Vigiles de Pâques

Le Réveil du Bien-Aimé

Un grand tremblement de terre
vient de secouer la ville endormie (Mt 28,2),
rappelant étrangement celui qui avait ébranlé Jérusalem
à l’heure où Jésus, poussant un grand cri, rendit l’esprit.
Alors, à la vue du séisme et de tout ce qui se passait,
le centurion et ceux qui le gardaient,
saisis d’une grande frayeur s’étaient écrié :
Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! (27,54).


Et voici qu’une fois encore, la terre s’est donc mise à trembler.
Près du tombeau où la garde est en faction,
c’est à nouveau l’effroi.
Cet imposteur n’a-t-il pas dit qu’après trois jours
il ressusciterait ? (27,63).
Mais non ! La pierre est roulée et le sépulcre tenu en sûreté (27,64).
Et l’on n’a rien entendu bouger.

C’est alors, dans le silence retenu
qui recouvre Jérusalem comme un linceul,
que l’on entend le lourd roulement
d’une grosse pierre qui rouvre un tombeau.
Un tombeau vide (Lc 234,2-3 ; Jn 20,1s.) !
Et, sur la pierre, assis, brillant comme l’éclair,
et la robe blanche comme neige,
l’ange du Seigneur (Mt 28,2) !


Les gardes qui surveillaient le mort,
deviennent comme morts (28,4) !
Les femmes qui cherchaient le Crucifié,
apprennent qu’il est ressuscité (Mc 16,6) !
Celles qui venaient pour pleurer
sont invitées à se réjouir.
Plaintives devant la mort, les voici
tremblantes, mais pleines de joie devant le triomphe de la Vie (Mt 28,8).

Alors tombent les voiles de deuil
et se brisent les vases d’aromates !
Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? (Lc 24,5).
Les myrrophores deviennent christophores.
Les pleurs se muent en chants.
Il n’est pas ici, il est ressuscité comme il l’avait dit (Mt 28,6).
Figées sur place, un moment, par l’hébétude (Mc 16,8),
les voici qui courent déjà porter la nouvelle aux disciples.
Oui, elles portent et emportent la Bonne Nouvelle.
Et c’est ainsi, qu’à cette heure même,
au cœur de Jérusalem, avec ces femmes, apôtres des apôtres,
l’Église se réveille et que l’Évangile naît :
Le Christ est ressuscité !


Je vous ai donc transmis tout d’abord
ce que j’ai moi-même reçu,
pourra dire l’Église à tout jamais, à la suite de l’Apôtre des nations ;
à savoir que le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures
qu’il a été mis au tombeau et qu’il est ressuscité le troisième jour (1 Co 15,3-4).
À partir de là, tout prend sens,
se précise, se comprend et s’éclaire de plus en plus.
Esprits sans intelligence, lents à croire
tout ce qu’ont annoncé les prophètes !
Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances
pour entrer dans sa gloire ? (Lc 24,26).


Frères et sœurs, l’Église tout entière peut devenir enfin, en face de l’Époux,
l’Amante nouvelle du Cantique nouveau et de l’Alliance éternelle.

— Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
si vous rencontrez mon Bien-aimé, que lui déclarerez-vous ? (Ct 5,8).
Mon Bien-aimé est frais et vermeil,
il se reconnaît entre dix mille (5,9).
Il est vivant, ressuscité !
— Où donc est parti ton Bien-aimé,
où s’est tourné ton Bien-aimé,
que nous le cherchions avec toi ? (6,1)
— Il n’est pas ici, il est ressuscité !
— Qu’a donc ton bien-aimé de plus que les autres ?
Qu’a donc ton Bien-aimé que tu nous conjures de la sorte ? (5,9)
— Il est ressuscité d’entre les morts.
Il vous précède en Galilée.
C’est là que vous le verrez. Voilà, je vous l’ai dit ! (Mt 28,7)


Frères et sœurs, comme nous nous retrouvons
dans cette course à travers les rues et les places de la ville ;
à travers tous les tâtonnements, détours et questionnements de nos vies !
Avec la double certitude de sa Résurrection passée
et de son Avènement qui doit venir.

Oui, au milieu de cette nuit encore, et au cœur de cette ville,
un cri s’est fait entendre :
Voici l’Époux qui vient, allez à sa rencontre (lit. pascale).
Et nous nous sommes levés, tenant à la main nos lampes allumées (Mt 25,5-7).

Voilà ! L’hiver est passé.
C’en est fini des pluies, elles ont disparu (Ct 2,11).
Avant que souffle la brise du jour
et que s’évanouissent les ténèbres (2,17),
venez contempler, filles de Sion,
le Roi portant le diadème dont sa mère l’a couronné (3,11).


L’Apôtre peut le proclamer :
Hier vous étiez dans les ténèbres.
Aujourd’hui vous êtes lumière dans le Seigneur (Ep 5,8).
En cette heure, la nuit comme le jour illumine (Ps 138,12).
Le Jour qui se lève au cœur de cette nuit bénie
devient «le Père de tous les jours» .
Le sabbat ne suffit plus à la semaine.
Une création nouvelle, tout à la fois,
commence et se parachève, en ce jour (2 Co 5,17).
Le Jour saint, désormais, ne sera plus celui du repos en Dieu.
Il devient celui du réveil de Dieu,
et de l’homme en Dieu.
C’est le huitième jour qui nous réintroduit
dans la Maison du Père.


La pierre rejetée des bâtisseurs est devenue la pierre d’angle.
C’est là l’œuvre du Seigneur ;
elle est merveille à nos yeux.
Voici le jour que le Seigneur a fait,
jour d’allégresse et jour de joie ! (Ps 117,19.24).
Aujourd’hui la lumière triomphe de la nuit.
La Vie, en épousant la mort,
a mis à mort sa propre mort !
Le Christ Jésus n’est plus un homme mort ;
il est le Dieu vivant (Ap 1,17-18).
Et le premier-né d’entre les morts
refait de nous des vrais vivants.

Comme on a raison de t’aimer ! (Ct 1,4).
 

Méditer la Parole

31 mars 2002

Saint-Gervais, Paris

Frère Pierre-Marie

 

Frère Pierre-Marie

Lectures bibliques

Matthieu 28,1-10

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