Épiphanie du Seigneur - C

Nous avons vu son étoile et nous sommes venus nous prosterner

Sa rencontre avec le monde,

sa manifestation à l’humanité,

Dieu l’avait préparée depuis bien longtemps.

Depuis longtemps Dieu avait préparé un peuple

capable de l’attendre.

Il avait donné les Prophètes et les Écritures.

Il avait même caché, comme un indice,

l’adresse de la rencontre : Bethléem de Judée (Mi 5,2).

Dieu avait bien préparé la rencontre.

 

Depuis plus longtemps encore,

Dieu avait préparé aussi le cœur de tous les hommes,

pas seulement un peuple.

Depuis toujours Dieu avait caché dans le cœur

de tous les hommes comme une boussole,

comme quelque chose qui au fond de leur cœur

les attirerait un jour, vers le lieu du rendez-vous.

Ainsi tout homme porte au fond du cœur,

comme une aiguille, à la fois sûre et fragile,

qui cherche le pôle,

qui cherche le bonheur,

qui cherche Dieu.

C’est la boussole de la joie,

la boussole intérieure de la vraie joie,

celle qui indique vers où chercher la vraie vie.

 

Les mages sont partis, avec cette seule boussole de leur cœur.

Ils se sont laissé guider par cette joie

qui les invitait à quitter leur pays

pour un horizon inconnu (Mt 2,10).

 

Dieu avait donc tout préparé :

un peuple, Israël, capable de l’attendre,

des cœurs d’hommes partout dans le monde

capables de le chercher.

Et enfin Dieu était né,

dans cette humanité qu’il avait longuement pétrie.

 

Cependant il manquait encore quelque chose.

Dieu était enfoui dans l’humanité,

mais pas encore manifesté.

Jésus était né Bethléem,

et le peuple fait pour l’attendre n’en savait rien.

C’était si proche pourtant de Jérusalem !

Les cœurs d’hommes, de tous les hommes,

faits pour le chercher,

ne se doutaient pas que Dieu déjà, était là.

Dieu était né sur la terre,

et des hommes le cherchaient encore

dans les signes du ciel, dans l’astrologie,

dans toutes ces sciences humaines,

hier et aujourd’hui…

Dieu avait pris un visage humain,

Et des hommes continuaient à le chercher

dans leurs sciences,

à chercher un Dieu sans visage.

Dieu venait d’entrer avec infiniment de respect et d’humilité, dans l’histoire des hommes,

et des hommes continuaient de croire

en un Dieu implacable,

comme le destin,

et c’est pourquoi, ils essayaient de décrypter

dans le mouvement des constellations

les lois mystérieuses de la fatalité.

 

Dieu avait tout préparé

un  peuple capable de l’attendre,

une humanité capable de le chercher

et enfin il était né.

Et pourtant il manquait quelque chose.

La rencontre ne se faisait pas encore.

Il manquait une toute petite chose…

Ce ciel dont ils se sentaient les esclaves,

les mages le regardaient avec fascination et avec inquiétude.

Mais un jour, ils le regardent avec surprise…

Dans ce ciel qui tourne froidement

et qui fait froidement tourner le destin des hommes,

quelque chose soudain change :

une étoile, une étoile qui fait signe (Mt 2,2).

Elle brise la routine cosmique,

elle perturbe la fatalité,

elle appelle discrètement vers du nouveau,

vers de la liberté, vers de la vie, vers un autre horizon.

Dieu a envoyé une étoile qui éveille le cœur,

qui éveille la joie,

cette boussole intérieure.

 

Frères et sœurs, en ce jour de l’Épiphanie,

croyons que, non seulement Dieu nous a tout donné

pour la rencontre,

à nous tous ensemble, l’humanité,

mais qu’à chacun et à chacune,

à chaque homme, à chaque femme,

Dieu lance un  appel personnel :

Il donne une étoile,

serait-ce dans la nuit la plus profonde et la plus longue.

Dieu veut se manifester

à tout homme, à toute femme.

Il nous faut, nous baptisés, être témoins

et espérer cela pour tout homme.

Un jour où l’autre, dans nos existences,

monte cette étoile de l’appel discret et personnel de Dieu.

Une petite lumière lancinante qui nous dit :

«la vraie vie est ailleurs».

Dieu nous fait signe,

même si nous ne reconnaissons pas encore

la main de Dieu derrière.

Et cette lueur, ne brille pas comme toutes ces choses

qui tournent autour de nous et finissent par nous asservir.

C’est quelque chose qui éveille la liberté au fond de nous.

Dieu fait signe :

Il commence à se manifester personnellement à nous

comme un vivant,

à travers une rencontre qui nous découvre sa présence,

à travers une paix inconnue qui nous saisit dans le silence.

Dieu fait lever son étoile,

un jour où l’autre, sur toute vie.

On peut l’ignorer, on peut choisir de se laisser mener

comme toujours par toutes ces choses qui tournent

et nous entraînent, et désorientent la boussole de notre cœur.

Pourtant il y aura toujours eu,

dans une vie humaine,

l’appel d’une liberté plus vraie,

cette lueur qui est venue réveiller notre nostalgie de Dieu, notre soif de nous mettre à sa recherche, à sa suite.

 

Or l’étoile nous attire toujours, comme les mages,

vers Jérusalem, vers l’Écriture (Mt 2,1),

nous fait redécouvrir la communauté

qui est capable de nous montrer le visage du Christ.

Dieu nous a fait signe,

il nous a touchés, attirés, séduits peut-être,

mais cette expérience devra être comprise

à la lumière des Écritures, comme le vivent les mages.

Les mages ont fait l’expérience de l’appel personnel de Dieu,

ils se sont déjà mis en route,

mais ils ne peuvent pas trouver le Christ,

sans passer par Jérusalem.

On ne trouve pas le Christ directement

sans passer aujourd’hui par l’Église.

Là, ils apprennent qui est celui qui les attire, Jésus !

Ils apprennent à le trouver.

 

Quand nous comprenons, frères et sœurs,

que Dieu se manifeste dans nos vies,

alors nous trouvons un goût neuf  pour la Bible.

On y cherche Dieu.

Avant, on connaissait peut-être les Écritures

aussi bien que les habitants de Jérusalem,

mais comme eux on ne demandait pas grand-chose à la Bible,

on n’avait pas vraiment soif.

C’est l’étoile qui a donné soif aux mages

d’entendre la Parole.

Les mages se sont laissé interpeller par un Dieu vivant

qui leur faisait signe.

Ceux qui n’ont pas saisi que Dieu les appelle

et les attire personnellement,

ceux-là peuvent posséder les Écritures,

les dogmes et toute la religion,

sans vraiment rencontrer le Dieu vivant.

Hérode et les grands prêtres, nous l’avons entendu (Mt 2,3),

ont eu trop peur de lever les yeux vers le ciel,

et d’y découvrir l’étoile, l’appel de Dieu.

Trop peur de devoir perdre leur petit royaume,

trop peur de reconnaître que Dieu se manifeste

et que réellement il est vivant.

 

Mais nous, frères et sœurs, regardons l’étoile,

redécouvrons tous ces signes

par lesquels Dieu nous a manifesté

et nous manifeste encore personnellement

sa présence dans nos vies,

et laissons-nous gagner par la joie qui s’éveille

à ce moment-là.

Regardons l’étoile,

redécouvrons l’appel de Dieu, dans notre vie.

 

«Quand ils virent l’étoile les mages éprouvèrent

une très grande joie» (Mt 2,10).

Laissons-nous, frères et sœurs, conduire par la joie.

Amen.

Méditer la Parole

6 janvier 2013

Saint-Gervais, Paris

Frère Charles-Marie

 

Frère Charles-Marie

Lectures bibliques

Isae 60,1-6

Psaume 71

Ephsiens 3,2-6

Matthieu 2,1-12

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