Fils unique nous a-t-il donc révélé ?
Après avoir vécu dans la plus pure sainteté,
parlé come nul homme, multiplié les signes et les miracles,
être mort pour nous par amour, puis ressuscité et remonté vers les cieux,
il nous a révélé que Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit.
Et qu’en même temps il y a un seul, un même et un unique Dieu.

Comment donc comprendre, au moins partiellement,
ce que Jésus nous a dit, sachant que nous avons
toute l’éternité pour avancer dans la lumière de ce mystère ineffable ?


Nous pouvons déjà dire ceci :
si Dieu est Dieu, il est Amour, sinon il ne serait pas Dieu !
Seul un Dieu d’Amour peut être créateur et Rédempteur du monde.
Or l’amour ne saurait être solitaire !
Il ne pourrait s’aimer tout seul, isolément, lui-même.
Même dans la majesté et la toute-puissance, l’amour ne saurait être égocentrique.
Par définition, l’amour est dialogue, partage, communion.

Et c’est ici que Jésus éclaire sa révélation :
Il le fait en prenant les images les plus simples et les plus grandes.
Dieu est l’amour qui se donne : comme un Père de tendresse.
Dieu est l’amour qui se reçoit : comme un Fils de bienveillance.
Dieu est l’amour qui se partage : en Esprit de parfaite communion.
Frères et sœurs, comme il est dès lors beau grand et attachant
ce Dieu, notre Dieu, qui est Trinité d’amour !
D’un amour vivant, rayonnant, en expansion infinie. Mais réellement unique,

Mais allons encore plus loin.
Il ne suffit pas de croire que Dieu est créateur.
Cela, tous les croyants de la terre l’admettent.
Mais pourquoi est-il allé jusqu’à la création ? Oui, pourquoi ?
Seule la Révélation du Christ Jésus permet de  répondre à ce pourquoi.
Et c’est parce qu’il est Trinité d’amour.
D’un amour qui n’a pas permis à Dieu de rester seul,
comme dit saint Thomas d’Aquin.
Et parce qu’il est ainsi amour de rayonnement, de partage, de communion, de vie,
il a lancé la création. Puis la Rédemption. Et il prépare encore
un  ciel nouveau et une terre nouvelle où nous partagerons sa gloire !
Sa gloire trinitaire.


Réfléchissons encore un peu :
Nous savons bien que l’unité la plus forte et la plus vraie
se fait par et dans l’union, la communion des diversités.
Paternité, filiation, Esprit d’amour mutuel et incessant,
ne partagent pas, ne divisent donc pas la Divinité,
mais l’enrichissent dans l’unité.

Prenons l’exemple de l’amour humain
puisque nous avons été créés à son image, comme sa ressemblance.
Plus deux êtres s’aiment, plus ils sont unis.
Et plus ils sont unis, plus ils restent eux-mêmes.
L’amour n’est pas une fusion mais une promotion mutuelle !
Et plus ils s’aiment dans cette pleine unité d’âme, d’esprit et de cœur,
plus ils grandissent et enrichissent leur personnalité réciproque.
Et plus ils sont unis dans ce surcroît de personnalité,
plus ils vont encore monter dans un approfondissement d’unité.
Et ainsi de suite.

De personnalités enrichies par l’amour en unité grandie en ce même amour,
montons, montons vers l’ascension de ce qui devient
l’infinité de l’amour, et nous voici en contemplation
devant la perfection de l’amour trinitaire !
On n’est plus devant le mur de l’incompréhension
mais devant la merveille enthousiaste de la contemplation divine !

Comme on est loin du monothéisme solitaire,
froid, attristant et, finalement stérile et distant !
Et nous sommes pourtant les plus monothéistes des monothéistes.
Mais un monothéisme trinitaire.


Prenons, pour finir, non pas une dernière image
mais un dernier exemple, en l’empruntant
à ce que nous enseigne une des sciences les plus exactes
connues à ce jour et compréhensible par tous
À savoir la science mathématique
ou, plus modestement  arithmétique.

Comme Dieu est amour, il est aussi plein d’humour !
Je te rends grâce, Seigneur, d’avoir caché cela
aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits (Mt 11,35).
Et, ce disant, Jésus tressaille de joie dans l’Esprit Saint, nous dit l’Évangile (Lc 10,2).

Nous disons donc, à juste titre,
que un plus un plus un égale trois.
C’est aussi exact qu’indiscutable.
Comment donc Dieu, qui est Un, peut-il être trine ?
Un n’égale jamais trois.
C’est vrai. Mais cette même science mathématique, ou simplement arithmétique,
nous démontre que un que multiplie un que multiplie un,
cela ne fait pas trois, mais toujours un. Indéfiniment un !

L’exemple peut bien sûr nous faire sourire. Ne nous en privons pas !
Cet exemple attire cependant notre attention
sur une des plus belles réalités concernant le mystère trinitaire.
L’amour entre ceux que nous appelons Père, Fils et Saint-Esprit
ne s’additionne pas mais il se multiplie,
Il se multiplie en diversités. Tout en enrichissant son unité.
Il se multiplie, il s’épanche, il s’expanse à l’infini !
«L’amour ne passe ni ne lasse» dit saint Jean de la Croix.


Au ciel, dans les demeures de la Maison du Père, qui sont si nombreuses,
nous ne nous ennuierons pas ! Parce que l’Amour
que nous vivrons en partage entre nous et avec Dieu
ira toujours grandissant, se renouvelant sans cesse, progressant indéfiniment.

Nous touchons là au secret lumineux
de l’engendrement de Dieu, dans une jubilation d’allégresse.
Engendrement auquel nous sommes conviés
dans un bonheur de plénitude et d’éternité.
(Au ciel, on est comme des anges.)
Un bonheur dont seuls savent nous parler les grands mystiques.
Mais auquel nous pouvons tous aspirer dans l’espérance et la foi.


Peut-être comprenons-nous mieux à présent
pourquoi Jésus a fini son séjour sur terre
en demandant que nous soyons tous baptisés
au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (Mt 28,19) ?
Frères et sœurs, il est si grand et si beau cet amour trinitaire !


 

Méditer la Parole

3 juin 2012

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

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