Fête de l’Ascension - A

Ce ciel insaisissable mais qui nous attend

Tout nous parle donc du ciel dans la liturgie
et l’évocation de ce jour de fête.
Le livre des Actes nous a dit que, quarante jours durant,
Jésus, étant apparu à ses apôtres,
leur a parlé du Royaume de Dieu (1,4).
Ils le virent alors s’éleva et disparaître à leurs yeux
dans une nuée (1,9) et il fut emporté au ciel (Lc 24,51).
L’Apôtre Paul, dans sa lettre aux Éphésiens,
nous rappelle que le Père
l’a relevé d’entre les morts,
et fait asseoir à sa droite dans les cieux (1,17.20),
et l’a ainsi placé plus haut que tout (1,22).

Et l’Évangile de saint Matthieu nous a remémoré
cette ultime parole de Jésus
quittant les onze à la montagne du rendez-vous,
en disant : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre,
pour finir en proclamant : et moi je reste avec vous
tous les jours jusqu’à la fin du monde (28,20).
Ainsi fondée sur la sainte Écriture,
telle est donc, frères et sœurs,
la joie de notre espérance et la force de notre foi.


Le ciel !
Qui n’en rêve pas ? Qui n’y pense pas ?
Quel croyant (puisque juifs, chrétiens et musulmans
disent ensemble croire en lui)
ne voudrait pouvoir dire ce qu’il est, où il est
et comment on peut, nous aussi, y monter ?

Commençons par le commencement en partant de cette base
qui nous est la plus familière
en même temps que la plus universelle.
Puisque communément la science, la pensée,
la technique, la théologie se tournent vers lui.

Le ciel est là, au-dessus de nos têtes et sous nos yeux.
Jour et nuit voilé ou clair, sombre ou constellé,
il est là. A la fois indiscutable et insaisissable.
Immédiatement perceptible et si familier
tant il semble vouloir nous envelopper et nous protéger.
Et, en même temps, si lointain et inaccessible,
tellement étranger à nous, envoûtant et troublant.
«Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie
Les découvertes bouleversantes de l’astrophysique
rendent peut-être, pour certains, plus actuel que jamais l’aveu de Blaise Pascal

Au fur et à mesure de l’avancée de nos connaissances,
le ciel nous est de plus en plus connu,
tant il est sans cesse scruté, sondé, exploré ;
et de plus en plus inconnu, tant il nous révèle
des limites sans cesse reculées, inaccessibles,
puisque, semble-t-il, en expansion infinie !
Et que pouvons-nous même imaginer quand nous avançons
que, dans l’état actuel de l’exploration de nos sciences,
on peut parler de 125 milliards de galaxies
comptant chacune des milliards d’étoiles ?…
Nous n’avons fait qu’«un petit pas»
sur le satellite voisin de notre planète terre
et nous ne saurions même pas dire encore
ce qu’en regard de cet univers représentent «l’espace» et «le temps» !


Voilà pourtant ce vers quoi nous tourne la fête de ce jour
qui est celle de l’Ascension du Seigneur vers le ciel.

Le ciel !
Cet Au-delà auquel notre âme aspire
et qui est l’objet de notre foi.
Et ce lieu du silence et de l’absence
où rien d’extérieurement observable
n’apaise notre raison ou ne comble notre curiosité
et qui est devenu, pour beaucoup, cause de doutes, souvent,
et d’athéisme parfois.
On ne peut faire comme si ces interrogations n’existaient pas !

Le ciel, pourtant !
Le lieu de la Demeure de Dieu dont on sait aussi que, s’il est partout présent,
il ne peut être contenu nulle part ;
et ce lieu où une place nous est préparée
parmi beaucoup d’autres demeures (Jn 14,2-3)
et dont nous savons déjà qu’une part de nous-mêmes
y est établie, notre vie étant désormais cachée avec le Christ en Dieu (Col 3,3).
Dans la Maison du Père.
Alors on soupire après lui,
puisque la mort est au bout de la route.
Et on appréhende ce pas vers l’Au-delà
puisqu’il nous apparaît comme un saut dans l’inconnu.
Qui donc nous dira la vérité sur le ciel,
afin que nous puissions trouver
la lumière pour nos vies et la joie pour nos âmes ?


Une chose est sûre dès l’abord.
Si le ciel est le ciel, le seul qui peut
nous en révéler le mystère, c’est Celui
qui l’habite et qui l’a créé.
Car la création ne s’explique pas par elle-même.
Sa contingence appelle une transcendance.
Son existence postule une cause première.
Le seul maintien de l’univers appelle
l’omniprésence d’une puissance infinie (He 1,3).
On ne peut se contenter de vivre avec des «on ne comprend pas».

Écoutons donc celui qui est venu, un soir, parler à Nicodème :
Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre,
comment croirez-vous
quand je vous dirai les choses du ciel ?
Et Jésus continue : Nul n’est monté au ciel,
hormis celui qui est descendu du ciel,
le Fils de l’homme qui est au ciel (Jn 3,12-13).
Lui qui s’est assis à la droite de la Majesté
dans les hauteurs (He 1,4).
Que pouvons-nous donc dire,
au-delà de toutes les «explications» sur nos «observations»,
à la lumière du chef de notre foi qui la mène à sa perfection (He 12,2)
et de l’Esprit qui nous conduit à la vérité tout entière (Jn 16,13) ?


Frères et sœurs, notre foi chrétienne affirme tout d’abord
que «Dieu le Père tout-puissant» est le créateur universel ;
c’est-à-dire «du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible».
Que cette création a été faite par le Verbe (Jn 1,1-3)
et au souffle de l’Esprit (Gn 1,2 ; 2,7).
Par sa parole les cieux ont été faits
et par le souffle de sa bouche leur armée, chante le psaume (32,6).
Et l’apôtre Paul ajoute même :
C’est en lui qu’ont été créée toutes choses
dans les cieux et sur la terre…
Tout a été créé par lui et pour lui ;
Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui (Col 1,16-17).
Ainsi la création tout entière est-elle trinitaire
et promise au partage de la gloire divine.
Afin que Dieu soit tout en tous, et plus encore tout en tout.
Depuis longtemps tu as fondé la terre
et les cieux sont l’ouvrage de tes mains.
Eux périssent, toi tu restes, tous comme un vêtement ils s’usent,
comme un habit que l’on change tu les changes.
Mais toi, le même, sans fin sont tes années (Ps 102,2.7).
Ainsi est-il également affirmé que les cieux sont habités.
Non seulement semés d’astres, d’étoiles, de galaxies,
mais encore peuplés d’anges et de saints
avec qui nous sommes en communion. En «communion des saints» !
L’Église ne s’oppose donc pas à la possibilité de mondes habités
Quelle ouverture par rapport au Coran
qui interdit de penser qu’un homme puisse même aller sur la lune !

La grande nouveauté de la foi chrétienne tient dans l’affirmation
que Jésus le Christ, envoyé du Père, est venu jusqu’à nous.
«Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel.
Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme.»
Il y est remonté (Ep 4,11), l’heure venue (Jn 13,1),
et une fois ressuscité (Ac 1,1-11).
La finale de l’Évangile de saint Marc le dit en une seule et belle formule :
Or, le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé,
fut enlevé au ciel où il s’assit à la droite de Dieu (16,9).

Ce ciel qui est donc Maison du Père,
nous est promis et devient la récompense annoncée
à ceux qui croient en lui (Jn 5,24).
Réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms
sont inscrits dans les cieux (Lc 10,20 ; 12,32).
De ce ciel où il demeure le Vivant (Ap 1,17),
le Seigneur nous accompagne de sa grâce aussi présente qu’agissante.
Car, par-delà l’espace et le temps,
il demeure avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20).

De ce même ciel, à la fin des temps,
le Fils de l’homme reviendra et il apparaîtra
sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire (Mt 24,30).
Car, s’il est vrai que le ciel et la terre passeront (Lc 21,33),
il y aura aussi un ciel nouveau et une terre nouvelle où la justice habitera (2 P 3,13).
Là, le Seigneur nous accueillera
pour nous y combler de cette plénitude sans fin
promise par lui aux hommes qu’il aime (Ep 1,23 ; 3,20).
À tous ceux et celles qui veulent, simplement, mais réellement,
lui donner, dans la foi, tout leur amour (Mt 22,34-40).
Car «la béatitude, comme dit saint Jean de la Croix,
ne se donne qu’à l’amour.»


Frères et sœurs, voilà ce que nous fêtons en ce jour.
Voilà ce que nous croyons, au long des jours,
Puisse Dieu illuminer les yeux de notre foi
pour nous faire voir quelle espérance nous ouvre son appel
et quels trésors de gloire renferme son héritage
parmi les saints ! (Ep 1,18).
Le bonheur du ciel qui nous attend
est à la mesure de l’épreuve de notre foi (Ga 5,6).

Avec un sourire plaisant, le saint curé d’Ars dit un jour :
«S’il n’y avait rien après, je serai bien attrapé !»
Mais, aussitôt, avec un regard radieux, il ajoute :
«Cependant, je ne regretterais pas de m’être livré à l’Amour !»

Nous donc, frères est sœurs,
pleins de foi, dans la lumière de l’espérance,
livrons-nous au Dieu d’Amour !
Comme la bienheureuse Élisabeth de la Trinité,
nous verrons alors ce que peut être «un ciel anticipé».
Et, là-haut, nous le verrons tel qu’il est.
 

Méditer la Parole

9 mai 2002

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Actes des Apôtres 1, 1-11

Psaume 46

Ephésiens 1, 17-23

Matthieu 28,16-20

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