Épiphanie du Seigneur - C

Adorons le Seigneur !

Épiphanie, veut dire Manifestation.

La fête d'aujourd'hui célèbre la manifestation de Dieu aux hommes

à travers la révélation de l'enfant Jésus comme Christ.

 

Lors de la Nativité,

les anges avaient déjà révélé aux bergers l'origine divine de l'Enfant.

Avec la visite des mages, cette manifestation prend une tout autre dimension.

 

Commençons par approfondir la lecture de ce passage d'évangile.

Les mages qui arrivent un jour à Jérusalem sont des savants venus d'Orient ;

ils observent et étudient les astres.

Ce sont des étrangers, des non-juifs.

De ce fait, ils n'ont pas eu accès à la révélation des Écritures de l'Alliance,

mais c'est à travers leurs recherches astrologiques

qu'ils découvrent un événement qui touche à l'histoire du peuple juif :

ils ont vu quelque chose dans le ciel, une étoile s'est levée,

et ils se mettent en route à la recherche de l'enfant.

Pour eux, pas de doute, cette étoile annonce la naissance du «Roi des Juifs»,

et l'événement leur paraît tellement décisif qu'ils viennent pour se prosterner devant lui !

 

Cette première étape du récit est déjà tout à fait étonnante !

Dieu se manifeste à des païens à travers un astre

de manière suffisamment significative pour qu'ils organisent une expédition.

 

La suite n'est pas moins étonnante :

quand ces mages arrivent à Jérusalem, le roi Hérode est pris d'inquiétude,

et toute la ville avec lui.

 

Pourquoi Hérode est-il soudain si inquiet ?

Sans doute pressent-il que ces savants étrangers sont mus par un mouvement puissant,

et il prend la chose très au sérieux !

L'interprétation qu'il fait de la demande des mages est à ce titre significative :

les mages avaient demandé : «Où est le roi des Juifs qui vient de naitre ?»

et Hérode demande qu'on recherche dans les Écritures «où doit naitre le Messie».

Le Messie, ce n'est pas n'importe quel roi :

c'est le Roi envoyé par Dieu lui-même pour restaurer Israël et le sauver,

ce roi attendu pour l'accomplissement des temps.

 

Le trouble qui s'empare de Jérusalem manifeste clairement combien les repères sont brouillés par l'irruption de ces étrangers annonçant une telle nouvelle !

Chefs des prêtres et scribes de Jérusalem se mettent au travail.

 

Le récit met ainsi en présence les mages qui cherchent à lire les événements dans les astres et les autorités qui ont recours aux Écritures.

Voilà qu'une sorte de collaboration s'établit entre l'univers juif et l'univers païen

pour le déchiffrage d'une énigme.

Les Écritures fournissent la réponse :

une citation du livre de Michée localise la naissance de l'enfant à Bethléem.

 

Tout cela nous laisse toutefois une impression désagréable...

On a l'impression que les Écritures sont utilisées ici comme une source pour décrypter,

comme un code qui ne donne rien à entendre, mais seulement à reconnaître.

L'attitude d'Hérode vient confirmer cette impression :

il convoque les mages en secret,

il se sert d'eux comme des instruments au service de son projet personnel,

il se sert des mages comme il s'est servi des Écritures...

Hérode est calculateur, il veut rester maitre des événements,

il n'est pas question qu'il laisse un autre que lui dominer le monde.

Rien ne doit lui échapper, pas même le plan de Dieu !

 

Les mages s'en vont donc vers Bethléem.

Et voilà une troisième surprise :

l'étoile qui les avait mis en route réapparait soudain,

et c'est elle qui les guide jusqu'à l'enfant.

Et du même coup, Dieu semble frapper d'inutilité

toutes les recherches faites à Jérusalem :

Dieu reprend l'initiative, c'est lui qui, par l'étoile, conduit les mages directement à Jésus.

 

La joie qui les remplit alors contraste avec la fièvre qui avait envahi la ville sainte...

La joie est un fruit de l'Esprit Saint.

Elle se manifeste à ceux qui recherchent la vérité d'un cœur pur.

Le trouble est celui de l'esprit du mal.

Il obscurcit les cœur tortueux et corrompus par le mensonge.

 

Le récit aboutit à l'adoration des mages devant l'Enfant Jésus.

L'expédition de ces étrangers trouve son sommet devant le petit corps d'un nouveau-né

dont ils savent qu'il est le Roi de l'univers.

 

Étonnante manifestation de la gloire de Dieu aux hommes !

Un rendez-vous manqué à Jérusalem,

et des mages qui n'auront pas grand chose à raconter d'extraordinaire à leur retour !

Si ce n'est une ferme conviction,

une conviction scellée en eux par la joie qui a envahi leur cœur :

la naissance de cet enfant est au centre de l'histoire du monde !

Une lumière s'est levée, tant pour les juifs que pour les païens,

ils l'ont vue de leurs yeux, ils ont pu se prosterner devant celui qu'ils cherchaient.

 

L'adoration de ces mages étrangers fait ainsi le pendant avec celle du vieux Syméon :

Syméon attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit de Dieu était sur lui.

Quand il voit l'enfant, il le prend dans ses bras, et s'écrie :

«Maintenant, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix,

car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face de tous les peuples :

lumière pour la révélation aux païens,

et gloire d'Israël ton peuple !» (Lc 2, 25)

 

Une lumière s'est levée

et, en venant dans le monde, elle illumine toute homme (cf. Jn 1,9).

Le mystère de Noël et de l'Épiphanie est celui d'une puissante illumination intérieure ;

cette lumière ne peut pas être arrêtée,

ni par Hérode, ni par personne !

Elle rencontre tout homme, d'abord par des événements qui viennent les bouleverser,

puis, s'ils recherchent la vérité et qu'ils se laissent guider par leur conscience,

elle déverse en leur cœur une très grande joie,

joie qui est le signe d'une communion nouvelle avec Dieu.

 

Nous comprenons bien ce qui se passe en ces événements :

deux mondes sont soudain mis en relation :

Le monde de notre humanité,

ce monde dans lequel nous vivons, dans lequel nous recherchons comment devenir pleinement homme, pleinement vivant ;

et le monde spirituel, le Royaume de Dieu.

 

Ce monde divin n'est pas un deuxième monde à côté du premier, ni même au-dessus.

Il est le monde plénier qui rassemble en lui toute chose pour le tourner vers Dieu.

Jésus est la fenêtre ouverte sur le monde de Dieu.

En s'approchant de lui, les bergers ont vu les anges,

les mages ont vu la lumière,

les disciples ont vu la gloire du Père,

et chacun de nous peut puiser aux sources de la vie éternelle, de la Vie en plénitude.

 

Ce mystère de la joie n'est pas réservé au peuple juif,

ni à quelques saints privilégiés,

ni à une minorité de chrétiens...

Dieu a envoyé son Fils unique, Jésus-Christ,

afin que par lui, tout l'univers soit réconcilié avec Dieu,

afin que par Jésus Vivant, tout homme trouve la joie et la paix

et que toute l'humanité devienne une famille rassemblée dans un même amour.

 

À chaque eucharistie, c'est cela que nous célébrons.

C'est ce mystère bienheureux que nous annonçons et que nous vivons dès à présent.

Cette force de vie doit nous pousser à agir conformément à la lumière que le Christ nous révèle en nos cœurs :

en se mettant au services des plus délaissés,

en accueillant joyeusement ceux qui sont dans l'épreuve,

en recherchant la paix et en transmettant l'amour,

nous travaillons à répandre sur la terre cette lumière du ciel,

jusqu'à ce que le Règne de Dieu ait atteint tous les hommes.

 

Aujourd'hui, Dieu a manifesté sa gloire :

entrons dans la lumière éternelle.

Méditer la Parole

6 janvier 2013

Sainte Marie-Madeleine, Vézelay

Frère Grégoire

 

Frère Grégoire

Lectures bibliques

Isae 60,1-6

Psaume 71

Ephsiens 3,2-6

Matthieu 2,1-12